Depuis une quinzaine de jours, l’exclusion des gays du don du sang en France fait buzzer la communauté Yagg. Des yaggeurs et des yaggeuses ont décidé de monter un collectif intitulé Tous receveurs, tous donneurs pour exprimer leur colère et mobiliser contre cette interdiction qu’ils et elles jugent discriminante.

Les membres du collectif ont répondu à nos questions. Interview.

Votre collectif a désormais un nom: Tous receveurs, tous donneurs. Pourquoi votre choix s’est-il porté sur ce nom? Tous receveurs, tous donneurs c’est le nom qui est très largement ressorti du sondage organisé suite à notre brainstorming lors de la première réunion du 19 novembre dernier. C’est celui qui a semblé le plus clair et le plus percutant. Il symbolise bien une idée essentielle du collectif. Il faut passer de ce qui est acquis, tout le monde est susceptible d’être receveur un jour, à ce qui devrait l’être, hétéros ou homos, tous donneurs potentiels.

S’il est légitime que les pouvoirs publics définissent pour l’Établissement français du sang (EFS) les contre-indications au don, liées à la santé ou à des comportements à risque, il est en revanche absurde et discriminant que l’orientation sexuelle soit une contre-indication. En effet, ce sont des comportements qui peuvent être à risque et non l’orientation sexuelle!

Quels sont les objectifs de ce collectif? Notre objectif est double. Le premier c’est d’aboutir à la modification de la circulaire du 12 janvier 2009, afin que les hommes qui ont eu au moins une fois une relation avec un autre homme ne soient plus exclus systématiquement et définitivement du don. Obtenir que l’éligibilité ou non au don des HSH [Hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes] soit fonction de leur santé et de leurs comportements, comme c’est le cas pour tous les autres candidats au don. Il faut tout de même reconnaître que cette interdiction entretient l’amalgame entre homosexualité masculine et sida, mais aussi «vie sexuelle délurée et irresponsable». Il convient de lutter contre ce stéréotype.

Le deuxième en découle, il est évident: sensibiliser au don du sang, inciter à donner. On critique souvent l’état d’esprit individualiste et communautariste des revendications LGBT. Mais dans notre cas, nous nous mobilisons pour abolir une discrimination absurde qui permettra à de nombreuses personnes de participer à la solidarité nationale.

Comment est né ce collectif? Est-il constitué uniquement de yaggeurs et de yaggeuses? Ce collectif est né suite à un article du Parisien publié par Ernestine sur la communauté Yagg. L’EFS mène une campagne parce qu’il manque cruellement de sang. Le nôtre n’a fait qu’un tour: en période de pénurie, l’absurdité de l’éviction des HSH sans examen préalable de leur santé et de leurs comportements est d’autant plus criante et insupportable.

Après quelques échanges entre yaggeurs et yaggeuses, nous avons rapidement organisé une réunion. Depuis, des personnes, du milieu associatif notamment, qui ne sont pas sur la communauté nous ont rejoints. Dans nos réseaux respectifs, de nombreuses personnes expriment leur soutien et nous savons déjà que nous pourrons compter sur elles pour un coup de main.

C’est la première fois qu’une initiative de ce genre prend forme sur la communauté Yagg. Pourquoi, selon vous, le combat pour le don du sang est-il si fédérateur? Si peu de personnes en définitive donnent leur sang, c’est un sujet fédérateur. Le don du sang en lui-même n’est pas conflictuel, tout le monde est d’accord pour y voir un acte altruiste du donneur et nécessaire pour tous les receveurs. Parmi les membres, nous avons tous donné notre sang au moins une fois, nous nous sentons concernés, impliqués.

Cependant, peu de gens sont au courant de cette interdiction. Avoir un statut à vie de «contre-indiqué» alors que l’on est séronégatif et responsable et sentir que sa façon d’aimer est considérée comme «indigne de participer à un acte de solidarité humaine», pour reprendre les propos de Robert Badinter au Sénat [lire: Don du sang: après un vif débat au Sénat, Nora Berra confirme l’exclusion des homosexuels], c’est pour une grande majorité de yaggeurs très violent. Être obligé de mentir pour être solidaire aussi. Le risque de transmission du VIH concerne aussi les hétéros, alors pourquoi cette stigmatisation? Nous ne pouvions plus nous taire.

Quelles seront vos actions et vos prochains rendez-vous? Nous avons mis en place un rythme hebdomadaire pour nos réunions. C’est le samedi de 14h à 16h. C’est à Paris, mais nous travaillons pour résoudre nos difficultés de connexions afin que la province ne soit pas en reste. Nous avons commencé une diffusion sur internet sur différentes plateformes (Yagg, Facebook, Twitter, Lenouvelobs et Google+). Nos mobilisations s’organisent: des actions scénarisées qui soient vidéo-géniques, notre objectif est de faire le buzz. Un savant mélange d’action, de revendication et de prévention.

Nous préférons ne pas trop développer, pour conserver un effet de surprise et aussi parce que nous avons besoin de caler au mieux l’organisation, nous en sommes aux premières réunions. Mais nous aurons l’occasion d’en parler sur Yagg.

Un message à celles et ceux qui ne vous ont pas encore rejoint-e-s? REJOIGNEZ NOUS!!! Toi, là-bas, on a besoin de toi! oui, oui toi, même (surtout!) si tu n’habites pas à Paris, si tu n’as pas le temps, si tu penses ne pas pouvoir nous aider, tu te trompes! En plus on est et gentils et très beaux!

Pour commencer tu peux partager nos liens, nos articles sur les réseaux sociaux, te tenir informé de l’évolution de notre projet et nous donner ton avis. Et puis si tu nous écrivais ton témoignage sur le don du sang, ou si tu nous faisais quelques dessins ou des photos? ou une chanson (STid en rêve, tu pourrais lui faire ça en cadeau de Noël)… Et puis nous aurons besoin de toi le jour de nos actions que ce soit à Paris ou en province.

Retrouvez le blog du collectif Tous receveurs, tous donneurs sur la communauté.

Photo Collectif Tous receveurs, tous donneurs