Ce soir, à 23h05, France 2 diffuse Nés séropositifs, un documentaire inédit de Delphine Vailly et Rémi Lainé.

Six ans que ce projet la hantait: Delphine Vailly a enfin pu le concrétiser et est allée à la rencontre de Thomas et d’Anne-Laure. Pour la première fois, des jeunes nés séropositifs acceptent de témoigner à visage découvert de leur vie avec le VIH, de leurs espoirs, de leurs questions aussi.

Un film émouvant – sans jamais tomber dans le pathos – sur un pan méconnu de l’histoire de l’épidémie. Il s’en dégage une formidable volonté de vivre – avec, mais surtout de vivre.

Pour Yagg, la réalisatrice raconte comment elle a réussi à tourner son film malgré les tabous encore vivaces.

Avec Nés séropositifs vous montrez un aspect méconnu de l’épidémie de sida. Comment avez-vous réussi à trouver ces témoins? Ça a été long… Comme ils ne sont pas très nombreux, on compte environ 1500 adolescents et jeunes adultes nés VIH en France, et qu’ils sont éparpillés sur toute la France, on s’est servi du tissu associatif, Aides, Act Up-Paris, Sidaction, Sol En Si, pour contacter les équipes médicales dédiées à cette population. Des pédiatres, des médecins, des infirmiers-ères, des psychologues qui prennent en charge ces jeunes patients, souvent depuis le début de l’épidémie. Il a fallu gagner la confiance de ces professionnels, les rassurer. C’est eux qui nous ont ensuite mis en relation avec des jeunes. Comme nous voulions absolument les filmer à visage découvert, pour éviter la stigmatisation engendrée par le floutage, la tâche a été ardue.

Après plusieurs mois de recherche, nous en avons trouvé deux qui ont accepté, Thomas et Anne-Laure, et au vu de leur parcours de vie à tous les deux, on s’est dit qu’ils pouvaient très bien porter le film. Thomas avait eu une jolie phrase: «De toute façon, moi je n’ai rien à cacher…». Seule déception, nous avons cherché sans succès une jeune femme née séropositive et enceinte, ou jeune maman, pour illustrer cette page qui se tourne, la naissance d’un enfant séronégatif… Aucune n’a voulu apparaître dans ce film. Enfin si, Margaux, une jeune femme née à Paris et suivie à Necker par le Pr Blanche, maman d’un petit garçon. Mais elle réside à Buenos Aires depuis 10 ans. Et là, c’était une toute autre histoire…

Anne-Laure et Thomas semblent ne pas avoir de problèmes pour témoigner, est-ce fréquent? Absolument pas, on a été stupéfait du secret qui entoure le virus chez ces jeunes. Pas un n’en parle ouvertement, à des amis parfois, difficilement à un partenaire… Parfois même au sein de la famille, le VIH est tu. Nous avions rencontré un jeune de 18 ans, orphelin de mère, qui était le seul enfant séropositif de sa fratrie. Depuis le décès de sa mère, pas une fois il n’a évoqué le VIH avec son père ou ses sœurs. Il prend son traitement chaque jour et il ne parle jamais du VIH en dehors du cabinet de son médecin! Ça nous avait paru fou.

Pourquoi se taisent-ils? Par peur, à cause aussi des stigmates des années les plus dures de l’épidémie de sida, la honte face à cette maladie «des pédés, des toxicos», encore, toujours, la peur d’être rejetés. N’oublions pas que ce sont des ados. Ils ont aussi envie de protéger leurs parents, forcément mis en cause dans cette révélation. À l’association Tag le Mouton qui s’occupe de jeunes séropositifs à Paris, il y en avait quelques-uns qui avaient été séduits par l’idée d’apparaître dans le film. Et puis l’effet de groupe, la peur de l’exposition brutale et du regard des autres… font qu’au final, ils ont tous souhaité être floutés dans la seule séquence du théâtre qui leur est consacrée, alors qu’ils portaient déjà des masques. Ils ont aussi voulu que leur voix soient modifiées. Ça en dit long sur leur peur d’être «découverts»… Donc la parole maîtrisée mais fragile d’Anne-Laure et l’innocence de Thomas, c’était un vrai cadeau.

Votre film est sous titré: «La vie devant soi». Pourquoi cet optimisme? Le titre devait refléter une certaine vitalité, à l’image d’Anne-Laure et de Thomas. Ils ont une histoire particulière, très dure, ils cohabitent avec ce virus, mais ils vont bien et avancent vers l’avenir. Aujourd’hui, un séropositif qui prend bien son traitement et maîtrise son virus a une espérance de vie identique à celle d’un séronégatif. Cela, les jeunes le savent.

Le film est diffusé à 23h05, le 1er décembre. Pourquoi une programmation si tardive? C’est une question de programmation de la case Infrarouge par France 2. Donc cette question ne dépend pas de nous. Espérons que le film trouvera d’autres canaux de diffusion, auprès de jeunes concernés et des jeunes tout court!