Santé, VIH | 25.11.2011 - 10 h 28 | 0 COMMENTAIRES
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Une personne trans’ sur trois renonce à des soins à cause des préjugés du personnel soignant

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L'association lyonnaise Chrysalide publie un pré-rapport où elle analyse les résultats de l'enquête Santé Trans 2011. Interview.

L'association lyonnaise Chrysalide publie un pré-rapport où elle analyse les résultats de l'enquête Santé Trans 2011, menée du 1er décembre 2010 au 30 octobre 2011 auprès de 187 personnes. Rapports avec le personnel soignant, discriminations médicales, vie sexuelle: de nombreuses thématiques étaient abordées dans les 21 questions.

Sophie Berthier, membre de Chrysalide, analyse les réponses pour Yagg.

Quels étaient les objectifs de l'enquête Santé Trans 2011? Les associations dénoncent depuis des années le manque d'études sur les personnes trans'. Nous avons donc souhaité créer la nôtre. L'objectif était de pouvoir enfin chiffrer des problèmes dont nous avons conscience de l'existence, comme les problèmes qu'ont certains médecins avec les personnes trans'. De plus, les études sont souvent centrées sur une catégorie précise de la population trans' (migrants, travailleuses du sexe, personnes incarcérées…). Notre objectif était plutôt de faire un bilan de questions relatives aux médecins, aux IST [Infections sexuellement transmissibles] et à la vie sentimentale et sexuelle sur l'ensemble des personnes trans'.

De plus, les études existantes sont souvent centrées sur le sexe biologique des personnes ou sur leurs opérations, souvent en imposant des définitions dans lesquelles les personnes ne se reconnaissent pas. Nous avons souhaité au contraire faire une étude avec une approche «trans», justement.

Sur le rapport aux médecins, 16% des répondant-e-s disent avoir essuyé un refus de soin. Comment interprétez-vous ce chiffre? Ce chiffre, qui correspond à une personne sur six, est considérable. Il est d'autant plus grave que le code de la santé publique ainsi que le code de déontologie médicale interdisent toute discrimination sur l'accueil des personnes. Les raisons détaillées de ces refus de soins méritent de faire l'objet d'une étude en soi auprès du corps médical. Cependant, dans les témoignages que nous recueillons, beaucoup de personnes parlent de malaise du médecin, de gêne de leur part. Parfois certains médecins expriment des raisons plus nettes, comme «mais enfin, j'ai des enfants dans ma salle d'attente!», ou plus directes «je ne m'occupe pas de personnes "comme vous"».

Il semble donc qu'il y ait un manque important d'information des médecins sur les transidentités, puisque ceux-ci refusent trop souvent une simple prise de rendez-vous pour une raison médicale pouvant concerner toute personne non trans'.

Trente-cinq pour cent des répondant-e-s disent avoir renoncé à des soins à cause des préjugés du personnel soignant sur les personnes trans'. Cela vous inquiète? C'est dramatique et très inquiétant. De plus, ce taux est deux fois plus important chez les personnes ayant déjà essuyé un refus de soins (63%) que chez les autres (30%). Ce taux élevé de renoncement aux soins exprime l'intériorisation de la transphobie environnante vécue. En d'autres termes, à force de subir certaines discriminations, les personnes s'interdisent elles-mêmes certaines choses pourtant banales.

En plus d'informer les médecins, il est donc important d'informer également les personnes trans' sur leurs droits, qu'elles sachent que les comportements de certains médecins ne sont pas acceptables et qu'elles ont le droit de dire non, voire de se plaindre auprès d'organismes.

Au niveau des risques sexuels, y a-t-il des différences entre FtM (female to male) et MtF (male to female) dans les taux de personnes trans' ayant déjà eu une IST dans leur vie? Notre étude montre des taux très proches, légèrement supérieurs chez les FtM. Cependant, comme notre étude n'abordait pas l'âge des personnes et que les FtM font souvent leur transition plus tôt que les MtF, nous craignons que ce chiffre apparemment identique ne cache en réalité un taux d'IST bien plus élevé à âge égal chez les FtM. Cela mérite une étude plus approfondie.

Pour le VIH, 2% des répondant-e-s ont déclaré être infecté-e-s. C'est beaucoup moins que ce que disaient certaines études, mais beaucoup plus que la moyenne nationale. Que tirez-vous comme enseignement de ce résultat? La quasi-totalité des études faites sur la séroprévalence des trans' portent sur des populations précaires et/ou fortement discriminées (migrants, travailleuses du sexe, prisonniers…). Or, on sait que les taux de contamination sont plus élevés dans ce type de populations fragilisées. Il est donc logique que le taux trouvé dans notre étude soit plus faible. Il reste cependant huit fois supérieur à la moyenne nationale. Il montre donc que même si le taux de contamination ne semble pas aussi catastrophique que l'indiquent certaines études, il reste très préoccupant et nécessite une meilleure information. Celle-ci doit être spécifique aux personnes trans'. Des guides comme DTC d'Outrans ou Les transidentités et les réductions des risques que nous avons réalisés doivent se multiplier et bénéficier d'une meilleure diffusion.

Sur les violences, le taux de personnes déclarant avoir subi des violences d'un partenaire est très élevé. Comment lutter contre la transphobie? C'est un point complexe, car il reflète l'ensemble des préjugés transphobes que la société éprouve. Ces partenaires violents ont des profils très variés: il peut s'agir de la femme avec laquelle est mariée une MtF depuis des années et qui vient d'apprendre la transidentité de son mari et exigera le divorce, d'un gay qui mettra à la porte son partenaire FtM en apprenant après quelques jours de relation qu'il a un vagin, ou d'un homme bio qui frappera violemment une femme trans' en découvrant ses papiers d'identité. Il ne s'agit là que de quelques exemples qui nous sont régulièrement donnés.

Il ne s'agit pas d'un public spécifique. Il faut donc agir en informant l'ensemble de la population sur les transidentités. Nous avons publié l'an dernier un guide d'information pour permettre aux conjoints d'en savoir plus sur les personnes trans', mais il s'adresse à des personnes étant prêtes à effectuer une démarche d'information. Il faut en fait intervenir bien plus tôt, dès l'école, pour tordre le coup aux préjugés sexistes, homophobes et transphobes.

Cliquez ici pour télécharger le pré-rapport complet de Chrysalide sur l'enquête Santé Trans 2011.

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