15 novembre 2011 7:30
Être homo au Québec: Rencontre avec Laurent McCutcheon
Publié par Judith Silberfeld | Dans Société
Vous avez lancé 2 campagnes récemment, l’une contre le racisme dans la communauté LGBT et l’autre sur le thème «vieillir gay». La première a en réalité 2 volets. Si l’on parle des communautés culturelles, la principale partie de notre programme c’est vraiment aimer son enfant tel qu’il est, et on a des affiches qui représentent les différentes communautés culturelles [voir ci-dessous]. Notre objectif est de toucher les communautés culturelles en général, parce qu’il y a aussi des homosexuels dans ces communautés.
Mais le point de départ, en tout cas pour moi personnellement, c’est que je regarde l’immigration qui arrive chez nous – à Montréal il arrive 50000 nouveaux immigrants par année –, ils arrivent avec leurs valeurs, leurs croyances religieuses, et le Québec les admet parce qu’ils parlent français principalement. Ces gens qui arrivent doivent s’intégrer à la société québécoise, et partager ses valeurs. Il y a une Charte des droits qui interdit de faire de la discrimination sur les croyances religieuses mais dans le même article on parle aussi de l’orientation sexuelle. La population québécoise ne doit pas exercer de discrimination envers les communautés culturelles, et les communautés culturelles en retour doivent accepter les personnes homosexuelles, ce qui n’est pas nécessairement le cas. L’objectif principal de cette campagne est donc de les sensibiliser aux réalités.
On a fait des sondages d’opinion qui nous démontrent que la deuxième génération, celle des enfants des immigrants, est beaucoup plus ouverte à l’homosexualité, s’intègre davantage à la société québécoise, mais je pense que nous avons une responsabilité, nous, de nous assurer que les immigrants vont épouser les valeurs de notre société.
Nous avons donc ces campagnes visuelles, et une employée qui contacte toutes les communautés culturelles pour leur parler du programme et leur demander, par le biais de tous les moyens de communication de chaque communauté (journaux etc.) de faire circuler notre information.
Le second volet, c’est non à l’homophobie, non au racisme à l’intérieur des communautés chez nous. C’est un peu le pendant de l’autre. On a lancé ça à l’occasion de la gay pride.
La deuxième campagne, c’est «Pour que vieillir soit gai», et on va développer une trousse d’information, avec notamment une charte de la bientraitance envers les personnes aînées homosexuelles.
Cette campagne ne s’adresse pas aux gays et aux lesbiennes, elle s’adresse aux intervenants et aux gens qui vivent dans le monde des aîné-e-s. On cherche à ce que les gens qui côtoient les aîné-e-s soient sensibilisés aux réalités homosexuelles, soient respectueux des personnes homosexuelles. Il est fort possible que parmi les personnes âgées, certaines ne sortiront jamais du placard. Par contre les nouveaux qui arrivent, ceux de ma génération, espèrent ne pas avoir à retourner dans le placard une deuxième fois. Et autant la campagne sur les communautés a été difficile, autant on a eu un accueil inouï du milieu des aîné-e-s, on ne s’y attendait pas. C’est comme si tout le monde dans le milieu des aîné-e-s attendait cela. Personne ne l’avait signalé nulle part, nous avons pris l’initiative de le faire. Toutes les grandes associations, les syndicats, la fédération des infirmiers et des infirmières, c’est presque unanime, tout le monde veut la campagne. On l’a lancée avec la ministre responsable des aîné-e-s, on a aussi lancé la charte avec elle, on a eu une belle couverture médiatique, c’est vraiment une campagne qui a beaucoup de succès.
L’an prochain, on reprend la thématique du monde du travail. Compte tenu de l’évolution chez nous, je pense que les gens commencent à être capables de dire à leurs ami-e-s qu’ils sont gays ou qu’elles sont lesbiennes, ils sont capables de le dire à leur famille, de vivre avec leur milieu familial et leurs ami-e-s. Mais dans le milieu professionnel, il y a la crainte du préjudice possible, «est-ce qu’il y aura un préjudice pour ma carrière?». Et là, les gens choisissent souvent de garder l’anonymat, ils sont gays le week-end et hétéros le lundi matin. Il y a beaucoup d’organisations chez nous liées au milieu du travail LGBT, et on veut tisser vraiment des liens avec elles pour faire une véritable campagne dans le monde du travail, et je pense qu’on va être capable d’aller chercher des grands partenaires, notamment financiers. Parce que c’est le dernier frein à mon sens, qu’est-ce qui empêche les gens de faire un coming-out et de s’ouvrir… Si on réussit à passer à travers le milieu du travail, je pense qu’après ça, ça va être la victoire.
«« Page Précédente Page Suivante »»
Flux RSS des commentaires de cet article.
Tous les commentaires: 4
-
Prose | Publié 15 novembre 2011 à 20h21 -
Red | Publié 15 novembre 2011 à 21h50 -
ferdibarda | Publié 16 novembre 2011 à 11h21 -
Nibben | Publié 16 novembre 2011 à 18h14




























