Jean-Marie de Meester a perdu une bataille mais pas la guerre judiciaire. En novembre 2010, cet avocat – également engagé au PS flamand – avait déposé plainte contre le chef de l’Église catholique belge, Mgr Léonard. En cause, des propos homophobes tenus à plusieurs reprises par l’archevêque.

LE SIDA, UNE FORME DE «JUSTICE IMMANENTE»
Quelques semaines plus tôt, dans un recueil d’entretiens, le primat de Belgique affirmait que l’épidémie de sida était une forme de «justice immanente», précisant que «quand on malmène l’amour humain, peut-être finit-il par se venger» (lire Le sida, «forme de justice immanente»? Pour le chef de l’Église catholique belge, oui). Pour Mgr Leonard, l’homosexualité est une tendance anormale, car elle n’est pas «en cohérence avec la logique objective de la sexualité». Des propos qui provoquent un tollé alors que l’Église belge est empêtrée dans des scandales de pédophilie.

Révolté par ces propos, Jean-Marie Meester dépose donc plainte devant un juge d’instruction de Bruges. «La liberté d’expression est une valeur importante de notre société, mais Mgr Leonard a déjà répété à plusieurs reprises ce genre de propos», explique l’avocat à Yagg.

Surnommé le «Ratzinger belge» ou encore le «Christian Vanneste en soutane violette», Mgr André-Joseph Léonard était craint par les associations LGBT dès son installation à la tête de l’Église de Belgique en janvier 2010 en raison de ses positions très conservatrices. Il ne les a jamais déçues. Tour à tour menaçant, glaçant et finalement bouffon lorsqu’il se fait entarter pour ses déclarations chocs pendant la messe de Toussaint ou lors d’une visite à l’Université catholique de Louvain-La-Neuve. Également opposé au divorce et à l’avortement, le primat de Belgique concentre ses attaques contre la communauté LGBT belge.

COLLUSIONS ENTRE L’ÉGLISE, LES POLITICIENS CHRÉTIENS-CONSERVATEURS ET LA JUSTICE
Bizarrement, un an plus tard, le parquet général d’Anvers estime que cette plainte est irrecevable car l’avocat n’a pas d’intérêt personnel à la cause. Une thèse suivie par la chambre des mises en accusation, qui en Belgique statue en dernier recours des suites à donner à une affaire. Celle-ci a également estimé que l’avocat n’apporte pas la preuve qu’il ait subi un dommage en tant qu’homosexuel par les déclarations de l’archevêque.

Pourtant, homosexuel, Jean-Marie Meester l’est assurément. Il s’est même marié avec son compagnon – «en juin 2006», précise-t-il, non sans fierté. Pour lui, ces deux décisions de justice sont politiques. Il dénonce des collusions entre l’Église, les politiciens chrétiens-conservateurs et la Justice. «Ces gens ont fait les mêmes écoles, ils fréquentent les mêmes cercles, ils sont donc très proches», avance-t-il. Il espère que la cour de cassation lui rendra justice, à lui et à tous les citoyens LGBT.

Pourquoi ce combat? «J’ai eu la chance d’étudier le droit, je suis homo, marié et je n’ai aucun problème avec ça. Beaucoup de gens sont embêtés parce qu’ils sont homosexuels et je trouve ça normal de les aider. Il ne faut plus qu’ils soient stigmatisés à cause de leur homosexualité». S’il le faut, il est prêt à aller jusqu’à la Cour européenne des droits de l’Homme pour faire condamner l’archevêque homophobe.

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