Le 20 octobre dernier, la très discrète secrétaire d’État à la Famille, Claude Greff honorait de sa présence le siège du Conseil économique, social et environnemental pour lancer le fonds de dotation d’une nouvelle fondation pour la famille. Jusque là, rien que de très banal, il n’y a rien d’illogique à ce que celle qui est chargée de mettre en œuvre la politique familiale au gouvernement parraine une association de soutien à la parentalité.

LE GRATIN DU LOBBY CATHOLIQUE-CONSERVATEUR FRANÇAIS
Sauf que l’artisan de cette fondation de la famille, dont la secrétaire d’État a tressé les lauriers à grands renforts de «Cher Jean-Eudes», n’est autre que Jean-Eudes Tesson. Le président de l’association catholique Cler Amour et Famille était entouré des responsables des Associations familiales catholiques de France (ACF) et de Familles de France. Trois organisations qui forment le gratin du lobby catholique-conservateur familial français.

Familles de France s’est illustrée comme fer de lance des combats contre le pacs, la pornographie, la pilule du lendemain et a toujours affiché son soutien à Christine Boutin. Son président, Henri Joyeux, a déjà eu l’occasion de dire tout le mal qu’il pensait de l’ouverture du mariage et de l’adoption aux homos. L’ACF s’est récemment distinguée dans son combat contre l’ouverture du mariage aux couples homos et les nouveaux manuels de SVT au lycée. Enfin, sous couvert d’«humanisme», Cler Amour et Famille prône une vision chrétienne et hétéronormée de la famille et de la sexualité. En parallèle de séminaires «d’éducation affective et sexuelle», cette association donne également d’étranges conseils aux parents d’homosexuel-le-s.

Sur son site internet, Clerc Famille et Amour donne la parole à une «conseillère conjugale et familiale» qui pousse un père désemparé par le coming-out de son fils à chercher «les causes» de son homosexualité et lui propose de l’aide pour que son enfant puisse «affirmer sa vraie personnalité». Le comité de parrainage de la fondation compte également parmi ses membres Béatrice Bourges, fondatrice de l’Association pour la protection de l’enfance dont le but principal est de lutter contre l’homoparentalité.

«NOUS AVONS LES MÊMES CONVICTIONS»
Devant les membres de la fondation, Claude Greff s’est dite «très heureuse de voir que nous avons les mêmes convictions», et aussi «fière d’avoir un président de la République qui aime la famille, [et qui] me donne l’occasion de dire combien la famille est essentielle» (voir la vidéo ci-dessous).

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo, cliquez sur ConfPresse6/6 – La Fondation de la Famille : une initiative pour répondre aux attentes des parents et des couples aujourd’hui.

En revanche, elle n’a pas dit un mot sur les familles homoparentales. Et pour cause, ces dernières n’ont même pas été évoquées. Pourtant, le sujet a de quoi les intéresser. La Fondation de la famille se veut en effet un «outil» pour accompagner les familles, comme l’expliquait le jour même Jean-Eudes Tesson au Figaro. Sondages et études à l’appui, les têtes pensantes de l’association veulent prouver qu’on est plus heureux dans une famille unie (et vraisemblablement hétérosexuelle).

«UN RETOUR EN FORCE DES IDÉES ULTRA-CONSERVATRICES»
De quoi inquiéter la plupart des associations homoparentales qui s’indignent qu’un membre du gouvernement apporte sa caution à un projet piloté par des organisations familiales catholiques. «Le message est limpide: la famille c’est un papa, une maman, ni plus ni moins, résume Les enfants d’Arc En ciel. À se demander s’il ne s’agit pas d’une plaisanterie, comment ne pas dénoncer une conférence qui semble à ce point manquer de sérieux dans sa représentativité des familles?».

L’Association des parents gays et lesbiens (AGPL) demande ce qu’il est advenu du «principe de laïcité» et «si Mme la secrétaire d’État à la Famille compte s’engager tout autant dans un soutien actif pour la défense et la reconnaissance des familles homoparentales (…). Quelles actions de soutien envisage-t-elle de mettre en place pour les familles homoparentales, dont la fragilisation a été sciemment institutionnalisée par l’appareil d’État?». Du côté de l’Inter-LGBT, on «s’inquiète d’un véritable retour en force des idées ultra-conservatrices dans le débat politique et de la caution que semble y apporter le gouvernement» et on demande «des explications et des clarifications de Mme la Ministre sur son soutien à cette initiative».

L’AGPL A RENDEZ-VOUS AVEC CLAUDE GREFF, L’ADFH MARQUE SA DIFFÉRENCE
Dans ce concert de protestations, le silence de l’association des familles homoparentales (ADFH) détonne. Son président, Alexandre Urwicz, s’en explique à Yagg, affirmant que si «l’ADFH ne s’est volontairement pas exprimée sur le sujet», c’est parce qu’elle a eu «des contacts rassurant à un niveau plus élevé que celui de la secrétaire d’État chargée de la Famille. «À ce niveau, soutient-il, personne ne conteste l’existence des familles homoparentales. Comment pourrait-il en être autrement puisqu’elles existent». Manière de signifier que les grandes décisions en matière de politique familiale ne sont pas prises par le secrétariat à la Famille et de marquer sa différence par rapport aux autres associations.

Toutes ces questions, l’AGPL pourra les poser de vive voix à la secrétaire d’État. L’association a en effet obtenu un rendez-vous avec Claude Greff le 27 octobre prochain. Le 3 novembre, cette dernière doit développer son plan de soutien à la parentalité.

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