21 octobre 2011 18:17
«Fille ou garçon, mon sexe n’est pas mon genre» sur Arte: l’interview de la réalisatrice
Publié par Yannick Barbe | Dans Télé
Dimanche 23 octobre, à 22h50, sur Arte, ne ratez surtout pas Fille ou garçon, mon sexe n'est pas mon genre, un documentaire passionnant signé Valérie Mitteaux. De Paris à San Francisco, en passant par Barcelone et New York, la réalisatrice dresse le portrait de quatre trans' FtM qui témoignent de leur parcours.
La parole est libre, riche, variée: un vrai bonheur alors que la polémique sur la «théorie du genre» dans les manuels scolaires alimentée par les gardiens de l'ordre moral et hétéronormé (Christine Boutin, la Droite populaire & co.) est toujours d'actualité.
Nous avons demandé à Valérie Mitteaux, la réalisatrice, de nous en dire plus sur son film. En guise d'illustration, elle nous a fait parvenir une photo d'elle enfant (voir ci-dessous), quand elle était «un peu tomboy» – un cliché qui pourrait très bien figurer sur notre blog Déjà, tout petit… La classe, quoi.

Valérie Mitteaux, enfant.
Qu'est-ce qui vous a amené à aborder les questions de genre pour ce documentaire? J'étais un peu tomboy enfant et plus tard, vers 20 ans, j'ai eu une sorte de révélation, celle d'être ni femme, ni homme, d'être dans une sorte de terrain vague du genre. Je dis «révélation», parce que cette pensée avait un caractère d'auto-vérité. C'est devenu une donnée fondamentale de ma personnalité. Je n'ai pas eu le désir de modifier mon aspect physique. Je me suis seulement laissée aller à mon propre genre, sans nécessité de me coller une étiquette. Ce qui pour moi signifie se libérer du fait que les Autres attendent de vous un certain type de comportement en fonction de votre assignation de naissance. Et puis merci! Dans l'ensemble on vit toujours, en France en particulier, dans des sociétés assez sexistes et ce qu'on attend des personnes nées de sexe féminin, n'est vraiment ni drôle, ni créatif!
Et puis, de nombreuses années plus tard, via Wendy Delorme, amie très chère, j'ai rencontré Lynn Breedlove, qui lui s'était auto-proclamé «homme». La liberté avec laquelle il vit son genre a réveillé chez moi la problématique. J'ai eu envie d'en faire un film. D'autant que Lynnee, au-delà des questions de genre, est une personne formidable d'humour, d'intelligence, c'est un philosophe du quotidien plein d'amour. Ensuite j'ai rencontré Rocco Kayatos, Kaleb puis Miguel Missé, tous trois également puissants, joyeux et fiers de ce qu'ils sont.
Vous avez fait le choix de n'interviewer que des trans' FtM, pourquoi? Parce que l'envie de faire ce film part de mon expérience personnelle. C'est toujours un point de départ pour moi quand je pense à une nouvelle idée de film. Parler de ce que l'on connaît, ce que l'on ressent profondément me paraît être une clé d'entrée essentielle. Ensuite j'ai souhaité que ce film ait une dimension féministe. Et c'est très fort je crois de comprendre l'hallucination que représente le fait de vivre les privilèges du masculin, la considération supplémentaire immédiate que l'on gagne à être perçu au masculin, lorsque l'on vient du genre opprimé. Ça a soudain un caractère incontestable. Et ça me semble être une façon de provoquer des déclics dans les esprits, aussi bien chez certaines femmes qui estiment, à tort selon moi, que le féminisme est une lutte obsolète que pour les hommes qui, pour la plupart, n'ont aucune conscience des privilèges dont ils jouissent. Ou qui préfèrent faire comme s'ils l'ignoraient. Abandonner ses privilèges étant souvent quelque chose que l'on fait à contre-coeur!
Vous avez fait également le choix de ne pas vous cantonner à des témoignages réalisés en France. Pourquoi? Le film s'articule autour des quatre personnes centrales, Lynnee, Rocco, Kaleb et Miguel. On retrouve aussi à intervalles réguliers un groupe de garçons trans' parisiens autour de Kaleb. J'avais envie que cela fourmille, que l'on n'ait pas le sentiment en regardant le film que ce type de parcours est rarissime. C'est aussi une façon de montrer qu'on peut être trans' FtM comme on le souhaite, s'auto-proclamer comme Lynnee, se faire opérer ou pas, prendre des hormones ou pas, en bref qu'il y a autant de genres que d'individus. Je voulais aussi que le regard du spectateur néophyte soit confronté à des esthétiques différentes, qu'il ne ressorte pas du film avec une idée stéréotypée des personnes trans' FtM et que la multiplicité des intervenants fassent qu'il ne soit plus dans l'observation du «plus ou moins masculin», «plus ou moins féminin», mais juste avec des personnes qui se sentent bien parce qu'elles sont au juste endroit pour elles-mêmes.
L'un des passages très forts du documentaire, ce sont les discussions à bâtons rompus entre plusieurs transboys que vous réussissez à capter. On sent une parole très libre et qu'on entend très peu à la télévision. C'était l'objectif? Oui, ce qui est fort c'est d'une part qu'ils parlent sans crainte de leur quotidien, de choses très concrètes. Mais aussi qu'ils ne sont pas d'accord sur tout. Je voulais à tout prix éviter l'écueil communautaire ou le côté sectaire, au sens premier de «secte». L'un deux revendique son idéal, «une femme, une maison, une voiture», il sait que ces six camarades vont se moquer de lui, mais il assume. Un autre à la fin du film a une sorte de révélation en live, sur le fait que son expérience personnelle lui ouvre l'esprit, qu'il a un regard sur le monde «plus large».
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Red | Publié 21 octobre 2011 à 18h33 -
Yiu | Publié 21 octobre 2011 à 18h56 -
Corky | Publié 21 octobre 2011 à 18h58 -
Judith Silberfeld | Publié 21 octobre 2011 à 19h01 -
Christophe Martet | Publié 21 octobre 2011 à 19h08 -
dejneida | Publié 21 octobre 2011 à 22h31 -
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H.I.P | Publié 24 octobre 2011 à 1h34 -
H.I.P | Publié 24 octobre 2011 à 1h35 -
dejneida | Publié 24 octobre 2011 à 14h31
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