L’annonce ne devrait pas manquer de faire polémique (lire, déjà, le post du yaggeur Numa Numantius). La Fédération LGBT, la Coordination InterPride France, le Collectif contre l’homophobie, SOS homophobie et l’Autre Cercle ont trouvé un terrain d’entente avec le groupe de rap Sexion d’Assaut.

Le 12 octobre, la Fédération LGBT, qui rassemble 20 associations ou Centres lesbiens, gays, bi et trans’ (représentant environ 130 associations au total), a signé un accord avec Sexion d’Assaut, «engageant personnellement chaque membre du groupe», accord auquel les autres associations signataires se sont ensuite jointes, afin de lui donner une portée nationale.

En septembre 2010, le groupe s’était attiré la colère des associations LGBT en raison d’une interview contenant des propos homophobes publiée quelques mois plus tôt. De nombreux concerts avaient été annulés.

«VOLONTÉ DE RÉPARER»
«La colonne vertébrale de cet accord, c’est le retrait des titres incriminés [des morceaux du groupe aux paroles homophobes], a expliqué à Yagg Stéphane Corbin, porte-parole de la Fédération LGBT. C’est le premier accord du genre avec application sur le marketing du groupe. Par cet accord, le groupe reconnaît une nouvelle fois son erreur, mais avec en plus la volonté de réparer.»

C’est à l’occasion de la programmation à Dijon d’un concert de Sexion d’Assaut que l’accord a été finalisé, à l’initiative du Centre LGBT de Dijon, CIGaLes. «Le cabinet du maire avait proposé de reporter le concert, prévu le 12 au soir, jusqu’à la signature d’un accord, raconte Stéphane Corbin. Ce report n’a finalement pas été nécessaire, l’accord a été signé dans la journée.»

Il y a un an, le groupe s’était déjà engagé sur un certain nombre de points, rappelés dans l’accord du 12 octobre: «ne pas chanter les titres incriminés sur scène et ne pas tenir de propos discriminants auprès de son public et enregistrer chaque concert afin de permettre aux tiers de vérifier que cette condition soit remplie; rencontrer sur chacune de ses dates les associations LGBT et celles militant contre les discriminations en général et leur offrir des places de concert pour qu’elles se rendent compte par elles-mêmes de l’engagement du groupe; faire distribuer à chaque spectateur un tract, signé du groupe, prônant des valeurs citoyennes de lutte contre l’homophobie et des discriminations en général; travailler sur un titre spécifique, ou un événement artistique, clarifiant cette position, pour les mois qui viennent» (lire Sexion d’Assaut veut s’engager contre l’homophobie).

«RETRAIT IMMÉDIAT DES CHANSONS CONCERNÉES»
Il faut désormais y ajouter deux points essentiels: «le retrait immédiat des chansons concernées des plateformes digitales qui y ont déféré (Deezer, iTunes, VirginMega, Fnac et Amazon), ainsi qu’auprès des internautes qui les avaient mises illégalement en ligne; le retrait des bacs des albums Écrasement de tête et Le Renouveau contenant les chansons concernées, dont il est apparu qu’ils faisaient encore l’objet d’une commercialisation résiduelle. Ces deux albums seront à nouveau proposés à la vente dans une version expurgée des titres litigieux».

Le texte enchaîne ensuite sur des promesses moins concrètes mais symboliques: «enrichis par cette expérience, les membres du groupe de rap Sexion d’Assaut s’engagent à continuer leur parcours artistique dans le respect des autres et de leurs différences, en excluant toute expression publique (propos, chansons, …) comportant des mentions à caractère raciste, sexiste ou homophobe».

«Nous restons vigilants, précise Stéphane Corbin. S’ils ne respectent pas l’accord, nous remettrons la pression.»

[mise à jour, 21 octobre, 10h40] Dans un communiqué, le Comité Idaho, par la voix de son président Louis-Georges Tin, dénonce «le scandale Sony». «Un an après l’affaire Sexion d’Assaut, le groupe de rap a tenu parole, mais Sony, son diffuseur, refuse de tenir ses engagements», écrit l’organisation qui rappelle en octobre 2010, un accord avait été trouvé entre la maison de disque et le Comité Idaho.

«Depuis un an, le groupe Sony n’a cessé de louvoyer, de se dérober, et en fait, de mentir, insiste le communiqué. Initialement, l’entreprise avait accepté une charte, par laquelle elle s’engageait à ne plus travailler avec quelque artiste que ce soit appelant à la violence homophobe, sexiste, raciste ou antisémite. M. Letavernier [président de Sony Music France], que Louis-Georges Tin avait rencontré, s’était personnellement engagé à proposer cette charte aux autres producteurs de France, et aux autres maisons Sony d’Europe ou du monde, sans préjuger de leur réponse, évidemment. Décidée en octobre 2010, cette charte devait être publiée fin novembre, puis en janvier 2011, puis en mai; puis elle a été reportée sine die.»

«On peut se demander si ce nouvel accord, facilité par Sony, mais qui n’ajoute rien au précédent, n’a pas pour but de détourner l’attention de l’enjeu véritable, poursuit le communiqué. En effet, la question n’est pas seulement l’homophobie, le racisme, l’antisémitisme ou le sexisme de tel ou tel groupe particulier, c’est surtout la responsabilité des majors, qui engrangent cyniquement des bénéfices sur la diffusion de messages de haine. Si Sony et les autres majors s’engageaient sur cette charte, les artistes qui appellent à la violence n’auraient plus guère d’écho.»

Et de conclure: «Un an après la rencontre avec Sony, le Comité Idaho demande publiquement et solennellement à M. Letavernier de tenir ses engagements, et appelle les artistes produits par cette maison à exiger eux aussi de leur producteur qu’il ne fasse plus de bénéfices sur les appels à la violence».