Les évêques français auraient-ils pris connaissance des résultats d’un récent sondage indiquant que la question de l’ouverture du mariage aux homos laissait de marbre la plupart des catholiques pratiquants (lire Mariage: Le sondage qui fait bisquer Christine Boutin)? Il est permis de le penser en lisant leur déclaration pour la présidentielle de 2012.

«SEULE LA FAMILLE FONDÉE SUR L’UNION DURABLE DE L’HOMME ET DE LA FEMME DOIT ÊTRE AIDÉE»
Intitulé «Élections: un vote pour quelle société?», le document a été rendu public par le cardinal-archevêque André Vingt-Trois, le 3 octobre dernier. Après un premier volet évoquant la crise économique et le pluriculturalisme qui caractérise désormais la société française, une seconde partie expose treize points d’attention, appelés «éléments de discernement», sur lesquels les électeurs chrétiens doivent «s’interroger» et «interpeller les candidats».

Sans citer explicitement l’ouverture du mariage aux couples homosexuels, inscrit dans les programmes du PS, d’Europe Écologie-Les Verts et du Front de Gauche, la déclaration des évêques rappelle que pour l’Église, «la différence sexuelle de l’homme et de la femme est fondatrice et structurante de tout le devenir humain».

«L’union de l’homme et de la femme scellée dans le mariage est le moyen le plus simple et le plus efficace d’accompagner le renouvellement des générations et d’accueillir les enfants pour les introduire en ce monde», affirme le texte pour qui seule «la famille, fondée sur l’union durable de l’homme et de la femme», doit être «aidée économiquement et défendue socialement» en raison «des enfants qu’elle porte et qu’elle éduque» représentant «l’avenir et la stabilité de la société».

Rien de bien neuf dans ces positions, on a déjà lu et entendu pire de la part de responsables catholiques notamment au sujet du pacs ou du droit à l’avortement. Si ce n’est que le cardinal Vingt-Trois en a profité pour s’inquiéter d’«un certain nombre de groupes et de lobbys qui militent pour une légalisation d’un certain nombre de comportements», rapporte Le Figaro.

«UNE NOUVELLE MANIÈRE D’INTERVENIR DANS LE DÉBAT POLITIQUE»
Sans jamais les nommer, le cardinal Vingt-Trois vise directement les associations homoparentales qui militent en faveur d’un certain nombre de droits pour les gays et les lesbiennes: insémination avec donneur, gestation pour autrui (GPA, ou mères porteuses), adoption en tant que lesbienne ou gay ou encore projet de coparentalité. Bref, un ensemble de pratiques qui n’entre pas dans le cadre imposé par l’Église.

Ce qui fait dire au quotidien catholique La Croix que la déclaration des évêques de France n’est plus simplement un «texte de réflexion» comme c’était le cas lors de la présidentielle de 2007 mais un document qui se veut «beaucoup plus concret».

«Il s’agit d’une sorte de boîte à outils pour l’élection présidentielle: une grille de lecture morale, sur des rubriques précises», décrypte le journal (article réservé aux abonnés), qui note que «de ce point de vue, le texte des évêques marque pour l’Église une nouvelle manière d’intervenir dans le débat politique». De quoi remobiliser les catholiques pratiquants et les ramener sur le chemin de l’obéissance pour 2012?