Beauty (Skoonheid), lauréat de la Queer Palm au dernier festival de Cannes, sort enfin dans les salles ce mercredi. Un film-choc dont nous republions la critique de Franck Finance-Madureira ci-dessous. Prochainement sur Yagg: une interview-vidéo du réalisateur, Oliver Hermanus, qui signe ici son deuxième long métrage.

Le deuxième film d’Oliver Hermanus, jeune réalisateur sud-africain, est une claque. À tous les niveaux. En s’intéressant à un homme qui ne vit pas la vie qu’il aurait voulu vivre, il nous emporte dans les tréfonds d’une âme en pleine crise. François vient de marier l’une de ses filles, il vit aisément à Bloemfontein grâce à une scierie en pleine bourre et pourrait être heureux dans une existence banale de petit bourgeois raciste et conventionnel. Mais il est en fait terriblement malheureux et son homosexualité dissimulée ne trouve son salut que dans des partouzes pas très bandantes organisées par mailing-list et dont sont exclus les folles et les métis.

En revoyant le fils d’un vieil ami, Christian, 25 ans et bimbo boy en puissance, il va consacrer sa frustration sur une obsession dangereuse. Il n’aura de cesse de suivre l’objet de son affection, ce symbole de la beauté («skoonheid» en afrikaans) qui lui fait défaut, qu’il désire et qu’il veut posséder.

DESCENTE AUX ENFERS
Cette descente aux enfers est portée par deux acteurs fantastiques et par un récit simple, poignant et efficace. Voir cet homme d’entre deux âges (40-50) s’inventer des rendez-vous d’affaires au Cap pour aller traîner son mal-être dans des bars gays où il ne parvient qu’à se saouler jusqu’à en être malade, est d’une force terrible. On comprend tellement bien qu’il ait gâché sa vie par trop d’homophobie intériorisée et qu’il est presque trop tard pour lui pour la vivre vraiment. Il va donc définitivement la gâcher entraînant dans sa chute celui qu’il désire tant.

La scène finale où François observe un jeune couple de garçons s’embrassant tendrement à deux tables de son regard hagard résume intelligemment l’ampleur de ce ratage. Et milite de façon indirecte pour que chacun s’assume pour vivre heureux, tel qu’il est. Une leçon. De vie et de cinéma.

Franck Finance-Madureira


Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur BEAUTY – Trailer VOST Français