Suite aux propos de François Hollande concernant le mariage pour les couples homos et l’homoparentalité («Attention, ce ne sera pas si simple de faire passer ces textes») live-tweetés par une journaliste de Libération, et qui ont suscité un certain émoi au sein de la communauté LGBT et sur la Toile, Yagg a demandé au candidat à la primaire socialiste d’expliquer sa position.

Dans cette interview, il précise que l’ouverture du mariage aux couples de même sexe fera partie des textes adoptés dès le début de la législature en cas de victoire de la gauche à la présidentielle. Il tient également à réaffirmer sa «conviction d’homme» et son «engagement politique».

Pourquoi, au sujet du mariage pour les couples de même sexe et l’homoparentalité, avez-vous déclaré aux journalistes de Libération lors de votre visite dans leurs locaux: «Attention, ce ne sera pas si simple de faire passer ces textes» alors qu’il y a une semaine, dans vos réponses écrites à Homosexualités et Socialisme (HES), vous réaffirmiez votre engagement à faire adopter ces mesures dès 2012? Je me suis toujours prononcé clairement sur cette question. Mon engagement est connu. Le mariage pour les couples de même sexe fera partie des textes que nous ferons adopter dès le début de la législature. Chaque couple doit avoir la liberté de faire reconnaître publiquement ses choix amoureux et conjugaux, avec ce que cela implique de mise en scène dans l’échange des consentements, dans la parole du maire qui déclare les époux mariés, dans la présence des témoins et des proches… Je souhaite que ce droit de vivre son amour au grand jour soit reconnu à tous.

S’agissant de l’homoparentalité, la seule question qui m’intéresse est celle de l’intérêt de l’enfant. Le seul critère c’est l’amour dont il doit être entouré pour grandir, s’épanouir, entrer dans la vie en confiance. Son intérêt est d’être entouré de parents qui l’aiment et qui veillent sur lui, et cela n’a rien à voir avec leur orientation sexuelle.

Selon la journaliste de Libération qui a rapporté vos propos sur Twitter, vous avez évoqué la nécessité d’un «changement de mentalité» pour faire passer ces mesures. Pourtant, sondage après sondage, une majorité de Français se prononce en faveur du mariage et de l’adoption pour les couples homos. Craignez-vous une résistance venant de l’opinion ou des parlementaires? En effet, je n’ignore ni le décalage qui peut parfois exister sur ces sujets entre la société et certains de ses élus, ni – et c’était le sens de mon propos – la difficulté à faire passer dans les mœurs ce qui constituera d’abord une avancée du droit. Selon que les nouveaux époux/épouses vivront en ville ou à la campagne, selon qu’ils habiteront tel ou tel département, l’accueil pourra être plus ou moins réservé. Il faudra parfois du temps pour modifier certains regards, faire évoluer certaines mentalités. Une majorité qui accepte c’est aussi une minorité parfois agissante, bruyante et intolérante. Cela ne peut évidemment entamer ma détermination. Je souhaite simplement que chacun mesure la portée historique de ces évolutions.

Comprenez-vous que vos propos aient pu jeter un certain trouble quant à la sincérité de votre engagement sur ces mesures et votre volonté de les mettre en œuvre le plus rapidement possible en cas de victoire en 2012? Je comprends que la sensibilité de celles et ceux qui attendent la reconnaissance de leurs droits soit forte. Je comprends aussi que quelques jours après qu’Alain Juppé a opéré un repli tactique sur le mariage homosexuel [dans l’émission Des paroles et des actes, sur France 2, le 29 septembre dernier, ndlr], on puisse douter de la persévérance des politiques. C’est la raison pour laquelle je me prête bien volontiers à votre interview, pour réaffirmer ma conviction d’homme et mon engagement politique.