Société, Sport | 30.09.2011 - 08 h 10 | 0 COMMENTAIRES
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Homophobie dans le sport: «Une norme de groupe assumée»

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Co-auteur de l'étude «État des lieux de l'homophobie dans le sport aquitain», Anthony Mette, psychologue, en décrypte les résultats pour Yagg.

Encore une pierre dans le jardin du ministère des Sports? L'étude est intitulée État des lieux de l'homophobie dans le sport aquitain, les résultats sont édifiants. Plus de la moitié des sportifs masculins interrogés (50,6%) ont déclaré avoir des attitudes ambiguës ou négatives envers les gays.

Selon l'enquête, les hommes sont «statistiquement et clairement plus hostiles envers les gays qu’envers les lesbiennes, il n'y a aucune différence en fonction de l’âge; plus les hommes s’identifient comme sportifs plus ils sont homophobes; (…) plus les hommes connaissent des personnes homosexuelles plus ils sont tolérants». L'étude montre qu'il existe une «présence d’une norme collective déclarée clairement homophobe».

L'étude relève que les femmes sont «plus hostiles envers les gays qu'envers les lesbiennes mais dans des proportions moindre en comparaison avec les sportifs hommes». Enfin, dans l'échantillon, 97% des hommes se sont déclarés hétérosexuels, 0,4% homosexuels et 0,9% bisexuels. 94,2% des femmes se déclarent hétérosexuelles, 2,5% homosexuelles et 2,5% bisexuelles.

Diligentée par la Direction régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion sociale d'Aquitaine (DRJSCS), l'enquête a été portée par le psychologue Anthony Mette au sein du cabinet MB. Les chercheurs ont choisi un échantillon particulièrement imposant: 922 protagonistes du sport amateur ou professionnel de la région d'une moyenne d'âge de 22 ans (818 athlètes et 104 entraîneurs) ont été interrogés, «ce qui correspond à la plus grande population jamais réunie dans une étude sur la thématique du sport et de l’homophobie au plan international», indique l'enquête. Anthony Mette en livre les clefs pour Yagg.

Comment avez-vous composé l'échantillon? Après l'affaire Yoann Lemaire, nous avons souhaité disposer de chiffres sur le sentiment des sportifs envers les homosexuels et pas seulement une impression. Les personnes interrogées sur leurs lieux d'entraînement dans les 5 département de la région pratiquent 23 disciplines en moyenne 10 heures par semaine. 68% d'hommes et 32% de femmes, cela correspond à la proportion de sportifs pratiquants dans la région. Les personnes interrogées ont répondu par écrit et de façon anonyme aux questionnaires.

L'Aquitaine est une grande région sportive, tant pour le haut niveau que dans une pratique loisirs. La DRJSCS est également pionnière dans la lutte contre les discriminations, elle a par exemple mené une étude en 2007 sur la réalité des discriminations en Gironde. Aujourd'hui, nous avons souhaité étudier l'homophobie spécifiquement mais dans l'ensemble des sports. Nous pensions que l'homophobie ne concernait pas seulement le football, ce que nous avons vérifié…

Quelle était la teneur des questions? Nous avons choisi de poser des questions choquantes – «le mariage entre deux femmes doit-il être autorisé», «Je pense que les homosexuels hommes sont repoussants». Il y en avait dix, cinq sur les lesbiennes et cinq sur les gays. Les réponses étaient évaluées entre 1 et 5, 5 étant le sentiment le plus homophobe.

Êtes-vous surpris par les résultats? Non. Dans le sport, l'homophobie apparaît comme une norme de groupe assumée. Nous avons constaté que plus les hommes se considèrent comme sportifs, plus ils ont une attitude homophobe. La notion de groupe est également importante: le fait d'être interrogé dans un contexte sportif renforce cette attitude.

À la lumière de cette étude, on peut dire que l'homophobie dans le sport ne se résume pas à des cas isolés. Nous avions réalisé une enquête il y a deux ans sur le même sujet dans la population courante et le sentiment d'homophobie n'était pas aussi fort.

Comment interprétez-vous ces résultats? Il y a de la peur, une appréhension constante. L'homosexualité reste un sujet tabou dans le sport. D'ailleurs, plusieurs sportifs ont refusé de participer à notre enquête pour des raisons personnelles ou collectives (idéologie, religion, groupes conflictuels…). Dans certaines structures ou équipes, nous nous sommes ainsi heurtés à une quasi impossibilité d’enquêter.

Il faut voir les équipes sportives comme un groupe et dans tout groupe il y a des normes, une identité, des comportements partagés et à respecter… Exactement comme dans une entreprise, où lorsque vous êtes salarié, vous respectez les codes vestimentaires, la culture de votre entreprise. Si vous êtes banquier vous n'allez pas venir travailler en jogging et vous êtes souvent plus proche des mouvements libéraux que des courants altermondialistes! Dans la plupart des sports masculins, un des piliers autour desquels se soude le groupe c'est la masculinité, ce qui induit indirectement le rejet de toute forme de féminité et donc d'homosexualité. Ce phénomène est bien sûr accentué par la «réalité» du sport où on est souvent en contact, on se douche ensemble, on passe du temps dans les vestiaires… Il y a une forme de camaraderie très suggestive qui est fortement contrariée si la camaraderie peut se transformer en attirance sexuelle, donc si un des membres du groupes est identifié comme gay.

Qu'allez-vous tirer d'une telle enquête? Il faut anticiper et résoudre ce problème. La DRJSCS va créer une formation de quatre heures pour les entraîneurs de la région. Nous partons du principe que si l'on veut faire passer l'information il faut la faire passer par l'entraîneur car il représente une autorité. Et dans l'étude, les entraîneurs interrogés ont démontré une bonne acceptation de l'homosexualité.

Photo DR

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