La présidente du Parti chrétien démocrate et candidate déclarée à l’élection présidentielle était l’invitée de l’émission de Laurent Guimier, David Abiker et Guy Birenbaum, Des cliques et des claques sur Europe 1, hier soir. Il a beaucoup été question d’économie et d’internet mais aussi d’homosexualité.

«CECI PERMET TOUT UN TAS DE COMPORTEMENT»
Interrogée par une auditrice sur son opposition à la théorie du genre (vers la 29e minute), Christine Boutin a resservi aux auditeurs son couplet réchauffé sur la différence des sexes. «La théorie du gender, déclare-t-elle, c’est une théorie qui affirme que si Laurent Guimier [l’un des journalistes de l’émission, ndlr] est jusqu’à présent un homme et moi une femme, ce n’est pas pour une raison de nature ou de biologie ou de différence entre nos corps, mais c’est une distinction culturelle et sociale. Ceci permet donc tout un tas de comportements.»

À ce moment de l’émission, aucun des trois journalistes ne prend la peine de demander à Christine Boutin à quels types de «comportements» elle fait référence. Ce qui lui permet d’enchaîner en minaudant: «Quand on regarde la liste, c’est une théorie qui vient des États-Unis, plus de 30 comportements sont possibles. Je pense qu’aucun d’entre nous ne les a expérimentés, même si nous sommes très actifs».

«COMPLÈTEMENT TARTUFFE»
Lorsque Guy Birenbaum l’interroge sur la discrétion dont Luc Chatel, le ministre de l’Éducation nationale, a fait preuve sur le sujet, la madonne des catholiques-conservateurs du web n’est pas tendre avec son ancien collègue: «Je lui ai écrit une lettre, il m’a répondu quelque chose, c’est complètement tartuffe». «Il faut parler de ce sujet car c’est très important», affirme-t-elle, au point de déclarer qu’il sera «l’un des thèmes» de sa campagne.

HISTORIENNE DE L’HOMOSEXUALITÉ
Au cours de l’émission, Christine Boutin n’hésite pas à réécrire l’Histoire: «Depuis que le monde est monde, que ce soit des régimes démocratiques, totalitaires, de tribus… toutes les organisations de société ont été fondées sur la différence sexuelle hommes-femmes, assène-t-elle doctement. Or aujourd’hui, on veut établir une société dans laquelle il n’y aurait pas de différence sexuelle».

Lorsqu’une autre intervenante lui rappelle qu’on l’accuse «souvent d’homophobie» puis lui demande, sur le ton de la blague, quel conseil elle pourrait «donner aux hétéros qui n’arrêtent pas de faire des bébés gays», l’intéressée répond sur un ton qui se veut compatissant: «Je leur conseillerais de faire comme moi, c’est de les recevoir quand ils sont devenus adultes pour passer des vacances, ce qui a été mon cas cet été». L’historienne se fait dame patronesse. Son meilleur rôle, assurément.

COMPARÉE À ALESSANDRA MUSSOLINI
Sur une note plus sérieuse, Emery Doligé, chroniqueur-web, revient sur les propos de Christine Boutin en 1998. «Les civilisations qui ont reconnu l’homosexualité ont connu la décadence», avait-elle déclaré à l’époque pour justifier sa croisade anti-pacs. Des propos qui ont franchi l’Atlantique et lui ont valu d’être comparée à Alessandra Mussolini par les associations LGBT lors de la dernière Fierté gay de Montréal, souligne le chroniqueur.

«Groupuscules!», l’interrompt Christine Boutin, pour mieux minorer les groupes LGBT. Sans paraître s’offusquer d’être comparée à Alessandra Mussolini. Petite-fille de l’ex-dictateur fasciste italien Benito Mussolini (1883-1945), Alessandra Mussolini est connue pour ses dérapages racistes et homophobes. Elle a notamment déclaré à plusieurs reprises «Il vaut mieux être fasciste que pédé!».

Emery Doligé cuisine Christine Boutin sur sa déclaration de 1998: «Les civilisations qui ont reconnu l’homosexualité ont connu la décadence, est-ce que vous l’avez dit?». L’intéressée botte en touche: «Je ne me rappelle pas quand je l’ai dit mais c’est possible que je l’ai dit». «Mais vous le pensez», insiste-t-il. «Je le pense assez, oui», répond finalement Christine Boutin. La boucle est bouclée.

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