La semaine dernière, Yagg rapportait l’histoire édifiante d’Anthony John Makk, un citoyen australien marié depuis 7 ans à un Américain et menacé d’expulsion (lire États-Unis: L’administration Obama veut expulser l’époux d’un malade du sida). La faute au Defense of Mariage Act (DOMA), une loi promulguée en 1996 par Bill Clinton qui prive les couples de même sexe des avantages fédéraux liés au mariage.

FAMILLES LGBT
Conséquence: les services de l’immigration peuvent refuser de renouveler leur visa ou d’accorder le statut de résident permanent à des conjoint-e-s de nationalité étrangère pourtant marié-e-s légalement à un-e Américain-e. Et les expulser à brève échéance. C’est ce qui arrive à Anthony: marié à Bradford Wells depuis 7 ans, il s’est vu signifier son avis d’expulsion pour le 25 août, le 26 juillet dernier.

Mais en milieu de semaine dernière, coup de théâtre: l’administration Obama a annoncé des changements dans sa politique d’immigration par la voix de la secrétaire à la Sécurité intérieure Janet Napolitano. Elle a annoncé que les services de l’immigration allaient réexaminer au cas par cas les dossiers de 300000 personnes en attente d’expulsion. Pourraient ainsi être préservées les personnes qui ont de «forts liens communautaires», qui ont contribué à la société ou avec «des liens familiaux».

Cerise sur le gâteau, un haut fonctionnaire du département des Affaires intergouvernementales a précisé sous couvert d’anonymat que pour l’administration Obama, «la notion de famille inclut les familles LGBT».

«BON SENS»
Pour expliquer cette nouvelle orientation en matière d’immigration, la Maison Blanche met en avant l’argument de l’efficacité. «Dépenser nos ressources sur ces cas de faible priorité alors qu’elles pourraient être utilisées avec plus d’impact sur les autres cas, y compris de personnes reconnues coupables de crimes graves, n’a aucun sens», a déclaré la directrice des Affaires intergouvernementales de la Maison Blanche Cecilia Munoz.

En clair, le gouvernement veut concentrer ses moyens sur les criminel-le-s et pas sur les immigrant-e-s qui respectent la loi. Cecilia Munoz a également annoncé que de nouvelles directives avaient été envoyées aux responsables sur le terrain, aux agents de l’immigration et aux juristes dès le mois de juin, leur demandant de prendre en compte la situation particulière de chaque sans-papier et de faire preuve de «bon sens» pour prendre leurs décisions.

UNE BRÈCHE DANS LE DEFENSE OF MARRIAGE ACT
Du côté associatif, l’organisation Immigration Equality qui lutte pour les droits des couples LGBT et des immigrants touchés par le VIH se réjouit d’«une très bonne nouvelle pour les couples qui font face à une séparation imminente à cause d’une ordonnance de renvoi ou d’expulsion». Toutefois, l’organisation déplore que cette mesure ne soit pas «le moratoire sur l’expulsion des gays et lesbiennes et de leurs conjoints que le Washington Post appelait de ses voeux [mais qu’]elle aidera les familles au cas par cas seulement».

Le Los Angeles Times salue pour sa part «un plan raisonnable qui offre au moins un soulagement temporaire (…) pour celles et ceux qui ont de la famille, y compris les partenaires de même sexe». Ce qui, espère le quotidien, «permettra de soulager certaines souffrances inutiles» en attendant une réforme en profondeur. Ce changement de cap de l’administration Obama semble en tous cas avoir ouvert une brèche dans le Defense of Marriage Act, comme le clame Stop The Deportations, un comité qui se bat pour l’abrogation du DOMA et la régularisation des conjoint-e-s étrangèr-e-s au sein des couples de même sexe binationaux.

Photo Makaristos