cameroun-drapeauC’est aujourd’hui que doit s’ouvrir au Cameroun le procès des hommes arrêtés le 25 juillet à Yaoundé (lire Cameroun: Trois hommes arrêtés pour «homosexualité»). Seuls deux d’entre eux, les deux plus jeunes (et mineurs), Franky et Jonas, comparaîtront devant le tribunal d’instance d’Ekounou, pour «homosexualité».

Ils sont poursuivis en vertu de l’article 347 bis du code pénal qui prévoit qu’«est punie d’un emprisonnement de six mois à cinq ans et d’une amende de 20000 à 200000 francs [CFA, environ 300€, ndlr] toute personne qui a des rapports sexuels avec une personne de son sexe». Le troisième homme, Hilaire, avait été relâché après la garde à vue.

Des voix continuent de s’élever tant contre ces arrestations, au seul motif que les deux jeunes gens avaient l’air efféminé, que contre la durée inhabituellement longue de la garde à vue. Par ailleurs, pour que le délit d’homosexualité puisse être invoqué, il faut qu’il y ait flagrant délit, or cela ne semble pas être le cas en l’espèce.

Dimanche 14 août, l’association camerounaise Acodes, qui «milite pour le respect des droits humains des travailleurs/travailleuses de sexe, LGBTI et hétérosexuelle», a organisé une manifestation pour protester contre cette «arrestation arbitraire et abusive» et les violences dont se sont plaints les trois hommes.

AMNESTY INTERNATIONAL
Le lendemain, Amnesty International appelait les autorités camerounaises à libérer les deux hommes et à abroger l’article 347 bis du code pénal: «Étant donné le degré élevé d’homophobie toléré par les pouvoirs publics au Cameroun, les personnes arrêtées en vertu de cette loi risquent d’être agressées et soumises à d’autres formes de mauvais traitements par leurs codétenus ou par les autorités carcérales en raison de leur orientation sexuelle présumée», a déclaré Erwin Van Der Borght, directeur du programme Afrique d’Amnesty International, dans un communiqué.

IAN BROSSAT
De son côté, Ian Brossat, président du groupe Communistes et élus du Parti de gauche au Conseil de Paris, a écrit à l’ambassadeur du Cameroun pour lui «faire part de l’indignation que ces événements suscitent en France»: «Je veux croire que le procès prévu le 18 août rendra justice à ces hommes, et j’espère qu’il portera l’espoir de nouveaux droits pour les homosexuels».

Dans un communiqué commun, l’Association pour la défense de l’homosexualité (Adefho) et Human Rights Watch (HRW) rappellent que «la loi camerounaise limite à 48 heures le délai de garde à vue d’un détenu avant sa comparution devant un magistrat ou un juge. Mais ces trois personnes ont été retenues pendant sept jours avant qu’un chef d’inculpation ne soit formulé à leur encontre». «La loi du Cameroun qui rend illégal tout comportement homosexuel est un outil de persécution qui est utilisé à volonté par la police et le système judiciaire contre des innocents, précise Dipika Nath, de la division des droits des lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres à Human Rights Watch. Si un verdict de culpabilité est prononcé contre Jonas et Franky, cela signifiera qu’au Cameroun, l’on peut être torturé et emprisonné à cause de son apparence et cela, c’est effrayant.»

[Mise à jour. 19/08/11] Dans un communiqué, l’association pour la défense des droits de l’Homme Alternatives Cameroun annonce un report du procès au 23 août prochain. Selon le communiqué, les deux mineurs, Jonas et Franky, «ont plaidé non coupable» lors de l’audience d’hier après-midi. Leurs avocats, Me Alice Nkom et Me Michel Togue, ont demandé une «mise en liberté provisoire de leurs clients», évoquant notamment un «vice de procédure», la date de leur interpellation ne correspondant pas à celle de leur mandat de garde à vue. Une demande rejetée par le juge au motif que «les deux jeunes garçons ne présentaient aucune garantie permettant d’accéder à cette demande».