cameroun-drapeauTrois hommes ont été interpellés pour «homosexualité» dans la nuit du 25 juillet à Yaoundé, au Cameroun. Dans ce pays, l’homosexualité est un délit depuis 1972. Selon l’article 347 du Code Pénal, «est punie d’un emprisonnement de six mois à cinq ans et d’une amende de 20000 à 200000 francs [CFA, environ 300€, ndlr] toute personne qui a des rapports sexuels avec une personne de son sexe» (lire: Joseph Thiedjou: «Les actes d’homophobie au Cameroun sont quotidiens»).

Dans un communiqué du 10 août, le collectif des associations de défense des droits LGBT camerounaises (Adefho, Sid’ado et Cofenho) donne sa version de l’arrestation des trois hommes.

Dans la nuit du 25 juillet, après avoir bu un verre ensemble, Hilaire (environ 40 ans), Jonas (19 ans) et Franky (20 ans) se rendent en voiture au domicile du premier. C’est alors qu’ils sont encore dans le véhicule qu’ils sont interpellés par des policiers du Groupe mobile d’intervention (GMI). Les deux jeunes hommes sont maquillés et vêtus de manière efféminée et lorsque les policiers s’aperçoivent qu’il s’agit de deux hommes et non de deux femmes, ils embarquent les trois individus. Dans un article à charge, le quotidien local Le Jour rapporte les faits sous un tout autre jour, affirmant notamment qu’Hilaire a tenté «de soudoyer l’équipe de la patrouille»…

SEPT JOURS DE GARDE A VUE
Les trois hommes ont passé sept jours en garde à vue avant d’être déférés au tribunal de première instance de Yaoundé le 1er août pour être présentés au procureur de la République. Les trois individus ont déclaré aux associations avoir subi des violences physiques au cours de leur garde à vue parce qu’ils avaient choisi de garder le silence en l’absence de leur avocat, comme la loi camerounaise le permet. Le collectif associatif s’insurge contre la durée de la garde à vue des trois hommes – sept jours contre 48h légalement, renouvelables une fois sur décision expresse du procureur – et contre les violences qu’ils y ont subies.

LES DEUX MINEURS PLACÉS EN DÉTENTION
Le procureur a délivré un mandat de détention provisoire à l’encontre de Jonas et de Franky tandis qu’Hilaire a été libéré, «en raison de problèmes de santé». Les deux jeunes hommes sont depuis détenus à la prison centrale de Yaoundé Kondengui. Leur procès devrait s’ouvrir le 18 août.

Dans leur communiqué, les associations se disent «consternées» et «stupéfaites» de la libération exceptionnelle du seul individu majeur du groupe [au Cameroun, la majorité civile est fixée à 21 ans, ndlr].

ADEFHO SE MOBILISE
Chercheur au sein de l’Association pour la défense des homosexuels (Adefho), Joseph Thiedjou a indiqué à Yagg qu’un responsable de l’association avait pu prendre contact avec les deux hommes. «Notre association va apporter une aide matérielle aux détenus comme cela a toujours été le cas dans ce type de situation et, plus important encore, la présidente d’Adefho Maître Alice Nkom assurera leur défense devant les tribunaux lors des différents procès», a ajouté Joseph Thiedjou.

Alice Nkom

Alice Nkom

ALICE NKOM, À L’HONNEUR À MONTRÉAL
La célèbre avocate est en ce moment à Montréal. Elle a été choisie pour être présidente d’honneur des Célébrations de la Fierté qui ont lieu dans la ville jusqu’à dimanche.

Interviewée le 8 août dernier sur Radio Canada, Alice Knom a rappelé «les tortures» quotidiennes que subissaient les personnes LGBT résidant au Cameroun et a exprimé sa révolte quant au cas d’un étudiant en master condamné en janvier à 36 mois de prison ferme pour l’envoi d’un SMS amoureux.