Au Chili, les associations LGBT exultent. Comme il l’avait promis pendant sa campagne pour la présidence (lire Le président chilien veut autoriser les unions civiles pour les homosexuel-le-s), Sebastian Piñera, arrivé au pouvoir il y a un an et demi, a présenté son projet de pacs version chilienne pour les couples hétérosexuels et homosexuels à la presse.

«IL N’EXISTE PAS UN SEUL TYPE DE FAMILLE»
Intitulé «Accord de Vie en Couple» (AVC), ce «pacs» peut être établi devant notaire ou en mairie. Il permet de réguler les droits d’héritage, d’assurance-santé, de retraite pour les couples non mariés, quel que soit leur sexe. Sans que leur soit exigé de vie commune antérieure au contrat.

«Nous devons comprendre qu’il n’existe pas un seul type de famille», a déclaré le président. «Il existe beaucoup de formes ou d’expression de famille». «Ce projet de loi traite sur un pied d’égalité les couples de sexe différent et du même sexe, car dans les deux cas il est possible de développer l’amour, l’affection et le respect», a également annoncé le chef de l’État à cette occasion.

PAS DE MARIAGE
Conviées au palais présidentiel, les associations LGBT ont applaudi le courage du président. «Piñera est devenu aujourd’hui le premier président à tenir une réunion officielle avec des lesbiennes, des gays, des bi et des trans’», s’est réjoui Rolando Jimenez, le président du Movihl, l’association LGBT la plus importante du Chili. Lors de l’élection présidentielle, le candidat Piñera n’avait pas hésité à se mettre en scène aux côtés d’un couple d’hommes dans sa vidéo de campagne (voir photo en début d’article). En revanche, il s’est prononcé a plusieurs reprises contre l’ouverture du mariage aux gays et aux lesbiennes.

COALITION EN PÉRIL
C’est maintenant au Parlement de trancher. L’aile catholique est évidemment vent debout contre le projet présidentiel. «Le président Piñera humilie ses partisans. Je crois ce gouvernement capable de vendre sa mère pour gagner des points dans les sondages», a persiflé le député UDI Gonzalo Arenas sur son Twitter le 9 août dernier. Référence aux sondages qui n’accordent que 26% d’approbation à M. Piñera pour son action, soit le taux le plus bas depuis le retour de la démocratie dans le pays en 1990.

Aux prises avec un conflit étudiant qui dure depuis deux mois (les étudiants et les élèves du secondaire manifestent pour une éducation publique fondée sur la qualité et la gratuité), le président risque en effet de perdre le soutien de sa propre coalition. Laquelle compte dans ses rangs la très puissante UDI (Union démocrate indépendante), le parti le plus important du Chili et au sein des deux Chambres du Parlement. Un parti connu pour ses liens avec l’Opus Dei.

YANN TIERSEN DÉTOURNÉ
Pour protester contre l’initiative de Piñera, des groupes catholiques-conservateurs organisent des «Marches pour les valeurs de la famille». Les manifestants défilent notamment au son de J’y suis jamais allé, l’un des nombreux tubes de la bande-originale du célèbre film Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain. Son compositeur, le non moins célèbre Yann Tiersen a condamné via son site internet l’utilisation de sa musique par les organisateurs des marches.

Ces dernières années, plusieurs États d’Amérique du Sud ont reconnu les unions homosexuelles. Parmi lesquels le Brésil, l’Équateur, la Colombie et l’Uruguay. En 2010, l’Argentine est devenue le premier État du continent à ouvrir le mariage aux couples gays et lesbiens. À chaque fois, l’Église catholique a été à la pointe de l’opposition.