Notre histoire, Société | 03.08.2011 - 22 h 35 | 0 COMMENTAIRES
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Disparition de Rudolf Brazda, dernier survivant connu de la déportation homosexuelle

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Le dernier «Triangle rose» connu, déporté à Buchenwald durant la Seconde Guerre mondiale, est mort ce mercredi 3 août.

Rudolf Brazda est mort ce mercredi 3 août, au petit matin, à l'âge de 98 ans, a-t-on appris de Jean-Luc Schwab, son biographe (co-auteur d'Itinéraire d'un Triangle rose, publié aux éditions Florent Massot).

CHEVALIER DE LA LÉGION D'HONNEUR
Rudolf Brazda, dernier survivant connu de la déportation pour motif d’homosexualité durant la Seconde Guerre mondiale, avait été élevé au grade de Chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur, en avril dernier. Pour l'association LGBT mémorielle Les «Oublié-e-s» de la Mémoire, cette «attribution de la plus haute distinction française [marquait] un pas supplémentaire dans la reconnaissance par la nation de la déportation homosexuelle» (lire aussi: Remise de la légion d’honneur à Rudolf Brazda: le discours de Jean-Luc Romero).

Fils d’émigrés tchèques en Allemagne, Rudolf Brazda a tout juste 20 ans quand Hitler accède au pouvoir. Le jeune homme vit ouvertement son homosexualité et très vite, il subit la répression, liée au durcissement de la loi criminalisant les actes homosexuels, le fameux Paragraphe 175.

BUCHENWALD
En avril 1937, alors qu’il vit à Leipzig, Rudolf Brazda est arrêté une première fois au titre du Paragraphe 175 et condamné à six mois de prison ferme. Exilé dans les Sudètes, devenu territoire allemand, il est à nouveau condamné en 1941, et une fois la peine purgée et en raison de son homosexualité, déporté au camp de concentration de Buchenwald, où il arrive le 8 août 1942. Il porte le matricule 7952 et on l’affuble d’un triangle rose.

Les conditions de détention sont extrêmement difficiles dans ce camp situé en territoire allemand et où seront d’abord enfermés des prisonniers allemands puis, lorsque la guerre éclate, ceux en provenance des pays occupés. Bien que Buchenwald n’ait pas été un camp d’extermination, le nombre de morts y est très élevé puisqu’on estime que plus de 56000 prisonniers (sur les 238000 qui y furent incarcérés) sont décédés dans le camp, soit exécutés, soit par épuisement ou maladie.

Environ 650 Triangles roses furent déportés à Buchenwald. Rudolf a souvent expliqué que s’il avait été plus jeune ou plus vieux et s’il n’avait pas exercé le métier de couvreur (très demandé dans ce camp en perpétuel agrandissement), il n’aurait sans doute pas survécu. Les autres prisonniers – des opposants politiques, des handicapés, des Juifs – étaient pour la plupart indifférents, mais les S.S. étaient particulièrement cruels et violents envers les homosexuels.

RÉSISTANCE INTÉRIEURE
Rudolf Brazda restera presque trois ans enfermé à Buchenwald. À l’approche des troupes alliées, au printemps 1945, les responsables du camp entraînent les détenus dans des «marches de la mort». Plusieurs milliers de prisonniers n’en réchapperont pas. Dans le camp, la résistance intérieure permet à Rudolf Brazda de se cacher. Après la libération du camp, il vient s’installer en France, près de Mulhouse. C’est là qu’il rencontre à la fin des années 40 Édouard. Ils resteront ensemble jusqu’en 2003, année de la mort d’Édouard.

On estime que de 5000 à 15000 homosexuels, en immense majorité des Allemands, ont été détenus dans les camps de concentration. Très peu sont ceux qui, comme Rudolf, y ont survécu. Son témoignage n’en est que plus important.

En septembre 2010, Yagg avait rencontré Rudolf Brazda qui livrait alors un témoignage bouleversant:

Si vous n'arrivez pas à voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Triangles roses, le dernier survivant connu témoigne sur Yagg

[Mise à jour: 4/08/11 - 10h50] Dans un communiqué, l'association Les «Oublié-e-s» de la Mémoire indique que les obsèques de Rudolf Brazda «auront lieu la semaine prochaine à Mulhouse. Conformément aux dispositions de son testament, sa dépouille sera incinérée et ses cendres déposées à côté de celles de son compagnon de vie de plus de 50 années, Édouard Mayer, décédé à Mulhouse en 2003». Un registre de condoléances est accessible en ligne.

Christophe Martet et Yannick Barbe

Photo Yagg

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