La sixième conférence sur le sida de l’IAS, qui s’est tenue à Rome du dimanche 17 au mercredi 20 juillet, n’a pas été celle des grandes annonces fracassantes. Elle a a revanche confirmé la stratégie du traitement comme prévention.

L’étude HPTN 052 sur l’intérêt préventif du traitement, menée par le Docteur Myron Cohen, a été au cœur des discussions. Cette étude, dont les premiers résultats ont été publiés en mai dernier, montre une diminution de 96% du risque de transmission du VIH au partenaire d’une personne séropositive traitée précocément.

DES RÉSULTATS «EXCEPTIONNELS»
Pour Gilles Pialoux, qui couvre la conférence de Rome pour vih.org, ces résultats sont «exceptionnels». Selon lui, le TasP (Treatment as prévention) «ne peut plus être ignoré».

C’est donc un signal très fort pour que les personnes séropositives soient dépistées le plus tôt possible et mises sous traitement sans attendre. L’Organisation mondiale de la santé devrait d’ailleurs publier très prochainement de nouvelles recommandations en ce sens.

Mais le revers de la médaille, c’est que ces résultats ne sont pas transposables aux gays. C’est ce qu’explique Myron Cohen, l’investigatrice de l’essai, à Renaud Persiaux, pour Têtu. «Les résultats de notre essai ne sont pas extrapolables aux gays, explique Myron Cohen. On sait que lors d’un rapport anal, le risque de transmission est plus élevé que lors d’un rapport vaginal. Cela suggère que le niveau de risque résiduel sera plus élevé, mais cela reste un risque résiduel. Donc, même si on ne peut pas la calculer formellement, on sait que la réduction du risque sera extrêmement forte si une personne séropositive a une charge virale indétectable, qu’elle prend ses antirétroviraux correctement et qu’elle dépiste ses IST et les fait soigner.»

Le hic, c’est qu’un essai comme HTPN 052, conduit principalement avec des couples en Afrique, serait inimaginable dans les pays développés, comme le rappelle Myron Cohen: «[…] Pour faire l’essai, on a dû retarder la mise sous traitement des personnes en dessous de 250 CD4. Ce serait impossible en Europe ou aux États-Unis, où les recommandations actuelles sont de traiter en dessous de 500 CD4.»

«ÉRADICATION VIRALE»
Les résultats de cette étude laissent cependant espérer que le contrôle de l’épidémie n’est plus une utopie. C’est ce que pense en effet certains chercheurs et le concept de «l’éradication virale», soit le contrôle total du virus (mais sans qu’il puisse être éliminé du corps) revient sur le devants de la scène. Pour le Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l’ANRS cité par L’Humanité, il s’agit même d’une «nouvelle frontière, d’une vision à avoir pour la recherche dans les dix ans».

Mais le Test and Treat (tester et dépister), pour séduisant qu’il soit sur le papier, ne va pas manquer de poser de nombreux problèmes, à commencer par celui de l’accès aux traitements. Michel Kazatchkine l’a rappelé lors de cette conférence: 9 millions de malades n’ont toujours pas accès au traitement.

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