David-Xavier Weiss, l’un des très nombreux secrétaires nationaux de l’UMP, a déposé plainte mercredi dernier, le 6 juillet, contre Le Canard enchaîné pour atteinte à la vie privée et diffamation. En cause, un article citant des déclarations de Roger Karoutchi à la police dans le cadre de l’enquête qui succède à une plainte déposée par Valérie Pécresse pour diffamation. L’ancien secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement y mentionne David-Xavier Weiss comme son «compagnon depuis 7 ans». Le Canard enchaîné est donc accusé d’avoir dévoilé l’orientation sexuelle de David-Xavier Weiss contre son gré.

«Il s’agit d’un outing, répréhensible par la loi, réagit David-Xavier Weiss, interrogé par Yagg. Si Roger Karoutchi a souhaité faire son coming-out, pour moi il n’en a jamais été question. Mes parents n’étaient pas au courant et j’ai dû les prévenir avant la publication du journal mardi soir, dans la précipitation. Je n’avais pas du tout envie que ça se passe comme ça. Les conséquences personnelles sont lourdes et ont compliqué ma vie intime.» «Je ne suis pas comme Jean-Luc Romero, ajoute-t-il, je ne fais pas un fonds de commerce de mon homosexualité et par conséquent je n’avais aucune envie que cela apparaisse dans la presse.» Selon son avocat, Maître Philippe Guméry, «David-Xavier Weiss a 100% de chances de gagner, car c’est incontestablement une atteinte à la vie privée. Qu’est-ce qui est plus intime que d’aborder la sexualité d’un individu, qui plus est lorsqu’on mentionne le nom de son partenaire?».

LA JURISPRUDENCE ROMERO
«Selon l’article 9 du code civil, tout ce qui a trait à la vie privée – et la sexualité concerne la vie intime la plus profonde – doit être protégé de manière absolue, précise Me Yann Pedler, avocat au Barreau de Paris. Par conséquent, M. Weiss a de bons arguments pour gagner cette affaire.» Me Pedler est bien placé pour connaître ce genre de cas car c’est lui qui a défendu Jean-Luc Romero en 2003 lorsqu’il a remporté son procès pour atteinte à la vie privée contre le gratuit gay E-m@le – qui l’avait outé en 2000.

Jean-Luc Romero est le premier Français à avoir obtenu gain de cause après avoir porté plainte pour outing. «J’ai été dans une situation très compliquée, étant fondateur de l’association des Élus Locaux Contre le Sida et impliqué dans des combats pour la cause homosexuelle comme la gay pride, se souvient-il. J’ai perdu sur tous les plans: la communauté homosexuelle m’a considéré comme un «pédé honteux», et le parti duquel j’étais membre – le RPR – ne m’a témoigné aucun soutien.»

Néanmoins, Jean-Luc Romero n’a aucun regret: «À l’époque, cela m’a causé beaucoup de tort; j’avais prévu de faire mon coming-out un mois plus tard dans un quotidien du soir. E-m@le m’a coupé l’herbe sous le pied avec, en plus, de mauvaises intentions en pleine période électorale».

Lorsque l’on lui demande ce qu’il pense du cas de David-Xavier Weiss, Jean-Luc Romero affirme être contre l’outing par principe: «Même si je peux comprendre qu’on veuille dénoncer les personnes homosexuelles qui tiennent un discours homophobe – ce qui n’est pas le cas de David-Xavier Weiss –, je pense que la logique de la dénonciation n’est pas la bonne. J’ai achevé mon dernier livre Homopoliticus sur le constat suivant: aucun député ou sénateur français n’a dit son homosexualité publiquement en France. C’est une démarche qui reste difficile».

Lorsqu’il prend connaissance de la pique de David-Xavier Weiss, Jean-Luc Romero réagit: «Si faire son fonds de commerce de l’homosexualité c’est aider à l’égalité et lutter contre l’homophobie alors oui, c’est ce que je fais. Je ne suis de toute façon pas sur la même longueur d’onde que M. Weiss ou que Roger Karoutchi, qui a fait son coming-out mais n’aborde jamais les questions politiques liées à l’homosexualité ni ne dénonce les propos homophobes tenus au sein de son parti».

[mise à jour, 14h23] correction du titre du gratuit impliqué dans l’outing de Jean-Luc Romero: il s’agissait d’E-m@le, et non d’Illico, à qui nous présentons toutes nos excuses pour cette erreur.