L’annonce a pris tout le monde de court. Alors qu’il présentait le 29 juin les chiffres, en hausse, de la consommation des produits psychoactifs (lire Résultats du Baromètre Santé 2010), Étienne Apaire, le président de la Mildt (Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie) a annoncé vouloir interdire la vente des poppers en France.

Jugeant ces substances nocives pour la santé, la Mildt a indiqué que « l’Afssaps étudi[ait] à l’heure actuelle le moyen juridique d’en interdire la commercialisation ». Selon le Baromètre Santé 2010, les poppers voient leur diffusion augmenter. C’est ainsi que 5,3 % des 18-64 ans en ont consommé au cours de leur vie alors qu’ils étaient 3,9 % en 2005. Provoquant une sensation d’euphorie, les poppers sont souvent utilisés en soirée ou lors des relations sexuelles. Popularisés par les gays dans les années 70 et 80, les poppers à base de nitrite d’alkyle, seuls autorisés en France, sont aujourd’hui plus largement consommés.

UNE MESURE À « CARACTÈRE RÉPRESSIF »
En 2009, le Conseil d’État avait annulé un décret visant à interdire la vente de ces produits. Aussitôt publiée la décision de la Mildt, le Sneg (Syndicat national des entreprises gaies) est monté au créneau, condamnant une mesure à « caractère répressif » et regrettant de ne pas avoir été consulté.

Dans son communiqué de presse, le Sneg explique: « Tandis que le débat sur sa dépénalisation est relancé une énième fois, en pleine période pré-électorale, cette mesure contre les poppers, produit non stupéfiant, licite, répondant à un marché légal selon le décret du 22 mars 1990, témoigne de l’échec patent et de l’incapacité du gouvernement en matière de lutte contre les drogues dures, illicites, tenues par un marché sous-terrain et une économie parallèle ».

Le Sneg relève que la consommation d’héroïne, de cannabis et de cocaïne augmente fortement. « Que fait-on contre la banalisation de l’usage du cannabis, de la cocaïne, de l’héroïne ou encore du GHB ? », ajoute le communiqué. Le Sneg rappelle qu’il fait un travail – subventionné par les pouvoirs publics – de prévention de l’usage des poppers, qui peuvent être dangereux s’ils sont utilisés à mauvaise escient et notamment avec des vasodilatateurs (Viagra). Le Syndicat demande à être consulté par Étienne Apaire et Xavier Bertrand, le ministre de la Santé.