Interpellée par AllOut.org, la Fédération internationale de football (Fifa) a fini par réagir aux déclarations lesbophobes d’Eucharia Uche. La coach de l’équipe féminine de football du Nigeria avait expliqué au New York Times comment elle s’était débarrassé de ce «sale problème» qu’était l’homosexualité parmi ses joueuses (lire Coupe du monde de foot: Une chasse aux lesbiennes dans l’équipe nigériane). Quelques jours plus tard, après la défaite contre la France en Coupe du monde, elle récidivait en conférence de presse, selon l’AFP: «Oui les lesbiennes dans notre équipe étaient un gros problème, mais depuis que je suis sélectionneuse, le problème est réglé. Il n’y a plus de joueuse lesbienne dans mon équipe. Je ne peux pas tolérer ce mode de vie sale. Nous avons maintenant beaucoup de joueuses qui ont soif de la parole de Dieu. Elles sont beaucoup plus concentrées comme ça et savent que le football peut leur apporter la renommée, le bonheur et l’amusement. L’homosexualité détruit tous ces espoirs».

«LA FIFA EST CONTRE TOUTE FORME DE DISCRIMINATION»
Par la voix de Tatjana Hänni, responsable du foot féminin, la Fifa a condamné ces propos. Mollement. «La Fifa est contre toute forme de discrimination, a indiqué Tatjana Hänni sur la chaîne allemande ARD. Nous sommes ici dans une manifestation organisée par la Fifa. Nous allons rappeler qu’il serait bien qu’on s’exprime de manière neutre.» Un communiqué sur le site de la Fédération complète: «La Fifa aimerait en profiter pour rappeler sa position concernant tout commentaire ou acte à caractère discriminatoire. À travers ses diverses commissions, la Fifa n’a eu de cesse de lutter contre toutes les formes de discrimination, que ce soit dans le football ou dans la société. (…) La Fifa continuera à s’opposer à toute forme de discrimination, par tous les moyens à sa disposition. Dans cette optique, la Fifa estime qu’il convient de rappeler fermement ces principes au niveau le plus élémentaire. Tous les amoureux du beau jeu ont un rôle à jouer dans ce combat, au même titre que les médias».

Sollicité par AllOut.org, Theo Zwanziger, le président de la fédération allemande, qui accueille la Coupe du monde, s’est lui aussi exprimé: «La position de la Fédération allemande de football (Deutscher Fußball-Bund) est claire. Notre association combat fermement toutes les formes de discrimination. Cela inclut la lutte contre l’homophobie. La question de l’entraîneuse de l’équipe nationale du Nigeria doit être réglée. Cela ne peut être fait que par l’organisateur du tournoi, c’est-à-dire la Fifa, et non le pays hôte».

Mais entre temps, après un entretien avec Tatjana Hänni, Eucharia Uche a démenti avoir tenu les propos qui lui sont attribués.

«La mobilisation doit continuer, insiste Guillaume Bonnet, directeur de campagnes pour AllOut.org. C’est parce que plus de 40000 personnes ont signé la lettre adressée à la Fifa que nous avons pu être entendu-e-s par l’institution, et que plusieurs associations clefs de la lutte contre l’homophobie dans le sport, comme l’International gay and lesbian football federation et la Fédération des Gay Games, ont rejoint la mobilisation, incitant la fédération allemande de foot à accentuer la pression sur la Fifa. Maintenant obtenons de la Fifa des mesures concrètes.»