Hué puis intercepté, le char de GayLib n’a finalement pas terminé la Marche des Fiertés samedi 25 juin. Emmanuel Blanc, le président de GayLib, «mouvement associé à l’UMP», voit dans cette action les «méthodes fascistes de 30 personnes qui nous prennent en otages». Pour les auteur-e-s de ce «zap», «GayLib est là pour faire du racolage de voix».

«CERTAINS CONFONDENT COMBAT POUR LES DROITS DES GAYS ET POLITIQUE»
S’ils/elles n’ont pas dévoilé leur identité lors du détournement du char, l’un des initiateurs, Nathou Boumendil, a confié à Yagg les motivations de l’action. «En admettant GayLib à la Marche, on oublie la psychiatrisation des trans’, la casse du service public, les politiques racistes sur l’immigration, égrène-t-il. Les droits LGBT ne peuvent être séparés des autres luttes» selon lui et les membres de son «collectif informel». C’est cet ensemble de revendications sociales et politiques, plus que la seule question de l’égalité des droits, qui conduisent ce «réseau militant» à s’opposer à la présence de GayLib parmi les chars de la Marche des fiertés. «Certains confondent combat pour les droits des gays et politique», s’indigne Dominique De Souza Pinto, porte-parole de GayLib. «On a enlevé le logo de l’UMP depuis deux ans et on n’a pas d’aide financière du parti pour la Marche», explique-t-elle.

Et si GayLib n’était finalement que le bouc émissaire d’un mouvement radical? «On ne les voit pas comme un souffre-douleur», se justifie Nathou Boumendil. Mais dans ce cas, pourquoi ne pas avoir aussi intercepté le char de l’Inter-LGBT, «complice» de GayLib, puisqu’elle leur a donné l’autorisation de défiler? «Pour des modalités pratiques, explique-t-il. Il y a eu des propositions en ce sens, mais nous n’avions pas les moyens militants.» L’année prochaine, plusieurs membres de ce «collectif informel» envisagent «une pride alternative» pour faire entendre leur voix.

GAYLIB A-T-IL ENCORE UN RÔLE À JOUER?
Contesté au sein de la communauté LGBT et peu suivi à l’UMP, GayLib a-t-il encore un rôle à jouer? Emmanuel Blanc veut y croire. Taxé de complaisance silencieuse à l’égard des personnalités de droite qui se sont exprimées contre le mariage des couples de même sexe, le président de GayLib rétorque: «Nous ne sommes pas des carpettes de l’UMP». «Avec l’Inter-LGBT, nous étions à l’Assemblée nationale la veille du débat, se souvient-il. J’ai pris la parole, j’ai dit tout notre soutien à la proposition de loi.» Malgré le vote négatif par 293 voix contre 222, Emmanuel Blanc se félicite de ce que dix député-e-s des groupes UMP et Nouveau Centre ont voté ce texte avancé par l’opposition. «Dans l’hémicycle, la règle du jeu, c’est de ne jamais voter une proposition de loi de l’opposition», explique le président de GayLib. «Dix députés pour, c’est déjà beaucoup», se félicite-t-il.

Beaucoup, mais pas encore assez. GayLib n’envisage pas pour autant de rejoindre les rangs des radicaux comme Jean-Louis Borloo, qui s’est déclaré favorable à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. «Quitter l’UMP? Non. On peut rester et avoir des opinions minoritaires», estime Emmanuel Blanc. Le président du mouvement se veut exigeant: GayLib ne se contentera pas d’une «union civile», promise par le candidat Nicolas Sarkozy en 2007 et qu’il semble vouloir mettre en place en briguant un deuxième mandat. Ainsi, lors de l’anniversaire de GayLib (l’intervention de Nicolas Sarkozy commence à 2:55):

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Anniversaire de GayLib

Que pense aujourd’hui Emmanuel Blanc de l’union civile? «Ça n’a aucun intérêt, juge-t-il. Les Français sont prêts à l’ouverture du mariage, et l’égalité des droits s’inscrit dans la tradition libérale de l’UMP.»

Il n’est toutefois pas certain qu’il puisse être entendu. Depuis que Jean-Pierre Raffarin a quitté Matignon, les relais de GayLib au sommet de l’État se font rares. Emmanuel Blanc dit pouvoir compter sur le soutien de membres du gouvernement comme Roselyne Bachelot, Chantal Jouanno ou Jeannette Bougrab. Mais peuvent-elles influer sur la politique de l’Élysée? Partisane notoire des droits des personnes LGBT, Roselyne Bachelot est au sein du gouvernement depuis 2007. Or, aucune avancée dans ce domaine n’a été effectuée en France depuis 2004.

«IL FAUT QUE L’UMP FASSE SON BOULOT»
Stéphane Dassé, l’ancien président du mouvement, refuse toutefois de croire que le progrès «ne serait que l’apanage de la gauche» et pense même que «le vote du 14 juin a provoqué un séisme au sein de l’UMP». Plusieurs député-e-s, à droite et au centre, lui ont ainsi fait part de leur «embarras». Les difficultés de GayLib pour s’imposer sont pour partie liées aux conditions de sa naissance. Apparu au sein de Démocratie Libérale, parti de centre-droit créé par Alain Madelin, GayLib fusionne avec l’UMP en 2002, lorsque Démocratie Libérale est dissout. «Juppé a hérité de ce truc», se rappelle Stéphane Dassé. «Il n’avait rien demandé à l’origine et il nous a fallu négocier durant plusieurs mois pour imposer l’existence de GayLib au sein de l’UMP.» Dans un parti où les anciens du RPR sont majoritaires, GayLib dispose de peu de soutiens.

Au contraire de la Droite Populaire qui est représentée à l’Assemblée nationale (et dont les députés étaient déjà inscrits au RPR), GayLib ne recense aucun-e député-e dans ses rangs. «Le jour où on aura des élus, le rapport de force sera un peu plus équilibré», espère Stéphane Dassé. En attendant, il «regrette fortement le silence de l’UMP» face aux sorties homophobes de plusieurs de ses député-e-s. «Il faut que l’UMP fasse son boulot, ce n’est pas à la Droite Populaire de faire la pluie et le beau temps», soupire l’ancien président de GayLib.

S’il ne veut pas donner de conseil à la nouvelle équipe en place, il estime qu’il faut «profiter de l’approche des élections pour taper du poing sur la table». Quitte à être menaçant: «Si GayLib quitte l’UMP, ce sera désastreux pour l’image du parti». Une option que ne semble pas envisager Emmanuel Blanc. Le président de GayLib attend d’avoir entre les mains le programme du candidat de l’UMP pour savoir s’il votera en sa faveur… ou s’il le zappera.