Suite de notre série sur le web, ses acteurs, ses métiers, etc. (Lire Tout (ou presque) sur le référencement, avec Alexis Christoforou de l’agence Kinoa ) avec l’agence Datagif pour aborder la question de la création d’un site web. Datagif a été créé il y a un an et demi, avec la volonté de faire à la fois du web et de l’édition. On doit notamment à cette société le Pilulier Yagg et le site de l’Enquête Presse Gay et Lesbiennes. Entretien avec ses fondateurs Gaëtan Duchateau, consultant digital, et Florent Guerlain, directeur artistique (de gauche à droite sur la photo).

Si on se place du point de vue d’une entreprise qui a besoin d’un site, comment rédiger un bon cahier des charges?
Gaëtan Duchateau: Pour une entreprise, c’est déjà bien de savoir qu’on a besoin d’un site. Beaucoup n’en ont pas conscience. Avoir cette démarche est déjà quelque chose de positif. La première question que nous posons au client est celle-ci: « Que voulez-vous raconter sur internet? » Nous leur demandons s’il s’agit-il d’un site vitrine, ou d’un site d’actualités sur leur activité ou pour suivre ce qui se fait dans le secteur. Un site, cela peut être des choses très différentes. Si le client n’a pas d’idée sur la fonction et l’utilité du site, nous pouvons l’aider à le déterminer.

Florent Guerlain: Je pose au client d’autres questions: Y a-t-il déjà une charte graphique exploitable? Une base d’iconographie? Faut-il faire appel à un illustrateur? Ont-ils pensé à acheter des typographies? Beaucoup ne savent pas ce que c’est et utilisent les typographies par défaut.
GD: Pour certains de nos clients, la charte graphique n’existait pas. Nous avons donc créé un site et une charte graphique. Le client peut ensuite décliner sa nouvelle identité visuelle non seulement sur son site mais aussi sur ses cartes de visites, ses correspondances, ses présentations Power Point, etc.
Sur les autres questions, il faut savoir quel contenu le client peut déjà fournir. A-t-il besoin que nous apportions du contenu? Comment va-t-il alimenter son site? Va-t-il en avoir le temps? On va essayer de lister toutes les contraintes du client et tous les atouts du clients afin de voir tout ce qu’il est possible de faire pour lui.
Ensuite, il y a toutes les questions plus pragmatiques de type calendrier ou budget. Le site répond-il à une actualité, comme un salon par exemple? Pour ce qui est du budget, si l’enveloppe est trop petite, nous ne serons pas forcément à l’aise pour proposer une solution correcte. Cela ne veut pas dire que nous avons besoin d’une grosse enveloppe, mais il faut un minimum. Ensuite, y a-t-il déjà un hébergement?  Certains clients ne sont pas familiarisés avec le vocabulaire technique et  souhaitent des solutions clé en main. Nous testons un petit peu le niveau de compréhension du client. Comme nous sommes capables de tout gérer de A à Z, si lui ne sait rien, nous pouvons apporter au client toutes les solutions. Et nous allons essayer de creuser pour analyser le projet à fond. Il n’y a rien de pire que de commencer un projet et de se retrouver au beau milieu des travaux avec un client qui dit «je veux faire ça», «il y a une chose à laquelle je n’avais pas pensé».
FG: Nous ne commençons la partie graphisme et le développement qu’ une fois la conception validée. Parce qu’il suffit d’un tout petit changement pour détériorer une charte.

Prenons l’exemple de quelqu’un qui veut un site complet et qui n’a pas de charte graphique. Quel budget doit-il prévoir?
GD:
Un site de type vitrine, d’information sur son activité, avec quelques news? Pour nous c’est un projet qui, clé en main, à partir du brief jusqu’à la remise va prendre un mois, un mois et demi, selon la réactivité du client et la complexité des informations à mettre dedans. Si nous lui faisons l’identité , le design, que nous développons tout… c’est variable. Cela dépend de la manière dont nous allons fabriquer le site, de la technologie que nous allons utiliser, de la question de savoir qui va gérer le site.
Nous essayons d’utiliser des technologies assez simples, assez accessibles. Le client aura à sa disposition une interface qui lui permettra d’ajouter facilement une page de contenu. Quand on livre ce type de produit, on fait une petite formation, avec une petite note explicative pour essayer de le rendre le plus autonome possible.

Cela peut être de l’ordre de quelques milliers d’euros?
GD: Oui le ticket d’entrée n’est pas à 20 000 euros. On peut dire que cela va entre 5000 et 10 000 euros selon la complexité du site et le volume des contenus. Mais c’est vraiment une estimation. Nous ne fonctionnons pas au forfait.

Beaucoup de sociétés ont du mal à faire la maintenance technique après le lancement du site… C’est une donnée qui est rarement prise en compte lors de la conception d’un site.
GD: Avec certains clients, nous avons un forfait mensuel de maintenance grâce auquel nous effectuons soit des corrections mineures dues à des mises à jour, soit des petites améliorations. Mais nous fonctionnons ainsi avec très peu de clients. La plupart des clients ne veulent pas dépenser plus que ce qu’ils ont investi pour le développement du site.

FG: Un site, c’est un peu comme les vêtements. Il faut en changer de temps en temps. Cela peut être juste parce que le graphisme n’est plus dans la tendance. C’est quelque chose qui ne se décide pas à l’avance, en tout cas. Plutôt que de customiser le site petit à petit, mieux vaut arrêter le site et le refondre totalement.

À propos de graphisme, y a-t-il des choses que vous conseillez ou déconseillez? Comme le flash par exemple.
FG:
Chaque agence a son propre style et ses propres recommandations. Par principe, nous ne faisons pas de flash.

GD: C’est pour le bien du client. Chez Datagif, on se met beaucoup à la place du client, aussi bien le client de notre projet que le client de notre client, celui qu va visiter le site. Flash présente certains avantages pour des sites de type opération d’événementielle sur une durée limitée. De notre côté, nous sommes plutôt sur des sites qui durent six mois ou un an, plutôt des sites d’informations, plus fonctionnels. Flash n’est donc pas vraiment adapté: c’est lourd, ce n’est pas simple à mettre à jour, pas facilement éditable en terme de contenus et c’est très mal perçu par les moteurs de recherches – même si cela s’améliore. Ce n’est pas du tout au même niveau qu’un  WordPress bien customisé. Et puis avec un peu de CSS* et de Javascript**, on sait faire des animations que que certains font en flash. On arrive ainsi à des niveaux graphiques tout à fait corrects pour une technologie beaucoup plus simple à développer et beaucoup plus légère pour l’utilisateur.

FG: Côté graphisme, nous aimons les choses simples. Nous n’avons pas tous les effets web 2.0, les reflets sur les logos, etc. Des gens font ça par systématisme. Chaque agence ou studio a son propre style. En ce qui nous concerne, nous ne faisons pas de la grosse 3D, nous privilégions les choses assez simples. C’est notre signature. Et c’est aussi une question d’efficacité. Un site avec des colonages clair, pas de superflu avec 1000 typos différentes, sera tout simplement plus efficace.

GD: Tous nos sites fonctionnent sur mobile et tous les navigateurs d’iPad et d’iPhone. Avec un site flash ce ne serait pas forcément le cas.

Vous avez travaillé sur la cible gay et lesbienne. Comment visuellement s’adresse-t-on à cette cible? Faut-il bannir le rainbow flag?
FG: Pas nécessairement. On peut tout à fait utiliser un rainbow flag dans la charte graphique. C’est juste qu’en général c’est mal fait. Le problème ne vient pas des couleurs du drapeau mais de l’utilisation qui en est faite. On voit parfois des dégradés…  On n’est pas obligés non plus de l’utiliser. Les gays et les lesbiennes ont aussi les mêmes références que tout le monde. Cela laisse de la marge. Par exemple sur l’Enquête Presse Gays et Lesbiennes, il n’y avait pas besoin d’en rajouter trois tonnes. Le nom de l’enquête est déjà très évocateur. Un rappel de couleur ne nous a donc pas semblé utile.

Y a-t-il des CMS*** que vous préférez?
GD: On utilise majoritairement WordPress. Parce que c’est facile pour l’utilisateur. Et aussi parce que ce n’est pas très compliqué à customiser. On utilise aussi SPIP sur certains projets, car on a plus de possibilités de développement que sur WordPress. Pour des projets un peu plus complexes où WordPress va commencer à montrer ses limites, on va préférer SPIP. Cela nous arrive aussi de faire des sites sans CMS, en html simple. Il s’agit plutôt de pages ou de mini-sites qui n’ont pas forcément vocation à durer longtemps. Par exemple, nous sommes en train de faire une version full html du site de Datagif, sans CMS parce qu’on en a plus l’utilité.

Comment choisir une agence?
GD:
C’est très dur de trouver une agence. Je me souviens avoir eu du mal, lorsque j’étais côté client. Actuellement, les clients qui nous trouvent arrivent surtout par recommandation.
FG: Ils ont vu un projet que nous avons réalisé qui est proche du leur. Grâce à Kitsuné, par exemple, nous avons eu des clients d’un profil similaire qui avaient besoin de la même chose.
Ce qu’on peut recommander, c’est de regarder les sites des concurrents dans son secteur, regarder qui a fait ces sites et voir cette agence-là. N’importe quelle agence peut apporter une solution mais pas forcément la bonne solution.

* CSS= Cascading Style Sheets, feuilles de styles en cascades. C’est un langage de programmation qui sert à définir la présentation d’une page web.

** JavaScript: C’est un langage de programmation (voir la fiche Wikipédia de Javascript)

*** CMS=Content Management System, Système de gestion de contenus. Pour reprendre la définition Wikipédia, on peut le décrire comme une famille de logiciels destinés à la conception et à la mise à jour dynamique de site Web ou d’application multimédia. Exemples: WordPress, Drupal, Joomla, etc.