Franck Finance-Madureira, fondateur de la Queer Palm et blogueur invité sur Yagg, a assisté à la gay pride de Lisbonne. Voici son récit.

La gay pride de Lisbonne s’est faite en deux temps. Le samedi 18 juin, c’était la marche des fiertés qui voyait les associations défiler de la place de Principe Réal, qui domine la quartier gay, à la place de Figueira, l’une des plus centrales. Et le samedi 25 juin, c’était une célébration toujours militante mais plus festive et plus commerciale, l’Arraial pride (le « campement » ou la « kermesse » selon les dictionnaires) qui prenait d’assaut le Terreiro do Paço, sur la grande esplanade de la place du Commerce en bas de la ville près du fleuve, avec stands des associations mais aussi des bars , lieux de sorties et sponsors.

Acte 1, samedi 18 juin, 25 degrés, grand soleil
Ici, à Lisbonne, la marche des fiertés fait un peu figure d’échauffement. Départ fixé à 17h sur la place qui borde le jardin du Principe Réal, lieu devenu central puisqu’il est le point de jonction entre les lieux festifs du Bairro Alto, le quartier de la fête, et les bars et boîtes gays des rues de Palmeira et adjacentes. Forcément notre regard est attiré par un petit groupe qui se forme avant le départ derrière un drapeau bleu-blanc-rouge où l’on trouve notamment des Français établis à Lisbonne comme Stéphane qui a ouvert il y a deux ans un bar gay qui s’appelle Le Marais. Sont venus leur prêter main forte (distribution de flyers pour le petit buffet du soir au Marais compris), une petite bande de Parisiens en goguette qui finissent là une semaine de visites et de fêtes qui semble leur avoir donné très envie de revenir, même si au grand désespoir de certains, Dalida n’est pas au programme de la sono des organisateurs! Nos concitoyens et leur drapeau seront d’ailleurs très applaudis par les touristes français bloqués dans les bus à l’impériale Sightseeing Lisboa.

Le trajet de la marche n’est pas très long mais a le mérite de passer dans les artères les plus commerçantes de la ville (près du métro Baixa-Chiado) et sous un pont d’où sont lancés des confettis de couleurs arborant des messages de tolérance, d’amour et même de prévention! Effet de petite parade à la new-yorkaise plutôt sympa!

Malgré une sono balbutiante, la marche fait son effet dans les rues et les slogans vont bon train sur l’égalité des droits notamment puisque même si ici le mariage pour tous est opérationnel, l’adoption reste en suspens. L’un des slogans est plus étonnant puisqu’il concerne la culture qui serait en voie de disparition. En effet, renseignements pris, le nouveau premier ministre qui prenait officiellement ses fonctions mardi dernier (donc trois jours après la marche) a purement et simplement annoncé la fin du ministère de la Culture, ce qui inquiète énormément les milieux artistiques très représentés dans le monde militant présent cet après-midi-là. L’arrivée sur la place de Figueira donne lieu à quelques pas de danse et prises de parole mais la foule se disperse assez rapidement. On sent bien que la vraie fête, c’est pour la semaine suivante!

Acte 2, samedi 25 juin, 35 degrés, soleil intense
Les affiches représentant des sardines aux couleurs de l’arc-en-ciel, symboles de ce mois de juin synonyme de mois de fêtes en tous genres à Lisbonne, étaient claires sur un point: l’Arraial Pride, c’est de 16h à 4h du matin. À 17h en effet, on peut constater que malgré un soleil de plomb sur cette partie de la place du Commerce absolument pas ombragée, les volontaires de l’Ilga, l’association qui chapeaute cet événement et bénéficie d’une bonne réputation depuis notamment l’obtention du mariage, et les différent-e-s participant-e-s sont prêt-e-s dans leur stands, des tentes blanches alignées en deux rangées.

Les volleyeurs ou rugbymen de l’asso sportive Boys just wanna have fun (à appeler BJWHF en fredonnant Cyndi Lauper tant qu’à faire) ont même le courage de faire quelques démonstrations de leurs talents. Le stand des enfants (et oui!) est déjà plein à craquer de bambins qui colorient, se font maquiller et tentent de glaner un maximum de ballons. Les associations sont en place avec leurs bars, buffets de gâteaux maisons et brochures, les sponsors distribuent des gadgets en tous genres (mention spéciale à la carte plastique remplie de pastilles à la menthe de la compagnie aérienne United) et les pompes à bière des stands (bars, boîtes mais aussi des assos telles que le Queer Lisboa Festival) sont amorcées afin de pouvoir désaltérer les nombreuses personnes déjà présentes.

Les citrons verts sont coupés pour les Caïpirinhas (Cachaça – l’alcool brésilien – citron vert, sucre et glace pilée) et les fraises fraîches prêtes à être écrasées pour les Morangoskas (fraises, sucre, vodka et glace pilée), cocktails qui seront servis, comme dans les bars du Bairro Alto, dans des gobelets allant de 33 à 75 cl. Partout on s’affaire à mettre en place les nombreux gâteaux et spécialités salées telles que les bifanas, sortes de sandwichs à la viande de veau grillée.

Une fois qu’on a bu un (bon d’accord, deux) verre et fait le tour des buffets, cette ambiance bon enfant se poursuit à la nuit tombée par un succession de DJ’s sur une scène joliment couvertes de panneaux de diodes lumineuses. Et quand on voit un policier en tenue, battre la mesure avec sa matraque sur sa cuisse en écoutant du George Michael, cela peut suffire à se dire que la soirée était réussie. Honnêtement, après plus de 15 jours passés dans la folie des nuits lisboètes, il nous fut difficile de tenir jusqu’au bout. Au retour, les rues habituellement bondées du Bairro Alto semblaient bien calmes. Pour une fois.

Franck Finance-Madureira

Photos FFM et Christophe Martet