La nuit a été longue pour les activistes arrêté-e-s alors qu’ils/elles participaient à la gay pride de Saint-Pétersbourg.

Hier, samedi 25 juin, alors qu’à Paris et Berlin, des centaines de milliers de personnes participaient à la Marche des Fiertés et au Christopher Street Day (500000 à Paris, 700000 à Berlin selon les organisateurs/trices), une vingtaine de militant-e-s LGBT ont tenté de faire de même à Saint-Pétersbourg, qui accueillait la 3e édition de la Slavic Pride.

Le rassemblement devait avoir lieu devant la statue de Pierre le Grand (Le Cavalier de bronze), rapporte GayRussia, qui liveblogue l’événement. À 13h45, un premier groupe a agité des drapeaux arc-en-ciel depuis un bateau sur la Neva. Un quart d’heure plus tard, sur terre cette fois, un second groupe a commencé à déployer des pancartes et des drapeaux en scandant des slogans: «Non à l’homophobie» ou «Égalité des droits». C’est dans ce groupe que se trouvaient plusieurs militants moscovites, dont Yury Gavrikov, organisateur principal (photo), Nikolai Alekseev, Anna Komarova et Oleg Grannikov, l’auteur du blog LGBT_Grani.

DES CONTRE-MANIFESTANTS PEU NOMBREUX MAIS VIOLENTS
Contrairement à la Pride de Moscow, la Slavic Pride a attiré peu d’homophobes, une douzaine environ. Un seul a été interpellé, le responsable d’une agression violente sur Alexandre Sheremetev, l’un des organisateurs (photo).

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Très vite, alors que des contre-manifestants les attaquaient, tou-te-s les activistes LGBT qui portaient des pancartes ont été arrêté-e-s, soit 14 personnes (3 Biélorusses et 11 russes), réparties dans deux fourgons puis conduites au commissariat central.

Là, l’un des militants moscovites, Alexey Kiselev, a été frappé par un policier, a raconté Anna Komarova. Quand Nikolai Alekseev a menacé de tweeter cette agression, le policier lui a répondu: «Tweet bonjour à Dmitri Medvedev de ma part». Nikolai Alekseev, avec le goût de la provocation qu’on lui connaît, a obtempéré: «M. le Président, vous avez les salutations sincères du capitaine de police Valery Alexandrovich Division #2 District de l’Amirauté».

En fin d’après-midi, les activistes ont appris qu’ils/elles passeraient la nuit en cellule et seraient présenté-e-s au tribunal ce dimanche matin. Ils/elles sont accusé-e-s d’avoir organisé une manifestation interdite et d’avoir désobéi à la police, et risquent jusqu’à 15 jours de prison.

Alexandre Sheremetev a été conduit à l’hôpital sous escorte policière puis ramené au commissariat. Son agresseur a été libéré. L’ordre de garder en prison les activistes LGBT serait venu de Moscou, aurait expliqué l’un des policiers. Les 14 militant-e-s ont passé la nuit dans des cellules étroites et surchauffées. À 10h ce matin ils/elles ont été conduit-e-s au tribunal, pour de audiences à huit clos. Ils/elles ont été condamné-e-s à des amendes de 500 à 1000 roubles (de 10 à 21 euros) d’amende pour avoir participé à une manifestation interdite et sont convoqué-e-s d’ici la mi-juillet pour avoir désobéi à la police (Alexandre Sheremetev a été libéré et est convoqué le 6 juillet mais pour les deux chefs d’accusation).

RÉACTIONS ET SOUTIENS
Hier, dès que la nouvelle de ces arrestations a été connue, Louis-Georges Tin, président du Comité Idaho, a saisi les autorités françaises et européennes: «Le Comité Idaho est excédé par ces brutalités régulières, et demande que tous les activistes soient immédiatement relâchés. La Russie a déjà été condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme. Sans succès. Elle passe outre. Et récidive. Il convient donc de renforcer la sanction. Le Comité Idaho demande instamment aux autorités européennes en général, et au ministère des affaires étrangères en particulier, de faire pression pour que le droit de vote de la Russie à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe soit désormais suspendu. Suspendu, jusqu’à ce que le droit de libre manifestation soit enfin garanti. Sans discrimination».

D’autres militants LGBT étrangers, qui participent tous les ans à la Moscow Pride et apportent leur soutien aux activistes russes, ont également réagi. À Chicago, Andy Thayer, du Gay Liberation Network, arrêté le mois dernier à Moscou, encourage les Américain-e-s à noyer l’ambassade de Russie à Washington sous les appels de protestation. «L’arrestation, les mauvais traitements et la détention d’activistes LGBT est illégale selon la Constitution russe, qui garantit le droit à se rassembler pacifiquement, a déclaré Peter Tatchell depuis Londres. Il est inquiétant de voir que cette répression homophobe ait lieu dans la ville la plus libérale de Russie, Saint-Pétersbourg. Le Conseil de l’Europe doit prendre des mesures disciplinaires contre la Russie pour cette nouvelle violation de la Convention européenne des droits de l’Homme. Le gouvernement russe ne doit pas être autorisé à défier impunément la CEDH».

À Berlin, une manifestation était prévue après la marche du Christopher Street Day, devant l’ambassade de Russie pour protester contre la répression de la Moscow Pride le 28 mai dernier. Une centaine de personnes y ont pris part, dont le photographe américain Charles Meacham, qui suit depuis quelques années les activistes LGBT russes (et dont Yagg a publié plusieurs photos, notamment lors de la Moscow Pride).

«Les activistes LGBT russes, aujourd’hui à Saint-Pétersbourg, et en mai à Moscou, sont des héros dont nous pouvons être fiers. Les actions de la police sont absolument inacceptables et j’attends de notre gouvernement qu’il évoque officiellement le problème lors de discussions bilatérales avec le gouvernement russe», a déclaré le député Volker Beck, qui s’est lui aussi rendu à plusieurs reprises à la Moscow Pride.

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Protest vor der russischen Botschaft zum CSD in Berlin

Une manifestation similaire est prévue le 1er juillet à Londres. Une autre pourrait être organisée à Paris mais elle n’a pas encore été confirmée.