C’est contre le Nigeria que la France débutera la Coupe du monde de football féminin qui se tient du 26 juin (demain) au 17 juillet en Allemagne. Une belle affiche, qui ferait saliver si elle ne laissait pas un goût amer dans la bouche avant même d’avoir eu lieu.

Car la Fédération nigériane de football procède depuis plusieurs années à l’éradication de l’homosexualité au sein de son équipe nationale. Eucharia Uche, la première femme coach de l’histoire des Super Falcons, a expliqué au New York Times qu’elle se servait de la religion pour se débarrasser de ce «sale problème». Si elle reconnaît n’avoir jamais été directement témoin de comportements homosexuels de la part de ses joueuses, elle estime que «lorsque les rumeurs sont fortes, on est bien obligé de croire que c’est vrai».

«INTERVENTION DIVINE»
La chasse aux lesbiennes n’a pas débuté avec la nomination d’Eucharia Uche en 2009. Le New York Times cite un article du Daily Sun nigerian, daté de mars dernier, dans lequel un ancien membre de l’encadrement explique qu’il a écartée certaines joueuses «non pas parce qu’elles n’étaient pas bonnes mais parce qu’elles étaient lesbiennes».

Eucharia Uche, elle, préfère s’en remettre à une «intervention divine» et fait donc régulièrement intervenir des pasteurs au sein de l’équipe, dont les joueuses doivent lire la Bible et prier ensemble. «La question du lesbianisme est banale, affirme-t-elle au quotidien américain. J’ai fini par comprendre que ce n’était pas une bataille physique; une intervention divine est nécessaire pour la contrôler et la maîtriser. Je vous dis que pour nous, ça a fonctionné. C’est du passé. On n’en parle plus.»

LA FIFA APPELÉE À INTERVENIR
À la veille de l’ouverture de la Coupe du monde, AllOut a lancé une pétition pour demander à la Fédération internationale de football (Fifa) de condamner publiquement cette campagne homophobe et à prendre des mesures pour y mettre fin.

«La Fifa s’est déjà engagée à plusieurs reprises dans la lutte contre les discriminations à l’échelle internationale, souligne AllOut. En 1961, la Fifa a exclu l’Afrique du Sud de la Coupe du monde à cause de son système d’apartheid, et ne l’a réadmise qu’en 1991, après la libération de Nelson Mandela. En 2001, la Fifa a adopté la Résolution de Buenos Aires et lancé l’ambitieuse campagne Dites Non au racisme, afin de faire cesser les insultes racistes dans les stades. L’année dernière, c’est une mobilisation internationale qui a poussé le président de la Fifa à s’excuser après ses remarques déplacées envers les personnes lesbiennes, gays, bi et trans’: «ce n’était pas mon intention de faire de la discrimination, et ça ne le sera jamais… c’est exactement contre cela que nous [la Fifa] luttons», a-t-il clarifié.»

Pour signer la pétition, rendez-vous sur le site d’AllOut.