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Nicolas Gougain, porte-parole de l’Inter-LGBT, qui organise la Marche des Fiertés, était l’invité du chat de Yagg mercredi 22 juin. Voici l’intégralité des échanges avec les internautes.

Têtuniçois: Bonjour, l’année prochaine au second tour des présidentielles, allez-vous appeler à voter pour le candidat de l’Égalité face au candidat de l’homophobie d’État?

Nicolas Gougain: Bonjour. Je pense qu’il est de toute manière trop tôt pour se prononcer sur cette question dans la mesure où nous ne connaissons pas l’entièreté des programmes des candidats. Et par ailleurs, se prononcer dès maintenant pour un camp plutôt qu’un autre ferait croire que nos voix seraient déjà acquises à la gauche puisqu’effectivement c’est plutôt à gauche aujourd’hui que nos revendications sont reprises. Toutefois nous devons être exigeants vis-à-vis de tous les candidats pour que la question de l’égalité des droits figure en bonne place dans leurs programmes.

Nique Drake: La marche va-t-elle enfin se distinguer par une démonstration de notre colère, quelque chose d’un peu spectaculaire comme l’avait été la capote sur l’obélisque ou un message fort?

Nicolas Gougain: Il appartient à chaque participant-e (individus ou associations) de venir avec ses slogans, pancartes, etc. La marche ce n’est pas seulement l’Inter-LGBT mais c’est aussi la diversité de toutes les associations qui composent la marche. Cette année, nous avons élaboré un matériel spécifique pour le carré de tête avec des pancartes qui exprimeront nos revendications et qui complèteront ainsi le mot d’ordre inscrit sur la banderole.

Chris: Qu’avez-vous envie de dire à Nicolas Sarkozy, qui avait promis l’union civile en 2007 et qui n’a pas tenu promesse? Merci!

Nicolas Gougain: Nicolas Sarkozy avait promis 2 choses en 2007: le contrat d’union civile et le statut du tiers (beau-parent). Le statut du tiers n’a jamais vu le jour suite à un travail intensif des lobbies conservateurs et traditionnalistes, ce que nous regrettons. Quant au contrat d’union civile, nous avions fait savoir dès le départ que nous n’en voulions pas. Nous n’avons jamais voulu d’un contrat spécifique pour les couples de même sexe. Nous avons toujours revendiqué l’égalité des droits cela passant notamment, en matière de conjugalité, par l’ouverture du mariage aux couples de même sexe.

Kev: Pourquoi avoir gardé l’affiche avec le coq alors que l’on voit dans les vidéos documentaires de Yagg que presque personne n’était pour?

Nicolas Gougain: Tout d’abord, nous n’avons pas gardé l’affiche. Ensuite le reportage de Yagg montre une partie des discussions et pas la totalité des échanges. Lorsque nous avons pris la décision de ne pas utiliser l’affiche du coq, c’est aussi parce que nous avions envie de passer à autre chose et de nous concentrer sur l’essentiel à nos yeux, à savoir la préparation de la marche et la diffusion du mot d’ordre qui je le rappelle est: «Pour l’égalité: en 2011 je marche, en 2012 je vote».

Liao: Quelle est la position de l’Inter-LGBT sur la GPA sachant qu’un argument des «contre GPA» est le principe de l’indisponibilité du corps humain, principe qui empêche par essence le parcours trans’ dans toutes ses dimensions?

Nicolas Gougain: Nous n’avons pas pris position sur la GPA (gestation pour autrui) car justement il n’y avait pas de consensus entre nos organisations membres sur ce point. Je rappelle que l’Inter-LGBT est une fédération de 62 organisations qui militent sur les questions LGBT

steph75: Avez-vous été touché individuellement et collectivement par la violence des attaques contre l’affiche? (certains ont même parlé de racisme)

Nicolas Gougain: Oui forcément. Nous avons dénoncé à plusieurs reprises les procès d’intention faits à l’encontre des militants de l’Inter-LGBT qu’on ne peut pas accuser de racisme, de pétainisme. Mon téléphone n’a jamais autant sonné pendant 10 jours. Il fallait remettre cette affiche à sa place, c’est-à-dire un élément parmi d’autres de la communication de la marche.

bob-lessuietout: Lors de la réunion sur le vote de l’affiche, quelqu’un semble dire que le but de l’affiche et de la communication est d’attirer les hétéros à la marche… Est-ce vraiment un objectif revendiqué?

Nicolas Gougain: L’affiche est un élément de la communication pour attirer l’attention du grand public (un peu des hétéros quand même!) sur la manifestation en tant que telle et notre mot d’ordre, considérant que les LGBT, eux, connaissent déjà la date et la nature de l’événement. J’attire votre attention sur le fait que généralement l’affiche est imprimée entre 200 et 400 exemplaires et qu’elle ne bénéficie pas d’une diffusion aussi large que cela a pu être dit dans ce débat. Avec ou sans affiche, je ne pense pas que cela change radicalement le nombre de participant-e-s à la marche.

Futile: Ne pensez-vous pas que toute cette polémique sur l’histoire d’un coq et d’une affiche est ridicule et qu’il y a des combats plus importants à mener?

Nicolas Gougain: C’est pour cela que nous nous concentrons exclusivement depuis ce jour sur la préparation de la marche et la communication autour du mot d’ordre.

Matthieu: Le retard de la France en matière d’égalité des droits est-il à mettre en corélation avec le centralisme de l’Inter-LGBT et la division des centres LGBT?

Nicolas Gougain: L’Inter-LGBT discute régulièrement avec ses homologues en régions. Pour preuve, le mot d’ordre commun des marches de cette année est le fruit d’une réflexion collective avec d’autres villes organisatrices de marches. Paris n’a pas imposé son mot d’ordre aux régions. Quant au retard de la France en matière d’égalité des droits, il est à mettre au crédit de l’inaction et de l’irresponsabilité du gouvernement et de la majorité politique actuelle.
En témoignent, ces dernières semaines, le rejet de la proposition de loi visant à ouvrir le mariage aux couples de même sexe ou encore l’ouverture de l’AMP (assistance médicale à la procréation) à tous les couples (donc, de facto, aux couples de femmes).

solidarité internationale: Envisagez-vous de créer une fédération internationale des gay prides pour soutenir les gay prides des pays où l’homophobie est forte comme en Russie?

Nicolas Gougain: Nous sommes membres de l’Ilga au niveau européen. L’ilga-Europe s’investit dans un certain nombre de marches des pays de l’Est pour apporter son soutien à ces manifestations. Ex: la Baltic Pride. Régulièrement, nous interpellons la diplomatie française pour qu’elle-même puisse faire pression sur les autorités locales pour que les militants puissent bénéficier d’une protection lors de la manifestation. À ce titre, nous organisons un débat demain jeudi à 20h au Centre LGBT ParisIDF pour parler notamment des marches interdites en Europe.

Nous organisons aussi vendredi à la mairie du IVe arrondissement de 10h à 18h, une rencontre avec des militants LGBT étrangers dont le thème est «Comment les diasporas LGBT peuvent être des acteurs déterminants de la lutte pour les droits dans les pays où l’homosexualité est encore pénalisée?»

Guest: Pensez-vous que l’organisation d’une marche des diversités le 14 juillet prochain par le Comité Idaho, en même temps que les actions de SOS Racisme, soit une concurrence sérieuse pour la Marche et soit utile? Il y a déjà eu l’action de gayfree il y a peu… Ne doit-on pas craindre le contre-coup de telles actions lorsqu’elles échouent comme celle de gayfree?

Nicolas Gougain: Organiser une manifestation «traditionnelle» (pancartes, banderoles, etc.) en dehors de la Marche des Fiertés et sans contexte ou motif très précis est toujours très risqué car le nombre de participants risquerait d’être toujours inférieur à celui des marches de fiertés. Les médias feraient tout de suite la comparaison avec la participation des marches des fiertés. Il nous appartient de trouver des nouvelles formes de mobilisation à l’instar des kiss-in, des rassemblements, d’actions internet, etc.

Têtuniçois: Pourriez-vous avancer la date de la gay pride 2012 pour qu’elle se déroule juste avant les présidentielles?

Nicolas Gougain: La marche de 2012 aura lieu le dernier samedi du mois de juin, c’est-à-dire le 30. Je pense aussi que quel que soit le résultat sorti des urnes quelques semaines avant, la marche 2012 sera idéalement disposée dans le calendrier pour appeler la majorité alors élue à immédiatement prendre ses responsabilités.

Guest: Pourquoi Arielle Dombasle? On ne peut pas trouver mieux?

Nicolas Gougain: Elle s’est proposée spontanément pour devenir la marraine de l’édition 2011 de la marche. Pour l’avoir rencontrée à plusieurs reprises, je peux vous assurer qu’elle soutient nos revendications. Toutes nos revendications.

Phil86: Pensez-vous qu’un collectif LGBT très fortement compromis avec le parti homophobe au pouvoir, auquel il est lié financièrement et idéologiquement, et auquel il consent quelque part à servir d’alibi et qu’il cautionne, a vraiment sa place à la Marche des Fiertés ?

Nicolas Gougain: Dois-je comprendre que vous parlez de GayLib? Je crois qu’il appartient surtout à eux de vous répondre sur les contradictions auxquelles ils peuvent faire face dans leur militantisme. J’ai cru comprendre qu’ils prenaient leur distance, depuis l’année dernière, avec l’UMP. Personnellement, je pense que si une bonne partie de l’UMP se caractérise par son conservatisme, il y a une frange plus libérale qui serait plus perméable aux revendications LGBT mais qui est aujourd’hui bien silencieuse. Sur le débat sur le mariage, on a vu quelques députés UMP se démarquer de la position officielle et archaïque du parti.

ClaireF: pourquoi n’y a t-il pas plus de chars et stand représentant les bisexuels?

Nicolas Gouguain: Il n’y a qu’une seule association, à ma connaissance, qui s’occupe exclusivement des questions bi à savoir Bi’Cause qui participera comme chaque année à la Marche des Fiertés et prendra la parole au départ du cortège. D’autres associations travaillent aussi sur la question bi comme SOS homophobie ou HBO.

Yagg: Le chat est maintenant terminé… Merci encore à Nicolas Gouguain et à celles et ceux qui ont assisté au chat.

Nicolas Gougain: Je suis très content d’avoir pu échanger avec vous pendant un peu plus d’une heure. Je ne peux que vous donner rendez-vous à la Marche des Fiertés ce samedi, dès 13h30, à Montparnasse. Car, «Pour l’Egalité: en 2011, je marche, en 2012, je vote». À samedi!