«Comment les diasporas LGBT peuvent être des acteurs déterminants de la lutte pour les droits dans les pays où l’homosexualité est encore pénalisée?» C’est la question que posera l’Inter-LGBT lors de ses Premières rencontres internationales de la Marche des Fiertés LGBT de Paris, ce vendredi, à la mairie du IVe arrondissement. Thomas Fouquet Lapar, délégué aux questions internationales de l’Inter-LGBT, en dit plus sur cette journée.

Comment est né ce projet? Au sein de l’Inter-LGBT, il y a une délégation au affaires internationales qui cette année a organisé des rencontres sur la question des militants LGBT dans les pays étrangers. Le première de ces rencontres a eu lieu à l’occasion du Printemps des associations, et elle était axée sur les pays arabes. Nous avons travaillé avec des militants du réseau panarabe Mantiqitna. Puis, courant mai, nous avons reçu la visite du militant ougandais John Wambere, avec qui nous essayons de développer des projets.

Parallèlement nous avons initié un petit groupe de dix militant à Paris, qui n’est pas encore une véritable association. Huit membres de ce groupe sont originaires des pays dont nous allons parler vendredi. Ils mettent en place des actions en tous genres, comme la rencontre qui aura lieu vendredi, et aident l’organisation ougandaise en facilitant ses rapports avec les bailleurs de fonds en France par exemple.

L’objectif large de ces rencontres et de ce projet est d’insérer dans l’action internationale de lutte pour les droits dans les pays où l’homosexualité est encore pénalisée les personnes originaires de ces pays, pour qu’elles nous apportent des connaissances sur leur quotidien, leur vie militante locale. Je pense que pour agir sur un terrain, il faut connaître le terrain. Et si on veut agir sur l’Ouganda par exemple, il faut des gens qui connaissent bien ce terrain et qui puissent nous éclairer dessus. Cela permet par la suite aux personnes qui veulent militer en France  d’avoir une compréhension plus fine du sujet, d’aller plus vite et d’agir de façon plus efficace.

Ce projet est également un moyen de faire connaître au grand public la situation des personnes LGBT dans ces pays-là. De nombreuses personnes n’ont pas une connaissance précise de ce que peut être la vie d’un gay, d’une lesbienne ou d’un-e trans’ au Moyen-Orient, en Europe de l’Est et en Ouganda.

Qu’attendez-vous de ces rencontres? Elles ont deux grands objectifs. Tout d’abord, créer de la visibilité sur ce sujet. Faire découvrir au grand public qu’il y a bien des personnes qui sont emprisonnées dans certains pays à cause de leur homosexualité. Nous souhaitons que les gens en sachent plus. Un exemple, beaucoup de personnes pensent qu’il est facile de mener une vie tranquille lorsque l’on est homosexuel au Maghreb. Or, certes, l’Algérie et le Maroc ce n’est pas l’Iran, mais il y a tout de même une situation difficile pour les LGBT dans ces pays.

Le second objectif de cette rencontre est d’initier un réseau de militants francophones qui relierait des militants basés à Bruxelles ou à Paris et des militants originaires d’Afrique francophone.

La veille de la rencontre, nous allons développer, avec les intervenants de vendredi, la mise en œuvre de deux réseaux que nous voulons créer par la suite: un réseau de diaspora LGBT (les LGBT des pays homophobes et transphobes, réfugiés en Europe) et un second réseau de militants francophones. Cette idée est née du constat que beaucoup de francophones ne parlent pas anglais et qu’il y a de ce fait une réelle absence de militantisme francophone dans toutes les discussions internationales. Nous voulons donc créer un militantisme qui aurait pour base le français, non parce que la France est mieux, mais juste parce que le vecteur de la langue est essentiel.

Comment avez-vous choisi les régions qui seront représentées
? L’Inter-LGBT a eu une action particulière pendant l’année sur les pays arabes et l’Ouganda. Les inclure dans le projet relevait d’un désir de s’inscrire dans une certaine continuité. De plus, les pays arabes ainsi que l’Ouganda ont été et sont au cœur de l’actualité, d’un côté des révoltes et révolutions et de l’autre un projet de loi sur la pénalisation de l’homosexualité.

Pour ce qui est des pays de l’Est, ils sont proches de nous, il nous est donc paru important d’en parler. Et puis ces pays ont également été au centre de l’actualité ces derniers temps avec la tenue de gay prides catastrophiques, comme celle de Moscou. Etant donné que notre réunion a lieu la veille de la Marche des Fiertés de Paris, il nous a semblé approprié d’évoquer la question des marches dans les pays de l’Est, qui sont à chaque fois source de violence.

Et celui des intervenants? Le choix des intervenants s’est fait assez naturellement. Louis-Georges Tin connaît bien les pays de l’Est et il a participé à la gay pride de Moscou. Quant à Amnesty France, l’association a toujours été engagée fortement dans les marches des fiertés et les gays prides des pays de l’Est. Pour les représentants des pays arabes, il y aura les membres du réseau Mantiqitna, la journaliste spécialiste du monde arabe Sophie Claudet… Enfin, pour parler de l’Ouganda, il y aura les deux réfugiés à l’initiative du projet Agloah et Joel Bedos, coordinateur de l’Idaho, qui connaît très bien l’Ouganda et pourra nous apporter des précisions sur le contexte de cette région. Enfin Dominique Mesmin, qui a réalisé le documentaire qui a fait pas mal de bruit Ouganda au nom de Dieu.

En quoi consisteront les ateliers? Ces ateliers vont permettre aux gens de bien connaître les situations de ces différents pays. Nous voulons toucher un public large. Dans les ateliers les diasporas en question interviendront pour expliquer ce qu’elles essayent de faire à Paris, la mobilisation qu’elles tentent de mettre en place. Et à partir de là nous voulons créer un échange avec la salle.

À qui s’adresse cette journée de rencontre? Tout le monde peut y participer, c’est totalement ouvert au public, il n’y a aucune inscription préalable, il faut juste se rendre au rez-de-chaussée de la mairie du IVe. L’idée, c’est de vraiment mettre en place un moment interactif et pas uniquement un moment de présentation. Nous voulons stimuler la mobilisation en fonction de ce que chacun peut apporter. La rencontre est assez humble mais nous espérons qu’elle sera fructueuse, qu’elle apportera une prise de conscience et permettra aux militants présents de développer leur dynamisme et leur réseau pour s’en sortir.

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