Faut-il s’en réjouir ou au contraire penser que cela arrive bien (trop?) tard? Trente ans après le début de l’épidémie, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publie les premières recommandations mondiales visant spécifiquement les homosexuels masculins et les trans’.

RÉSURGENCE DE L’INFECTION À VIH DANS LES PAYS INDUSTRIALISÉS
L’OMS fait d’abord un constat alarmant: «On a observé récemment une résurgence de l’infection à VIH chez les hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes, en particulier dans les pays industrialisés. Des données font également état de l’apparition d’épidémies d’infection à VIH nouvelles ou récemment observées dans ce groupe de population en Afrique, en Asie, dans les Caraïbes et en Amérique latine. D’une manière générale ces hommes ont près de 20 fois plus de risques d’être infectés par le VIH que la population générale. Les taux d’infection par le VIH chez les transsexuels sont compris entre 8 et 68% selon le pays ou la région».

L’épidémie a toujours été très présente parmi les gays et les hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes (HSH) mais restait tabou dans de nombreux pays, où la pénalisation de l’homosexualité est la règle. C’est d’ailleurs la discrimination qui explique ses taux élevés d’infection parmi les HSH selon l’OMS qui demande de mettre fin à l’exclusion qui frappe beaucoup d’hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes et de trans’.

APPEL AUX DÉCIDEURS POUR DES MESURES ANTIDISCRIMINATOIRES
L’OMS a élaboré 21 recommandations pour prévenir l’infection à VIH et mieux la traiter. On y trouve notamment un appel aux décideurs nationaux pour qu’ils élaborent «des mesures législatives et autres mesures antidiscriminatoires pour protéger les droits de l’Homme et mettre en place des services qui n’excluent pas les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes et les transsexuels, sur la base de leur droit à la santé». L’OMS en appelle aussi aux services de santé afin qu’ils proposent des tests de dépistage du VIH et des services de conseils et de traitement mais aussi aux personnes atteintes afin qu’elles systématiquement le préservatif plutôt que de choisir leurs partenaires sur la base de leur sérologie VIH.

Pour Éric Fleutelot, directeur général adjoint international de Sidaction, ces mesures vont dans le bon sens: «Ce travail est intéressant, fruit d’une collaboration avec d’autres partenaires, dont le MSM Global Forum. Très clairement, l’OMS rappelle que sans une législation qui protège les droits de ces populations, les progrès ne pourront qu’être limités. C’est d’ailleurs bien ce que nous constatons dans le programme que Sidaction et Aides mettent en place en Afrique francophone: il est très difficile de faire progresser la lutte contre le sida vis-à-vis des homosexuels lorsque la loi criminalise cette orientation sexuelle!».

Vu d’ici, ces recommandations peuvent toutes sembler aller de soi. Elles apparaîtront pourtant révolutionnaires dans beaucoup de pays, où les HSH et les trans’ font partie des populations les plus discriminées et les plus touchées par le VIH. Reste à savoir de quels moyens l’OMS disposera pour les faire appliquer. C’est d’ailleurs l’avis d’Éric Fleutelot: «Le défi sera la mise en application de ces recommandations dans tous les pays du monde. Un vaste chantier… pour lequel il faudra des moyens financiers, mais aussi une sacré volonté politique, tant au niveau des gouvernements que des responsables sanitaires».