Week-end réussi pour les marches et gay prides organisées dans les villes d’Angers, de Biarritz, de Caen, de Toulouse et de Lyon ce samedi 18 juin. La mobilisation LGBT qui, à un an des prochaines échéances électorales nationales, avait pour objectif d’interpeller la classe politique pour revendiquer l’égalité, avait dans toutes ces villes des allures d’appel du 18 juin 1940 (voir aussi les photos en fin d’article).

UN DÉSIR DE VISIBILITÉ POLITIQUE SATISFAIT
«Sur la globalité, nous sommes plus que satisfaits de l’édition 2011, déclare à Yagg Stephane Corbin, président de l’association Quazar qui a organisé la 12e édition de la Lesbian & Gay Pride d’Angers. Tout d’abord sur l’aspect politique, qui était le plus important cette année, il y a eu pour la première fois la participation du maire d’Angers, Jean-Claude Antonini, qui est venu au village, a rencontré les associations, a démarré la marche avec nous, a tenu le drapeau, la banderole et est resté le plus longtemps possible parmi nous. Son soutien et sa présence ont été très appréciés par les marcheurs. Le soutien politique de la ville et du maire est très important pour nous. Ensuite, on a eu une très forte présence des partis, le PS, le NPA, mais aussi la CGT, la CFDT, donc des forces politiques qui soutiennent nos revendication, et des représentants du Conseil régional.»

À Lyon, où la présence de nombreux élus locaux de gauche a aussi été remarquée, «la minute de cris nous a permis de crier notre colère face au fait que l’on ne puisse pas se marier, que l’on ne puisse pas élever nos enfants comme les autres, que les trans’ aient besoin de passer par la stérilisation pour changer d’état civil, que les LGBT n’aient pas le même droit d’asile que les autres contrairement  aux promesses de Nicolas Sarkozy», s’indigne Olivier Borel de la LGP Lyon.

À Toulouse, selon le communiqué de l’association Arc-en-Ciel Toulouse, la municipalité et le conseil général (PS) étaient représentés à la marche, et trois députés du Parti socialiste étaient présents. Une plateforme de revendications politiques se présentant sous la même forme que l’Appel du 18 juin 1940 a été lancée lors du rassemblement final Place du Capitole. Intitulée Appel de Toulouse, cette plateforme rassemble toutes les exigences de la Communauté LGBT, comme celle d’une égalité devant le mariage, devant la paternité, devant les délais de prescription des propos injurieux ou diffamatoires, ou celle de l’application intégrale de la résolution 1728 du Conseil de l’Europe.

À Caen, un sit-in géant a été organisé, «trois minutes de silence en souvenir des victimes du sida, mais pas seulement, précise à Yagg Yann Natu, de la Maison des Diversités. Ces trois minutes étaient également en hommage aux victimes de l’homophobie et de la transphobie. Mais à cause d’une panne de micro, nous n’avons pu mettre en place le kiss-in géant qui devait avoir lieu».

UNE FRÉQUENTATION EN HAUSSE
Dan chacune des villes, le taux de participation a été très satisfaisant, selon les organisateurs. Ainsi, à Toulouse, 14000 personnes étaient présentes Place du Capitole, moment fort de la journée. La Gay Pride de Biarritz, qui est l’une des plus petites de France et qui doit faire face à un climat local assez hostile, a, elle, réuni environ 300 personnes.

«Nous sommes très satisfaits, il y a eu à peu près entre 1000 et 1100 participants, soit plus de personnes que l’an dernier, et ce, malgré le temps incertain, s’enthousiasme Yann Natu, à Caen. Donc les gens se sont mobilisés et ça s’est super bien passé. Il y avait la présence de commerces qui n’étaient pas là l’année dernière, et celle d’un grand nombre d’associations, et pas uniquement des associations LGBT.» Ce sentiment de satisfaction semble s’étendre à tous les organisateurs des marches. «Nous sommes très très contents de cette marche qui a connu cette année une augmentation de fréquentation, se réjouit Olivier Borel, à Lyon. Nous étions environ 14000, soit 2000 de plus que l’an passé, la marche était très compacte, il y avait 15 véhicules et une bonne ambiance.»

Pour Stéphane Corbin, la Lesbian and gay Pride d’Angers 2011 fut elle aussi une grande réussite: «À son plus fort, la participation a dépassé largement les 2000 personnes. C’est donc une édition totalement réussie, au point de vue de notre organisation interne et de notre visibilité politique. La présence des politiques et celle, en hausse, des participants a représenté le maximum de ce que l’on pouvait espérer. Personne ne pourra dire que c’était un carnaval. Les autocollants distribués avec le mot d’ordre étaient collés partout, c’est ce que l’on voulait. On a vraiment fait carton plein.»

CONTRE-MANIFESTATION À ANGERS, DÉSACCORD AVEC LA CNT À TOULOUSE
La contre-manifestation annoncée à Angers n’a finalement pas eu le temps de se confronter à la Pride: «Contrairement à ce que l’on pensait, elle n’était pas organisée par le Renouveau français, mais par une personne qui, toute seule, avait programmé un rendez-vous à un point précis dans Angers se trouvant sur le parcours de la marche, indique Stéphane Corbin. Elle n’avait déposé aucune déclaration. Il n’y avait pas lieu de lui accorder le droit pour une quelconque contre-manifestation. Les participants de ce petit mouvement se sont donc réunis avant que la Pride n’ait commencé, mais les forces de l’ordre les ont immédiatement délogés. L’article publié par Ouest-France sur ce sujet est intéressant car il montre qu’avant le début de la Pride, des jeunes ont immédiatement traité de fachos ces personnes qui tenaient une banderole «Non à l’homofolie» et qui scandaient «nous sommes tous des enfants d’hétéros». Mais à aucun moment il n’y a eu de confrontation directe avec la marche, et c’est donc une complète satisfaction pour nous. Et puis la présence de ces slogans et de ces personnes a bien démontré que l’homophobie existe dans la rue, cette haine des personnes LGBT, et, vraiment, on sait pourquoi on marche».

À Toulouse, l’association Arc en Ciel a dénoncé un comportement irrespectueux de la part de la CNT: «La CNT, qui est syndicat anarchiste, a défilé en parallèle à notre marche et a tenu des propos agressifs dans lesquels on ne se reconnaît pas, des propos déplacés vis-à-vis du public qui était présent. Ils sont anarchistes, très contestataires et refusent toute forme d’institution, dont le mariage», a précisé à Yagg l’association.

«L’association Arc-en-ciel appelait au mot d’ordre «En 2011 marchons, en 2012 votons» et les camarades de Toulouse ne considèrent pas que la lutte contre l’homophobie et les discriminations se limite à un bulletin de vote, à l’histoire du mariage et à un slogan électoraliste, répond Alexandre Dupuis, du secrétariat médias de la CNT, interrogé par Yagg. La question est beaucoup plus large et ne doit pas être réglée nécessairement par la voie des urnes. Le Parti Socialiste a toujours bon dos de faire des promesses à un an des élections, mais ils étaient déjà au pouvoir en 2002 et ils n’ont rien fait, alors que les luttes étaient déjà présentes pour le mariage. Cette journée n’appartient pas plus à l’association Arc-en-ciel qu’à la CNT, il n’y a pas seulement eux qui ont la légitimité de dénoncer les discriminations, et s’il y a eu usurpation, elle est purement électoraliste.»

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Photo DR / reperecom.com (Angers)