Comme toutes les autres marches et gay prides de France cette année, celles d’Angers, de Biarritz, de Caen, de Toulouse et de Lyon, qui ont adopté le mot d’ordre «Pour l’égalité: en 2011 je marche, en 2012 je vote», avec quelques variations.

Pour Stéphane Corbin, président de l’association Quazar qui organise la Lesbian & Gay Pride d’Angers, la marche «inscrit son action revendicative et militante dans l’interpellation des élus, députés, sénateurs, maires, conseillers municipaux, régionaux et généraux pour s’engager, ou non, sur la défense de l’ouverture du mariage, pour toutes les formes de couple, pour l’homoparentalité, l’ouverture de la procréation médicalement assistée à tous et sur un changement d’état civil pour les personnes transidentitaires libre, gratuit et facilité». «Nous souhaitons donc interpeller les politiques dans ce champ-là, poursuit-il, car, après l’épisode du 14 juin à l’Assemblée nationale, la question des LGBT a été propulsée dans le débat des élections de 2012. Et si la chance que nous avions d’ouvrir le mariage n’a pas été saisie, le message doit désormais passer dans le débat sociétal et devenir un thème fort dans la campagne.»

David Souvestre, président de la Lesbian & Gay Pride de Lyon, défend aussi la volonté de la communauté LGBT de se faire entendre par la classe politique et de peser dans les débats: «À un an des échéances de 2012, qui vont soulever de nombreuses attentes, il s’agit de faire en sorte que les politiques n’oublient pas nos revendications en matière d’égalité, comme l’ouverture du mariage, l’homoparentalité, mais aussi en matière de droits des trans’ et de défense des droits des étrangers».

«Si notre association est effectivement politique car elle a pour but d’organiser la vie de la cité, nous ne sommes pas encartés dans un parti pour autant, précise Stéphane Corbin. Nous parlons à tous les partis, et par exemple, même si localement nous sommes en bons termes avec le PS, nous gardons une distance critique et nous avons ainsi déploré l’absence de la PMA dans la plateforme de l’égalité réelle du PS. Ce qui est intéressant actuellement, c’est que suite au débat à l’Assemblée nationale, on a remarqué une certaine fissure à l’UMP, 5 députés UMP ayant voté pour le mariage ouvert à tous, et Roselyne Bachelot l’ayant soutenu au niveau gouvernemental. Comme pour le pacs, l’UMP est encore en retard  de plusieurs trains mais ça va venir. Les Français ont en majorité montré dans les sondages qu’ils avaient déconstruit leurs fantasmes sur l’homosexualité et qu’ils sont pour une égalité. J’y crois très fort.»

À Biarritz, la Lesbian and Gay Pride s’inscrit dans une grande campagne militante dans le pays basque: «La gay pride de Biarritz, qui est une petite marche en nombre mais pas en motivation, marque le début d’une mobilisation pour l’égalité des droits qui a déjà commencé avec l’envoi de courriers aux politiques dans lesquels on leur demandait de prendre position sur 5 points classiques: la discrimination, le mariage, l’amélioration du pacs, l’homoparentalité, et l’adoption, indique à Yagg Bernard Gachen, président de  l’association Basco-sphère/Euskal esfera. À ce jour, seuls deux députés nous ont répondus: David Habib, député socialiste, très clairement engagé pour l’ouverture du mariage à tous ou l’adoption, et Jean Lassalle, vice-président du MoDem, qui lui a répondu favorablement à notre message, mais qui s’est abstenu mardi lors du vote à l’Assemblée nationale. Je l’ai appelé directement le lendemain, pour lui exprimer ma surprise, et quand j’ai réussi à le joindre, il m’a dit qu’il était pour l’union, mais que le mot mariage lui posait problème. C’est un proche de Bayrou à qui nous avons aussi envoyé un courrier car il est député des Pyrénées-Atlantiques. Mais il ne nous a pas répondu».

DES OPÉRATIONS MILITANTES
Chacune des marches de ce samedi sera marquée par une opération destinée à exprimer directement le mécontentement de la communauté LGBT. Ainsi, à Angers, 2500 autocollants sur lesquels sera inscrit le mot d’ordre nationale de la Marche seront distribués. À Lyon, une minute de cris «[fera] entendre nos revendications traditionnelles et [dénoncera] la politique actuelle concernant les trans’ et l’immigration extrêmement injuste à laquelle sont soumis les LGBT sans papiers», explique à Yagg David Souvestre.

«Pendant la pride de Biarritz, précise Bernard Gachen, nous allons appeler les militants à signer une pétition pour l’égalité des droits qui sera adressée aux politiques. Dans cette pétition sera demandée la fin des faux semblants, la fin des non engagements. Nous voudrions que les responsables politiques nous accompagnent dans nos demandes d’égalité. Dans cette pétition nous donnons aussi rendez-vous aux élus pour une table ronde publique que nous préparons, qui se tiendra en septembre ou en octobre prochain et où seront réunis médias et politiques pour que ces derniers, les candidats, se positionnent enfin. Le but, au-delà de la marche, est d’impliquer les gens, faire qu’ils s’intègrent, qu’ils participent, que ce ne soit pas seulement les associations qui s’en chargent avec la marche. Il faut que les gens participent en contactant leurs députés et c’est pour ça que nous avons mis en place des modèles de lettre. C’est comme ça que l’on fera bouger les politiques, en leur faisant sentir que c’est une demande forte. Le message c’est: impliquez-vous, engagez-vous car là il y a un pari sur une année!».

À Toulouse, une vingtaine d’associations, LGBT ou non, parmi lesquelles Amnesty International et La Ligue des Droits de l’homme, seront représentées dans un village associatif tout au long de la journée.

Enfin à Caen, un sit-in géant de 3 minutes sera organisé en mémoire de toutes les victimes de l’homophobie et du sida et un kiss-in contre l’homophobie est également prévu.

CONTRE-MANIFESTATIONS ET OPPOSITION
Toutes les marches ne se feront pas dans un climat serein. «Nous sommes très motivés pour cette marche car nous sommes dans une région où règne un certain conservatisme politique, nous avons par exemple Michèle Alliot-Marie comme députée, et un conservatisme religieux, rappelle Bernard Gachen. Il y a deux ans, un évêque a demandé l’annulation de la marche et il n’a pas perdu ses idées. Il a réuni l’année dernière des familles chrétiennes, et sur le site qui préparait cet événement, l’un des intervenants a écrit: «il faut protéger la famille à l’heure où la société perd ses repères avec l’ouverture du mariage aux homosexuels». Le rendez-vous qui a eu lieu l’année dernière avec la LGP de Biarritz était purement conjoncturel et a surtout permis à l’évêque de réparer la boulette qu’il avait faite il y a deux ans, car qu’il s’occupe de politique et de ce qui ne le regarde pas en demandant l’annulation de la marche avait été très mal vu, même par les politiques conservateurs. À mon avis il a surtout essayé de calmer le jeu. Depuis, nous ne sommes plus en contact, de toute manière nous ne sommes pas à la recherche absolue de ce contact. Les prises de position existent et indiquent une volonté de fermeture et d’exclusion donc si c’est pour avoir un dialogue de sourd, cela n’a pas de sens.»

Pendant ce temps, à Angers, où plus de 2000 participant-e-s sont attendu-e-s, le mouvement nationaliste Renouveau français, qui était déjà intervenu lors de la Pride de Nantes, appelle à une manifestation anti-gay pride. «C’est une annonce que nous avons régulièrement, s’amuse Stéphane Corbin. Mais franchement ça n’a aucune visibilité et on le gère de toute façon très clairement. Et puis, finalement, ça nous arrange dans la mesure où ça met le point sur ce que peut être l’homophobie , les tapages d’une foi mal digérée, et c’est en lien avec des valeurs nationalistes, extrémistes, le Front National… tout ce que nous ne sommes pas. Le droit français, qui découle du droit romain, est encore très imprégné de racines religieuses. Mais le droit à la non discrimination, qui est d’origine anglo-saxonne, a bousculé la norme, et à un moment, la bascule se fera naturellement. La présence de cette contre-manifestation montre bien que la gay pride n’est pas un carnaval, mais un acte militant.»