«Ils ont dit non!»: c’est avec un mélange de colère et de déception que le Centre LGBT de Paris a réagi au vote négatif de la proposition de loi sur l’ouverture du mariage à tous et toutes. Par 293 voix contre, 222 pour et 16 abstentions, les députés de l’Assemblée nationale ont en effet refusé qu’un mariage puisse être contracté par deux personnes de même sexe (lire Mariage pour les homos: l’Assemblée nationale rejette la proposition de loi et Mariage pour tous: pour, contre ou abstention, qu’a voté votre député-e?).

Pour l’Inter-LGBT, «les députés n’ont pas pris leurs responsabilités alors que 58% de la population est favorable à l’ouverture du mariage pour les couples de même sexe». «Les parlementaires de la majorité ont ainsi montré qu’ils et elles hiérarchisent encore les citoyen-ne-s français-es en fonction de leur orientation sexuelle, que l’homosexualité continue d’être considérée comme inférieure à l’hétérosexualité, écrit SOS homophobie. (…) Ce vote confirme qu’en 2011, en France, les lesbiennes et les gays sont encore considéré-e-s comme des sous-citoyen-ne-s, qui ont les mêmes devoirs mais pas les mêmes droits.»

Sans aller jusqu’à parler «d’homophobie d’État», le Centre LGBT de Paris souligne que «la France s’illustre par sa résistance à franchir de nouvelles étapes en faveur de l’égalité des droits, dans le domaine des LGBT phobies, du sexisme comme du racisme». Secrétaire nationale du Parti socialiste aux questions de société, Najat Vallaud-Belkacem redoute pour sa part une recrudescence des actes homophobes: «chacun sait que refuser l’égalité des droits pour l’ensemble des citoyen-ne-s ne fait qu’encourager les stigmatisations, discriminations et violences envers les personnes LGBT».

Le défaitisme n’est pourtant pas de mise. Pour le conseiller régional Jean-Luc Romero, il y a de la «tristesse», mais ce vote marque surtout «le départ d’une campagne qui va durer un an»:

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Reaction de Jean-Luc Romero sur le refus de l’ouverture du mariage aux couples du même sexe

Par la voix de son président, Gilles Bon-Maury, l’organisation Homosexualités et socialisme annonce son envie de rester «mobilisée dans la perspective des prochaines élections présidentielle et législatives», rappelant que «toutes les composantes de l’opposition ont pris position en faveur de la proposition de loi».

«À un an des élections présidentielle et législatives de 2012, le vote de la droite parlementaire marque une rupture définitive avec des millions de citoyens homosexuels, souligne de son côté le Collectif contre l’homophobie (CCH) de Montpellier, qui liste les votes des députés de la Région Languedoc-Roussillon. Le CCH prend date et s’emploiera dans les prochains mois à mobiliser ces électeurs et électrices et à organiser le vote sanction contre les députés de l’UMP et du NC. Nous ciblerons tout particulièrement les 13 députés godillots de la droite en Languedoc-Roussillon.»

L’Inter-LGBT prend toutefois soin de souligner que «quelques députés de la majorité ont voté pour. Ainsi, si une grande partie de la majorité parlementaire reste toujours imperméable aux évolutions de la société et aux attentes des français, le débat ne semble pas figé». L’Association des familles homoparentales (ADFH) déplore cependant une certaine lâcheté: «individuellement, de nombreux députés de tous bords nous ont témoigné leur soutien personnel, il est consternant que ces mêmes députés se soumettent plus au dictat de la stratégie électoraliste de leur groupe d’appartenance plutôt que de regarder le caractère profondément humain que revêtait cette loi. Saluons celles et ceux qui ont su franchir avec intelligence et humanisme le pas d’un tel vote tandis que leur famille politique leur dictait une posture conservatrice».

Photo Richard Ying