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Jeudi 9 juin, Annie Velter, sociologue à l’Institut de veille sanitaire, était l’invitée du chat de Yagg. Responsable de l’Enquête Presse Gays et Lesbiennes, actuellement en cours et qui pour la première fois en 25 ans, propose un questionnaire aux femmes ayant des relations sexuelles avec les femmes. L’intégralité des échanges avec les internautes.
Annie Velter:
Bonjour, je suis ravie de pouvoir répondre à vos questions sur l’Enquête Presse Gays et Lesbiennes.

Prose: Êtes-vous prêts à vraiment prendre en compte les bisexuel-le-s ou non ?

Annie Velter: Oui bien sûr. Antérieurement, les enquêtes précédentes réalisées sur support papier ne recrutaient que très peu de participants bisexuels. Pour mémoire, en 2004, 375 répondants sur plus de 6000 s’étaient identifiés comme bisexuels. Aujourd’hui, grâce à Internet, nous estimons recruter beaucoup plus de bisexuels comme dans d’autres études réalisées sur Internet et donc réaliser des analyses particulières sur les biseexuel-le-s.

transssissyboy: Inclure les trans serai aussi une bonne idée…

Annie Velter: L’Enquête Presse Gays et Lesbiennes 2011 n’intègre effectivement pas de questions sur les personnes trans’. Une enquête spécifique auprès de cette population serait plus appropriée. Une équipe de l’Inserm analyse en ce moment les données d’une enquête auprès des personnes trans’. Ses résultats pourraient être la base d’une telle étude.

Bibi:  À quoi sert cette enquête concrètement?

Annie Velter: Cette enquête a différents objectifs. Elle permet de proposer des recommandations aux pouvoirs publics afin de mettre en œuvre des programmes de prévention, au plus proche des habitudes de vie des gays et des lesbiennes. Mais cette enquête permet également de mettre à disposition des associations des données leur permettant d’adapter leurs actions. L’Enquête permet de voir les évolutions comportementales depuis plus de 25 ans et permet de comparer la situation avec d’autres pays. Concrètement, l’Institut de veille sanitaire a l’obligation de fournir des données comportementales auprès du Centre européen de la prévention et de la surveillance des maladies.

Xavier: L’arrivée d’internet a-t-elle changé la donne dans la collecte des informations? Est-ce qu’internet a aussi des conséquences sur la manière de faire de la prévention?

Annie Velter: Internet a tout d’abord changé notre manière de recueillir des informations. À l’image de Michaël Pollack qui dès 1985 avait utilisé la presse papier gay pour étudier les modes de vie gays, nous utilisons aujourd’hui le support internet, plus approprié aux modes de vie actuels. La collecte est aussi plus rapide et l’analyse des données facilitée. Le public touché est aussi plus large et peut être moins communautaire. Internet permet aussi de proposer pour la première fois un questionnaire spécifique aux femmes ayant des rapports sexuels avec des femmes. Sur la prévention, Internet offre un nouvel espace pour la prévention qui à ce jour n’est pas suffisamment investi.

Marc: D’ailleurs, pourquoi garder le mot « Presse » alors que l’enquête est majoritairement sur l’Internet ?

Annie Velter: Très bonne question. Cette année encore, Têtu est une nouvelle fois partenaire de l’Enquête sous forme de questionnaire papier. Probablement pour la dernière fois car la prochaine édition sera réalisée uniquement sur Internet. Le terme « presse » a été conservé car cette Enquête signifie quelque chose pour les gays, c’est la plus ancienne en France et en Europe.

ChrissLag: J’ai une question pratique envoyée il y a plusieurs jours par email et restée sans réponse. Dans la phase 4 du questionnaire on dois déclarer si l’on est: Célibataire, Mariée, Pacsée, Divorcée, Séparée ou veuve. Je suis simplement en couple. Comme ce choix n’est pas disponible, je ne suis pas en mesure de terminer de remplir le questionnaire. Et comme les réponses induisent des questions spécifiques je ne peux choisir autre chose (pacsé par exemple).

Annie Velter: La question ne fait référence qu’au statut civil. Par contre, le fait de vivre en couple est renseigné à la question suivante où l’on vous demande si vous habitez avec un homme ou avec une femme. J’aimerai souligner que mis à part quelques questions obligatoires, rien n’empêche de poursuivre le questionnaire sans répondre à telle ou telle question.

Ludovic: Qu’avez-vous pensé du débat sur le mariage à l’Assemblée nationale ce matin? En tant que sociologue, vous avez sûrement un avis 😉

Annie Velter: Je n’ai malheureusement pas pu suivre le débat de ce matin, car j’étais à l’Institut de veille sanitaire et je ne peux pas consulter l’actualité en direct.

anonyme: Combien de réponses sont nécessaires pour que l’enquête soit valable ?

Annie Velter: Pour que l’Enquête apporte des résultats significatifs, il nous faut un échantillon diversifié en terme de profil socio-démographique et plus le nombre de participant-e-s est important, plus les analyses peuvent être précises et significatives statistiquement. Il faut donc que plus de gays et de lesbiennes répondent au questionnaire en ligne! Nous en sommes à 6400 environ aujourd’hui, notre objectif est de dépasser 10000 participant-e-s. Faites passer le message et partagez sur Facebook et Twitter!

Dorothée: Procédez-vous à des enquêtes plus « poussées » ? Derrière un écran, n’importe qui peut dire n’importe quoi et fausser les résultats…

Annie Velter: Jusqu’à présent, toutes les enquêtes sur internet réalisées en Europe et aux États-Unis auprès des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes décrivaient le même type de profil et pour ce qui concerne la France, les enquêtes réalisées sur internet sont concordantes que ce soit l’Enquête presse gay 2004, le Net gay baromètre ou encore l’Enquête Emis européenne.
Que ce soit en terme de profil et de comportement. Tout comme les enquête sur support papier, L’Enquête Gays et Lesbiennes 2011 est basée sur le volontariat et l’honnêteté des répondants. De plus, la longueur du questionnaire implique une certaine rigueur et un investissement. Les personnes peu motivées abandonnent très rapidement. Et leurs réponses ne sont pas intégrées aux analyses réalisées.

Pipou: Est-ce qu’avec cette enquête on aura des nouveaux résultats sur la prévalence du vih chez les gays?Je dis ça parce que l’enquête Prévagay est souvent critiquée parce quelle était faite dans des bars gays de Paris.

Annie Velter: Oui, l’Enquête Presse Gays et Lesbiennes permettra d’avoir une nouvelle estimation de la prévalence du VIH telle qu’elle sera déclarée par les répondants. Cette estimation sera nationale et portera sur une population plus diversifiée dans son profil et dans ses modes de vie. Concernant l’enquête Prévagay, dont j’étais la responsable scientifique, même si effectivement l’enquête se déroulait dans des établissements conviviaux parisiens et que les résultats ne sont pas représentatifs de l’ensemble des gays, l’étude a permis d’obtenir une prévalence biologique du VIH parmi les 905 hommes qui ont participé. Cette prévalence, je le rappelle, est de 18% avec une proportion de 20% d’hommes ignorant leur séropositivité. Ce qui n’avait jamais investigué auparavant. Ces chiffres incitent à développer des actions pour favoriser le dépistage.

Hélène: C’est la première fois que les femmes sont prises en compte. Pourquoi tant de retard?

Annie Velter: L’Enquête presse gay avait été conçue en réponse à l’épidémie du VIH dans la population gay, afin de mettre en œuvre des campagnes de prévention adaptées. Les données épidémiologiques sur le VIH ne montrent pas de transmission parmi les femmes qui ont des relations sexuelles avec des femmes. En revanche, l’enquête nationale sur la sexualité des Français (CSF) a révélé une plus forte prévalence des Infections sexuellement transmissibles parmi ces femmes nécessitant une investigation plus pointue. que l’outil internet nous permet de réaliser plus facilement. C’est aussi une action inscrite dans le Plan national de lutte contre le VIH/sida 2010-2014.

philippex: Est-ce que la part des gens qui répondent via les sites de rencontres est toujours importante? J’ai l’impression que les gays y vont moins…

Annie Velter: À ce jour, nous n’avons pas fait l’analyse des résultats nous permettant de répondre à cette question. Cependant, on peut constater une forte adhésion au questionnaire grâce aux réseaux sociaux.

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