À la veille du débat à l’Assemblée nationale sur la proposition de loi déposée notamment par Patrick Bloche et visant à ouvrir le mariage aux couples de même sexe, de très nombreuses associations, LGBT ou non (Inter-LGBT, Ligue des droits de l’Homme, SOS homophobie, Amnesty International…), appellent à un rassemblement devant l’Assemblée nationale, ce mercredi 8 juin, à 18h30 (lire Débat sur le mariage à l’Assemblée: Les associations LGBT convient les couples homos à un rassemblement citoyen). Le vote de la proposition de loi est prévu le 14 juin.

«Cette discussion intervient dans un calendrier bien particulier puisque Nantes et Tours ont ouvert le 21 mai dernier un long «mois de marches» et le débat aura lieu à deux semaines de la Marche des Fiertés LGBT de Paris», soulignent les associations, rappelant le mot d’ordre des marches: «Pour l’Égalité: en 2011 je marche, en 2012 je vote».

De leur côté, les Panthères roses ont saisi l’occasion pour afficher une nouvelle fois sur les murs de Paris l’affiche de la campagne pour l’égalité des droits (lire Des associations LGBT lancent «un appel pour l’égalité des droits»). «Si la droite est aussi peu homophobe qu’elle le prétend, l’Assemblée devrait en toute logique adopter ce projet de loi et mettre fin à une des principales inégalités entre homos et hétéros, affirme l’association dans un communiqué. Dans le cas contraire, la majorité parlementaire confirmerait son caractère homophobe et rétrograde.»

Un autre rassemblement est organisé après le débat, à Nantes, jeudi 9 juin, à 19h, place du Commerce, à l’appel du Centre LGBT de Nantes, du Collectif Divergens, des DurEs à queer et de Mix-cité Nantes, pour réclamer «l’égalité maintenant!»: «Nous attendons de l’ensemble des député-e-s qu’ils et elles votent pour cette proposition de loi, au nom de l’article 1 de la Constitution qui «assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens» et citoyennes. L’heure n’est plus au «débat», aux bonnes intentions ou aux promesses: l’égalité des droits n’est pas négociable. Les député-e-s qui voteront contre cette proposition de loi affirment haut et fort qu’elles et ils sont pour l’inégalité des droits.»

FRANÇOIS HOLLANDE, SOUTIEN À DISTANCE
Côté politique, François Hollande a publié un post sur son blog pour expliquer par avance son absence à l’Assemblée nationale lors du débat: «Ce jeudi, je rendrai hommage aux Pendus de Tulle, qui ont été horriblement suppliciés le 9 juin 1944. Je ne pourrai donc être présent lors du débat à l’Assemblée sur la proposition de loi socialiste relative au «Mariage pour tous»», écrit le candidat à l’investiture socialiste pour l’élection présidentielle de 2012.

Rappelant qu’il était favorable à l’adoption du pacs, «grande avancée pour notre société», il se dit convaincu «que nous devons franchir une nouvelle étape»: «En matière sociétale, deux principes doivent l’emporter: la liberté et l’égalité. La liberté, c’est laisser la possibilité à deux personnes qui s’aiment, quelle que soit leur orientation sexuelle de s’unir. L’égalité, c’est permettre à tout couple de recourir au même dispositif juridique sans discrimination. Maintenir une telle différenciation entre couples hétérosexuels et ceux issus d’une union homosexuelle n’est rien d’autre qu’une hiérarchisation des couples en vertu de l’orientation sexuelle». Du moment qu’il est là pour le vote…

ET À DROITE?
Quant à Jean-Luc Romero, élu PS (ex-UMP), qui a encouragé les parlementaires homos à sortir du placard pour soutenir le mariage, il remarque que «si la gauche est unanimement en faveur de cette extension du mariage aux LGBT, des partis de la majorité ou du centre semblent évoluer». Pour appuyer cette impression, il cite les réponses du Modem, du Parti radical de Jean-Louis Borloo et de République Solidaire (Dominique de Villepin) au questionnaire qu’il leur avait soumis pour son livre Homopoliticus: «Ainsi, le Modem proclame sa volonté d’une «égalité absolue des droits entre couples homos et hétéros» quand le parti de Dominique de Villepin appelle à «sortir des hypocrisies et offrir des solutions à toutes et tous pour vivre mieux» tout comme les Radicaux de Jean-Louis Borloo assurent: «la majorité des Français est désormais favorable au mariage homosexuel et sa légalisation dans de nombreux pays européens n’a pas soulevé de contestations particulières. Il est important d’aborder ce débat sereinement, dans le respect des croyances et des opinions de chacun, sans provocation, ni préjugé» (lire aussi Yves Jégo, vice-président du Parti radical, fait un pas vers l’égalité des droits pour les homos).

Et de conclure: «Après les affirmations généreuses, c’est désormais l’heure de vérité pour le Modem, les Radicaux, les Villepinistes et les députés UMP et Nouveau centre qui se sont déjà déclarés favorables au mariage gay. Personne ne comprendra qu’ils cèdent aux oukases des dirigeants de l’UMP qui, plus que jamais, sont en décalage avec les aspirations d’égalité des Français et notamment de leurs électeurs».

PLUSIEURS PROPOSITIONS DE LOI ONT DÉJÀ ÉTÉ REJETÉES
«Depuis 2004, plusieurs propositions de loi ont été déposées, visant à ouvrir le droit au mariage aux couples de même sexe. Systématiquement, toutes ces propositions ont été rejetées par la droite», renchérit Act Up-Paris, qui «garde un œil sur les député-e-s qui s’opposeront à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe, durant ces débats».

«La revendication de l’égalité des droits, de tous les droits, pour tou-te-s, passait il y a encore peu pour trop radicale, trop ambitieuse, poursuit l’association. Trop de formations politiques ont traîné à se positionner clairement en faveur d’une égalité pleine et entière. Principal parti d’opposition, le Parti socialiste s’est résolu à se prononcer à seulement un an de l’échéance présidentielle de 2007. À moins d’un an des présidentielles de 2012, le Parti Socialiste aura la conscience tranquille en ayant déposé une énième fois la même proposition de loi, en sachant pertinemment, que cette proposition sera rejetée par une droite homophobe, et par ailleurs trop occupée à draguer l’électorat frontiste. La France est très en retard en matière d’égalité des droits. Et cette proposition de loi reste la moindre des choses. De ce fait Act Up-Paris ne dira pas merci. Et comme nous l’avons fait savoir à Patrick Bloche et Jean-Marc Ayrault: nous incitons les partis politiques à assurer plus de visibilité et à mieux préparer des débats qui nous concernent.»

Avant même le vote du 14 juin, un début de réponse sera apporté demain lors du débat, où le taux de remplissage de l’hémicycle donnera une première indication du courage politique des député-e-s, de gauche comme de droite. Si la gauche se dit unanime sur la question de l’égalité des droits, la communauté LGBT n’a pas oublié la défection des député-e-s socialistes lors du premier débat (avorté) du projet de loi sur le pacs le 9 octobre 1998.

Lire aussi: Débat sur le mariage à l’Assemblée: vivez-le en direct sur Yagg!

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