La chaîne américaine CNN diffuse depuis hier, mardi 7 juin, et jusqu’à demain, dans l’émission d’Anderson Cooper, le témoignage exclusif d’une famille dont l’un des enfants, Kirk Andrew Murphy, a suivi la thérapie dite «sissy» («poule mouillée») dans les années 70, quand il avait 5 ans. Il s’est suicidé en 2003, à l’âge de 38 ans, alors qu’il travaillait en Inde, pour une entreprise financière américaine.

Qu’est-ce qui a bien pu pousser la mère de ce garçon à l’inscrire à une telle thérapie? «Il était très intelligent et très gentil, confie-t-elle à CNN. Je pense que je suis devenue inquiète quand il a commencé à jouer avec des poupées (…), il caressait les cheveux des poupées, leurs longs cheveux et cela me dérangeait qu’il prenne peut-être des airs trop efféminés.» Elle ajoute ensuite: «Si cela me dérangeait, c’est parce que je voulais que Kirk grandisse et ait une vie normale».

JOUETS «POUR FILLES», JOUETS «POUR GARÇONS»
Ainsi, lorsqu’elle voit à la télévision un psychologue qui s’adresse aux parents dont les fils préfèrent s’amuser avec des «jouets de fille», plutôt qu’avec des «jouets de garçons», elle décide d’amener son Kirk à l’Université de Los Angeles en Californie pour suivre le programme gouvernemental que promeut cet homme.

Son fils se retrouve entre les mains d’un certain George A. Rekers, étudiant en médecine. Sa thérapie consiste à faire entrer le petit garçon dans une pièce où sont disposées deux tables: sur l’une d’entre elle, des jouets considérés comme «pour garçons» (pistolet etc.) et des jouets considérés comme «pour filles» (poupée etc.). Sur l’autre, des vêtements de garçon d’un côté et des vêtements de fille de l’autre. Observé par le médecin, le petit garçon doit choisir ce qui lui plait le plus. S’il adopte une attitude «masculine», sa mère le félicite. Si au contraire il est «féminin», elle l’ignore. Et si l’enfant pleure de toutes ses forces pour attirer l’attention de sa mère, cette dernière a pour consigne de ne jamais réagir.

Le «traitement» continuait le soir à la maison, mais là, la punition pour «excès de féminité» s’avérait bien plus sévère. Avaient été distribué aux parents de Kirk des jetons de poker bleus et rouges. Si l’enfant adoptait des airs assez virils aux yeux des parents, il était récompensé d’un jeton bleu. Dans le cas contraire, il recevait un jeton rouge et des punitions physiques de la part de son père. Son frère et sa sœur restent traumatisés face au souvenir de cette expérience, qu’ils jugeaient déjà bien trop sévère à l’époque. «Parfois, son père le frappait tellement fort qu’il avait tout le dos et les fesses marqués», se souvient sa mère. Et si la thérapie en clinique va durer 10 mois, celle à la maison se prolongera bien plus longtemps.

Si on peut reconnaître à Kirk une belle réussite scolaire et professionnelle par la suite, le témoignage de sa sœur remet les choses au clair: le jeune garçon avait perdu toute confiance en lui au lycée, il était hanté par le sentiment d’être différent des autres. Il n’avait aucun ami et «passait tous ses repas dans les toilettes des garçons». S’il a choisi de construire une carrière dans l’armée de l’air américaine, c’est certainement pour prouver aux autres et à lui-même sa virilité, dans un métier où il est impossible d’imaginer le fait d’être homosexuel, commente CNN. Jusqu’au suicide.

LE DR REKERS REJETTE TOUTE RESPONSABILITÉ
Et pourtant, bien que la famille, aujourd’hui brisée, soit profondément convaincue que la fin de vie tragique du jeune homme a été causée par «l’expérience sissy», il n’en va pas de même pour le docteur Rekers. «Cette hypothèse est trop imprécise», selon lui. Invoquant le secret médical qui lie le médecin et son patient, il refuse de donner des détails sur la thérapie de Kirk, mais insiste: l’objectif était d’aider: «aider les enfants, aider les parents qui venaient nous voir, perdus, demandant «que pouvez-vous faire pour aider nos enfants à mieux s’intégrer?»».

Il faut dire que cette thérapie, qui a été retracée peu de temps après par Rekers dans un journal académique, a permis à ce dernier de se bâtir une véritable carrière sur le principe que l’homosexualité peut être évitée. Il fait partie des fondateurs du Family Research Council, une organisation chrétienne qui œuvre contre les droits des homosexuel-le-s (qui a depuis fusionné avec une autre association conservatrice, Focus on the Family) et est également devenu membre de l’Association nationale pour la recherche et la thérapie de l’homosexualité, dont la mission est d’offrir un traitement à celles et ceux qui luttent contre une «homosexualité non désirée».

Ironie de l’histoire, si Rekers est toujours cité comme une référence en matière de lutte contre l’homosexualité de nos jours, il a dû quitter les deux organisations l’an dernier, lorsque la présence d’un escort-boy à ses côtés lors d’un voyage en Europe a été découverte…

La vidéo du témoignage de la famille est sur le site de CNN.

Deuxième partie sur le site de CNN.

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