Pour raconter 30 ans d’épidémie de sida, il faut d’abord savoir qui parle et d’où. Je pourrais choisir de traiter ce sujet en journaliste, avec la distance nécessaire. Je pourrais aussi choisir le point de vue d’un gay qui a traversé toutes ces années, celui du séropositif de longue date, du militant engagé, de l’ami qui n’a peut-être pas sauvé la vie. Ce sera un peu tout cela à la fois. Tout ne sera pas développé, je n’écris pas une encyclopédie. Mais j’essaierai de raconter des moments, des dates clefs, des épisodes marquants. C’est parti!

5 juin 1981. Dans sa nouvelle livraison, le bulletin épidémiologique Mortality et Morbidity Weekly Report américain publie une enquête sur cinq cas de pneumocystose carinii diagnostiqués sur des hommes jeunes et en bonne santé, tous homosexuels. Dans sa note, les rédacteurs du bulletin suggèrent au vu de ces cas qu’il s’agirait d’un « dysfonctionnement du système immunitaire » et d’une « maladie acquise à travers un contact sexuel ». Les bases sont posées: les quatre lettres SIDA, pour  Syndrome d’Immuno-Déficience Acquise vont devenir l’acronyme de l’épidémie la plus meurtrière de la fin du siècle.

Février 1982. En France, les premiers articles dans la presse grand public apparaissent fin 1981. À l’Assemblée nationale, une question écrite est posée par le député Jacques Godfrain en février 1982 sur cette nouvelle maladie, et le ministre de la Santé de l’époque, Jack Ralite, lui répond en juillet, que si la réalité de l’épidémie est confirmée en France, le ministère de la Santé « prendra les mesures nécessaires pour freiner son extension, mesures parmi lesquelles l’information de la population homosexuelle aura sa place ». On connait la suite… Les premières campagnes d’information datent de 1986-87 et les premiers spots s’adressant directement aux homos n’apparaîtront que des années plus tard. On fait mieux comme réaction. La première association, VLS pour vaincre le sida, voit le jour en 1982, deux avant après, Aides sera créée.

« EN PASSE D’ÊTRE CIRCONSCRITE »
Du côté de la presse gay, le sida ne provoque pas d’électrochoc. On pourrait même dire que cette maladie qui touche massivement les homosexuels est traitée avec circonspection dans les premières années. On y voit la main des homophobes pour faire retourner les gays dans le placard.
En 1983, la plaquette de l’Association des médecins gais, Gays à votre santé, encartée dans Gai Pied, écrira à la lettre S: « Sida: maladie ayant traversé le champ de nos désirs, en passe d’être circonscrite ». Ces années-là, nous serons très nombreux à devenir séropositifs. Gai Pied était notre unique source d’infos sur l’homosexualité.

1983, c’est aussi l’année de la découverte de l’agent causal du sida. C’est Françoise Barré Sinoussi qui isolera la première le virus de l’immunodéficience humaine (VIH). Mais les Américains n’y entendent pas de cette oreille et en 1984, Robert Gallo annonce qu’il a découvert le virus responsable du sida. S’en suivra une longue et glauque bataille sur fond d’enjeu financier de royalties sur les tests de dépistage… En 2008, Françoise Barré Sinoussi et Luc Montagnier recevront le prix Nobel de médecine pour leurs travaux sur le VIH.
Les médias ont du mal à parler de cette épidémie. Aux États-Unis, ils cèdent souvent au sensationnel et c’est l’occasion pour les homophobes de se faire entendre.

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Aids in the media: the early years.

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