Louis-Georges Tin, fondateur de la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie a participé à la gay pride de Moscou, samedi 28 mai, durant laquelle il a subi des violences de la part de groupes néo-nazis. Il a également été arrêté puis relâché par la police moscovite (lire les comptes-rendus de notre envoyée spéciale Judith Silberfeld).

Pour Yagg, il livre cette tribune au ton particulier. Parce que l’humour peut être aussi une arme redoutable…

« Dix conseils pour mieux apprécier la Moscow Pride », par Louis-Georges Tin, président du Comité Idaho

Dilemme. Je me suis rendu à Moscou pour participer à la Pride, en tant que fondateur de la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie, et pour soutenir Nicolas Alexeyev, organisateur de la manifestation. J’ai été tabassé par les néo-nazis, et arrêté par la police. Ou l’inverse, je ne sais plus. Les journalistes et les amis me demandent de raconter les événements.

Mais je ne veux pas effrayer le public. Sinon, plus personne ne voudra venir à la Moscow Pride! Or, au contraire, il faut venir. Il faut soutenir nos ami-es, qui ont besoin de nous, et nous le disent. Du coup, au lieu de dramatiser inutilement, et d’en faire des tonnes, il m’a semblé plus constructif de faire tout le contraire. Car je crois qu’il faut prendre les choses du bon côté. Après tout, la gay pride, c’est fait pour être gai, non? Donc je propose ici quelques conseils, qui vous permettront de mieux apprécier la Moscow Pride, et la voir sous un jour nouveau…

1. Vous trouvez que les prides, de nos jours, décidément, sont bien trop commerciales? Qu’il y a trop de chars, trop de musique, trop de go-go dancers? Bienvenue à Moscou! La Moscow Pride est faite pour vous. Un événement spécial, qui ne figure pas sur les registres des tour operators, un événement injustement négligé…

2. Vous arrivez sur la Place Rouge, et vous voyez des skinheads ici et là? Allons, pas de préjugés. L’habit ne fait le moine. Avec un peu de chances, il s’agit d’homosexuels lookés pour l’occasion, des adeptes du gai moto club, venus pour vous faire bon accueil. Elle est pas belle la vie?

3. En fait, ces jeunes gens sont bien des skinheads, et ils prêtent main forte à la police pour vous bastonner? Oui, c’est possible. Mais sans doute s’agit-il d’emplois-tremplins proposés aux jeunes par la police, afin qu’ils puissent s’insérer dans la vie active, en se formant avec des professionnels plus expérimentés.

4. Les policiers vous arrêtent, et avec les militants néo-nazis, ils vous portent littéralement à bout de bras? Pas de panique. Pourquoi ne pas en profiter pour admirer le paysage, le Kremlin et la Place Rouge, vus de haut? C’est pas mal, non? Il n’est pas donné à tout le monde de jouir d’un pareil spectacle. Petit veinard!

5. Le fourgon roule depuis trois heures, et vous ne savez toujours pas où l’on vous emmène? Heureusement, malin comme vous êtes, vous avez depuis longtemps téléchargé Google Maps, et vous pouvez ainsi rester en contact avec tous vos amis, en leur indiquant votre localisation minute après minute. Merci qui? Merci Google!

6. Vous êtes enfermé dans une cellule de confinement à l’intérieur du fourgon? Elle fait, il est vrai, 60 cm x 60 cm. Mais ce n’est pas grave. Après tout, vous avez vécu dans le placard pendant de longues années, donc vous avez l’habitude, non? Si vraiment il fait trop chaud, et que vous suffoquez, prenez la vie du bon côté, la sueur, ça fait du bien. Après tout, dans le Marais, les saunas coûtent beaucoup plus cher!

7. Un policier vous insulte copieusement? En plus ce sont des insultes homophobes? C’est le moment de lui expliquer les conséquences sociales et psychologiques de l’injure homophobe, et s’il n’est pas tout à fait convaincu, n’hésitez pas à lui offrir à la première occasion l’excellent Dictionnaire de l’homophobie, dirigé par Louis-Georges Tin.

8. Vous êtes conduit au commissariat, et on vous fait attendre de longues heures? C’est l’occasion d’admirer les œuvres d’art, les affiches plus ou moins staliniennes, délicatement choisies pour décorer la salle. Voyez sur votre droite les drapeaux érigés, sur votre gauche, le portrait du président russe, les écussons, les emblèmes, les insignes, les images héraldiques. Un festival pour les yeux, une escapade artistique tout à fait imprévue.

9. Vous revenez à l’hôtel, vous avez reçu 150 SMS en 5 heures? Voyez comme tout le monde vous aime. Cela fait chaud au cœur, non? Vos amis et vos amants vous ont vu à la télé, ils s’inquiètent pour vous. Ils vous soutiennent, et vous le disent. Voyez, vous avez bien fait d’aller à Moscou. Rien de tel pour ensuite draguer dans le Marais. Au lieu de dire: « Moi, madame, j’ai fait le Viêtnam », vous direz: « Moi, mec, j’ai fait la Moscow Pride ». Pas mal, non?

10. Vous voulez absolument faire de cette fête arc-en-ciel un événement politique? Bon, d’accord. Appelez les dirigeants européens, dites-leur que les autorités russes sont méchantes, qu’il faut leur sucrer leur droit de vote au Conseil de l’Europe, mais franchement, vous en faites un peu trop, non? Les autorités russes maltraitent les homosexuels? On vous aurait donc mis au cachot? Mais non, c’était pour vous mettre à l’abri!

Lire tous nos articles sur la gay pride de Moscou 2011.

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