Vendredi, 20 heures (heure locale). Grosse fatigue, là. Une grande partie de nos journées est faite d’attente. L’incertitude, c’est très difficile pour moi, j’ai toujours besoin de faire des plans, et j’ai beaucoup de mal quand ils sont changés par quelqu’un d’autre que moi. Ce reportage est une grande leçon, à ce titre.

Là, j’attends depuis une heure et demie de pouvoir interviewer Dan Choi, qui est très demandé. Il a très bien parlé à la conférence de presse de cette après-midi. Car ça y est, la conférence de presse a eu lieu, au Ritz-Carlton. Alors qu’à la réunion d’hier la possibilité de prendre tout le monde de court et d’organiser le rassemblement dans la foulée de la conférence de presse, pendant que les journalistes étaient là, a été évoquée, la décision prise par les militant-e-s de GayRussia (et à laquelle les activistes internationaux avaient promis de se rallier) est finalement de revenir aux basiques de 2006 et 2007: le lieu et l’heure du rassemblement ont été annoncés. D’un côté cela veut dire que celles et ceux qui souhaitent participer sauront où aller. De l’autre ça veut dire que les contre-manifestants et la police aussi.

L’an dernier, les organisateurs avaient appliqué la stratégie de la poule d’eau, comme m’a expliqué Louis-Georges il y a deux jours: quand le renard approche, la poule part vers l’ouest, mais ses œufs sont à l’est. Lorsque le renard s’apprête à l’atteindre, elle s’envole. L’an dernier, donc, Nikolai Alekseev était à endroit, les manifestants à un autre, et lorsque la police s’est approché de lui, il est parti à moto.

Pas de ça cette année. Rendez-vous a été donné à 13h devant la Tombe du soldat inconnu, au Jardin d’Alexandre, près du Kremlin, et à 13h30 devant la mairie. Comme en 2006. Enfin, si la police nous laisse aller jusque là…

Comme l’a expliqué Nikolai Alekseev (qui est arrivé en boitant), l’idée est de déposer des fleurs au pied des grilles devant le Jardin d’Alexandre, qui sera certainement fermé, pour montrer que les gays et les lesbiennes rendent hommage à ceux qui se sont battus contre le fascisme et dénoncer le fascisme homophobe «latent en Russie et même encouragé par les autorités». Les organisateurs insistent aussi sur le site de l’association sur les risques encourus par les manifestant-e-s, dont ils tiennent d’ores et déjà le maire de Moscou pour responsable, et invitent celles et ceux qui envisagent de se joindre aux rassemblements à bien prendre en compte le fait qu’il est très possible qu’ils et elles soient arrêté-e-s ou passé-e-s à tabac (c’est là que je me réfugie derrière mon brassard de presse et que je croise les doigts pour que ça suffise).

«Nous n’avons pas l’intention de nous cacher et de fuir les autorités de Moscou, et ainsi de leur donner l’opportunité une fois de plus de justifier leur tyrannie en disant que les gays et les lesbiennes ont tenu leur marche quelque part en secret», a souligné le président de GayRussia.

Pendant la conférence de presse, deux prix de la Slavic Pride ont été annoncés (photo), l’un à un militant russe qui était à l’hôpital et n’a donc pas pu le recevoir, l’autre à Andy Harley (il y a 2 ans, il était allé à Peter Tatchell, et l’an dernier à Louis-Georges Tin). Andy ne s’y attendait pas, c’était très touchant. Il avait mis une cravate pour s’amuser, et finalement il a bien fait!

J’ai filmé une bonne partie de la conférence de presse, et je n’avais pas prévu qu’avec un auriculaire cassé, ce serait carrément difficile. Non seulement ma main reste coincée dans la poignée – c’est ridicule –, mais surtout, au bout d’un moment, ça fait mal (note à mes parents et à ma femme: je m’en remettrai et mon petit doigt aussi).

Après la conférence de presse, on nous a conseillé de ne pas retourner directement à l’appartement, au cas où nous serions suivi-e-s. Andy Harley, Louis-Georges, Maik, Norbert, Logan et moi avons décidé d’en profiter pour aller déjeuner (en pleine après-midi) au Cafe Gogol. La serveuse ne parlait pas anglais, aucun de nous ne parlait russe, le menu était bilingue mais beaucoup plus court en anglais qu’en russe. J’ai pris un peu au hasard des sortes de ravioli au saumon, du riz et des légumes, et c’était juste parfait.

Les anecdotes du jour (ou en tout cas de l’après-midi):

  • Louis-Georges m’a prêté de l’argent, je me sens beaucoup moins perdue.
  • J’ai un portable, Peter a une carte SIM, nous avons mis nos moyens en commun. Cela m’a permis de parler au porte-parole du Secrétaire Général du Conseil de l’Europe hier soir, mais depuis Peter a repris le téléphone, et je me sens à nouveau un peu démunie. À quoi ça tient…
  • Les 2 photos que j’ai prises lors de la conférence de presse (de la main gauche puisque la droite filmait) sont impossiblement floues. Celle qui illustre cet épisode vient donc de l’appareil d’Andy Harley, mais n’a pas été prise par lui puisqu’il s’avançait pour recevoir son prix.

[mise à jour, 0h25] Une précision, puisque la question a été posée plusieurs fois: je me suis cassé le doigt il y a un mois, ça n’a rien à voir avec Moscou.

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