Vendredi, midi (heure locale). Je me rends compte qu’il y a plein de petites choses que je ne raconte pas, par manque de temps ou parce que d’autres événements plus importants se passent dans la foulée. Comme le fait qu’Andy Harley, de UK Gay News, a 71 ans, et que je trouve incroyablement courageux qu’un homme de son âge continue à prendre le risque de se faire taper dessus. Hier, par exemple, pour nous conduire au studio de télé (aux studios Mosfilm, où étaient tournés les films à l’époque soviétique), Yury Gavrikov a attrapé une voiture au vol, a donné de l’argent au chauffeur et nous sommes partis, Andy Thayer, du Gay Liberation Network, Norbert de Queer.de, Maik, un ami allemand de Nikolai, et moi avec cet inconnu. Yury, Dan Choi, Logan Mucha et Chad Meacham ont suivi dans un autre taxi improvisé. Pour une parisienne, c’est très dépaysant!

Autre anecdote: je ne peux pas tirer d’argent. Depuis mercredi, je dois de l’argent à trois ou quatre personnes déjà. Allez comprendre pourquoi ma Visa Premier est refusée, alors qu’elle fonctionnait très bien à Londres il y a quelques semaines…

Hier, toujours, en rentrant de la télé, j’ai pas mal discuté dans le métro avec Dan Choi. La première fois que j’ai écrit sur lui, c’était en mai 2009. Il venait d’être exclu de l’armée américaine après avoir fait son coming-out dans l’émission de Rachel Maddow. Ironie de l’histoire, dans la même revue de web, j’avais écrit cette phrase: «La Mairie de Moscou a une fois de plus refusé d’autoriser la tenue d’une gay pride».

Je lui ai demandé s’il s’attendait à ce que son passage à la télévision ait un tel retentissement, et il m’a confirmé que non, pas du tout. Il a quelque chose de naïf, de touchant. Il venait de faire son coming-out auprès de ses parents, tout était encore très nouveau pour lui. Et il n’était pas militant, il était militaire. Il explique d’ailleurs qu’il applique ce qui l’a conduit à s’engager et ce qu’il a appris dans l’armée à son militantisme. Il s’est engagé parce qu’il était prêt à mourir pour l’idéal que représentait (et semble toujours représenter) son pays. Et c’est pareil pour son engagement en faveur de l’égalité des droits: il applique ce qu’il a appris en termes de stratégie. Il a d’ailleurs un discours intéressant sur le rapport entre l’armée et les homos, celles et ceux qui ont du mal à se battre pour que les homos puissent s’engager parce qu’ils sont fondamentalement contre la guerre: battez-vous pour avoir le droit d’entrer dans l’armée, leur dit-il, et une fois que vous aurez ce droit, une fois que l’armée aura conscience de vos compétences et de tout ce que vous pourriez lui apporter, refusez de vous engager.

Voici une vidéo réalisée par Andy Thayer hier:

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Daniel Choi @ Moscow Pride2.wmv

Pour la petite histoire, c’était la première fois qu’Andy filmait, montait et chargeait une vidéo sur YouTube, et hier soir, il en était super fier. Comme quoi, même des activistes endurcis peuvent s’émerveiller de petites choses.

Autre vidéo, la sortie de Nikolai Alekseev du plateau de télévision hier après-midi, et grâce à la magie du montage, celle de celles et ceux qui l’accompagnaient semble s’être faite dans la foulée, alors qu’il s’est en réalité passé plusieurs minutes:

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Гей парад остался без защитников

Sur Twitter, Alexander Hinstein a expliqué que le groupe était sorti pour lancer des pommes et autres fruits dans sa loge, ce qui est évidemment totalement faux. Personne ne savait que Nikolai allait partir, pas même lui. Il nous a raconté ensuite qu’il avait hésité à revenir mais qu’il ne voulait pas participer à une telle mascarade. On a eu un doute quelques heures sur la diffusion à Moscou, mais finalement, l’émission est passée. Pour en savoir plus, lisez le très complet post de la yaggeuse Pas d’accord.

Et puis quand j’ai envoyé le 2e épisode de ce carnet de bord hier soir (il était plus de minuit), j’étais sur les rotules et ma tête menaçait d’exploser sous la force d’une migraine liée sans doute au stress, à la fatigue (mais comment font les reporters de guerre?) et au fait que j’avais mangé n’importe comment dans la journée. Du coup, je n’ai pas relevé que ni Thomas Hammarberg ni le porte-parole du Secrétaire Général du Conseil de l’Europe ne faisaient clairement référence à la condamnation de la Russie par la Cour européenne des droits de l’Homme le 21 octobre 2010. Ça laisse songeuse…

Norbert et moi venons de tenter de calculer l’âge de Nikolai (il est né le 23 décembre 1977, d’après sa page Facebook), et il est visiblement aussi doué que moi en calcul mental. Andy Thayer a dû venir à notre rescousse!

Pour finir, quelques photos, prises par moi, donc évidemment moins réussies que celles de Charles Meacham, à retrouver plus bas:

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Ah non, pas pour finir puisque Louis-Georges Tin vient d’envoyer (grâce à ma clef USB!) un communiqué au nom du Comité Idaho, dont Nikolai est vice-président. Le voici en intégralité:

«Condamnées. En octobre 2010, la Russie et la ville de Moscou ont été condamnées par la Cour européenne des droits de l’Homme. Nikolai Alekseev, président de GayRussia, et vice-président du Comité Idaho, a obtenu gain de cause.

Depuis 2006, il organise en Russie la Moscow Pride. Depuis 2006, la ville de Moscou ne cesse de bafouer la loi russe, les lois européennes et les lois internationales, qui garantissent la liberté d’expression et la liberté de manifestation pacifique. Cette année, malgré la décision de la Cour, la ville de Moscou a encore interdit la Pride. Délinquantes, et reconnues comme telles, les autorités russes sont désormais récidivistes.

Le Comité Idaho qui coordonne la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie, qui a soutenu activement la Pride de Moscou depuis le début, estime que les autorités européennes doivent prendre leurs responsabilités. Le président du Comité Idaho, Louis-Georges Tin, qui a participé 4 fois déjà aux Moscow Prides, régulièrement interdites, est à nouveau sur place, à Moscou, pour interpeller les autorités internationales.

Condamnée à payer environ 30000 euros à la Pride de Moscou, la Russie est tout à fait disposée à payer, chaque année s’il le faut, voire rubis sur l’ongle, pour acheter «le droit de discriminer». Mais pour Nikolai Alekseev, l’objectif n’est pas d’encaisser, année après année, le prix de ces amendes, qui d’ailleurs, couvrent à peine les frais engagés pour l’organisation des événements. L’objectif, et le seul, est de pouvoir jouir librement des droits humains fondamentaux, que la Russie refuse non seulement aux activistes LGBT (lesbiennes, gays, bi et trans’), mais plus généralement, aux défenseurs des droits humains, et à la société tout entière.

Cette situation intolérable ne peut plus durer. Le Comité Idaho et GayRussia estiment que le prix de la liberté est sans commune mesure avec les 30000 euros fixés par la Cour. S’il en coûte aux citoyens russes lorsqu’ils sont homosexuels, il faut qu’il en coûte davantage aux autorités russes lorsqu’elles sont homophobes. Le Conseil de l’Europe qui a été crée pour favoriser la promotion des droits humains ne peut se résigner à avoir en son sein un État membre qui les conteste de façon si grossière. L’honneur de la Cour européenne est bafoué, puisque son jugement n’est pas pris au sérieux.

En conséquence de quoi le Comité Idaho et GayRussia demandent aujourd’hui, de manière solennelle, qu’une sanction plus lourde soit appliquée, et que, conformément aux dispositions prévues par le règlement du Conseil de l’Europe, le droit de vote de la Russie au Conseil de l’Europe, largement contesté, soit désormais suspendu».

Les photos de Charles Meacham:

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Ça fait deux heures que je suis sur cet article, je n’arrête pas de changer l’heure au début du texte. Ça suffit, je publie!

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