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Livres, Société | 26.05.2011 - 17 h 21 | 4 COMMENTAIRES
Affaire de plagiat: Didier Eribon rend son Brudner Prize de l’université de Yale
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L'intellectuel reproche à l'auteur américain David Halperin, récipiendaire 2011 du prix qui récompense les études gays et lesbiennes, de l'avoir plagié. Interview.

Didier Eribon, intellectuel, sociologue et philosophe français, actuellement professeur à l’université d’Amiens, spécialiste de Michel Foucault et auteur de livres remarqués (Réflexions sur la question gay, Retour à Reims), avait publié en 2001 Une morale du minoritaire, où il posait les bases théoriques d’une réflexion sur la subjectivité gay.

Quelques années plus tard, dans What Do Gay Men Want? (Que veulent les gays?), le chercheur américain David Halperin reprenait son analyse. Dès la parution du livre aux États-Unis en 2007, Didier Eribon avait accusé Halperin de plagiat.

Il y a quelques jours, après avoir appris que Halperin se voyait décerner le prestigieux Brudner Prize à l’université de Yale, un prix qui récompense les études gays et lesbiennes, Didier Eribon a écrit aux membres du comité du prix pour leur demander d’être retiré de la liste des récipendiaires. Explications.

Pourquoi avez-vous décidé de retourner le Brudner Prize qui vous avait été attribué en 2008? Cela avait un grand honneur pour moi de recevoir ce prix à Yale, en 2008, après George Chauncey, Eve Kosofsky Sedgwick, Judith Butler et quelques autres personnalités éminentes…  Mais quand j’ai appris la semaine dernière qu’il était attribué cette année à David Halperin, j’ai considéré que je devais protester, car son dernier livre me plagie de manière éhontée, et je ne pouvais donc pas accepter de rester dans une liste de lauréats avec quelqu’un comme lui. Sinon, cela voulait dire qu’au fond, le plagiat ce n’est pas quelque chose de si grave.

Quelle avait été votre réaction lorsque vous aviez lu le livre de David Halperin? D’abord, des amis américains m’ont envoyé l’annonce de la parution de son livre sur le site de son éditeur: on y disait qu’il allait proposer de nouvelles interprétations d’auteurs connus comme Sartre et Genet, et qu’il allait redécouvrir des auteurs négligés comme Jouhandeau, pour réfléchir, à partir des notions de « honte » et d’ »abjection » qu’on trouve dans leurs œuvres, sur la subjectivité minoritaire, et notamment sur la subjectivité gay, de manière non-psychanalytique… Je n’en croyais pas mes yeux: c’était en 2007 et j’avais l’impression de lire un résumé de mon livre Une morale du minoritaire, paru chez Fayard en 2001.

Puis j’ai lu le livre. J’ai été révolté par la manière dont il s’emparait de mes références, de mes idées, de ma pensée, etc. pour tout simplement se les approprier. Bien sûr, il me cite en deux ou trois occasions, dans des notes de fin de volume, mais jamais dans le texte, comme si j’étais une source documentaire: il dit qu’il me doit l’histoire littéraire de la notion d’abjection. Ce qu’il oublie de préciser, c’est que Une morale du minoritaire n’est pas seulement une histoire des notions de « honte » et d’ »abjection », mais un livre théorique qui prend ces notions comme point de départ pour construire une approche de la subjectivité minoritaire et de la subjectivité gay en dehors des cadres de la psychanalyse… Un tiers du livre est consacré à une relecture critique de Freud et de Lacan.

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LES réactions (4)
  • Par babar 27 mai 2011 - 1 H 28
    Avatar de babar

    Les histoires d’amour finissent mal en général… ?

     
  • Par yvesmarquetty 27 mai 2011 - 16 H 30
    Avatar de yvesmarquetty

    Bonjour, J’ai du mal à comprendre comment Didier Eribon peut parler de plagiat au sujet d’Halperin pour des idées ou même pour avoir repris des citations similaires.
    Les idées sont à tout le monde d’autant que l’auteur dont il parle a apparemment d’autres idées qu’il ne partage pas et à qui il semble qu’elles manquent d’intelligences et sont même choquantes. Ces idées ne peuvent être qualifiées de plagiat car elles sont différentes.
    Judith Butler et Didier Eribon me semblent surtout être des personnes qui veut être aimé mais en agissant de façon peut sympathique avec les groupes qui défendent les mêmes idées et les autres destinataires de prix.
    Les remises de récompenses sont très importantes et c’est négatif de faire des histoires qui abaisse les autres qui comme eux ont droit à des reconnaissances.
    C’est sans doute un vrai plagia, je peux me tromper, je leurs souhaite, à l’avenir, d’avoir d’autre reconnaissance professionnel ou personnel.
    Amitié à tout le monde, Jean-Yves

     
  • Par leehpop 27 mai 2011 - 18 H 17
    Avatar de

    Il faut lire Eribon surtout « Retour à Reims » remarquable de justesse.

     
  • Par tarnacien 08 juil 2011 - 20 H 45
    Avatar de tarnacien

    Eribon, que du bon !
    Retour à Reims pour commencer. La question gay, la morale du minoritaire (top, je comprends qu’il fasse la gueule d’avoir été plagié), sur la révolution conservatrice, échapper à la psychanalyse, de la subversion, contre l’égalité, sur cet instant fragile… que du bon !

     
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