Neuvième épisode de notre chronique en direct de la 64e édition du Festival de Cannes, avec notre envoyé spécial Franck Finance-Madureira, également organisateur de la Queer Palm.

Jour de clôture. De bilans. Et de palmarès! Avant de commenter une liste des récompensé-e-s plutôt décevante au vu des possibilités qu’offrait une sélection vraiment relevée, un petit bonheur de cinéma avec le nouvel opus musical de Christophe Honoré, Les Bien Aimés.

«LES BIEN AIMÉS», UN CHANT D’AMOUR
Le nouveau film de Christophe Honoré (mis en musique par Alex Beaupain) est un vrai bonheur de cinéma. Ce film de clôture idéal est un jeu avec les lieux et les époques (le Paris des sixties à aujourd’hui, Prague en 68, Montréal au lendemain du 11 septembre 2001) avec un patrimoine cinématographique (Truffaut, Demy…). Un film qui traite sous toutes ses formes les notions de couple, de famille, de fidélité, d’amour possible ou non, d’amour tout court.

Christophe Honoré retrouve sa veine Chansons d’amour et nous «enchante» avec ce film au ton de comédie douce-amère qui nous offre des moments simplement magiques. La cellule centrale (et familiale) du film, c’est Madeleine (Deneuve pour la partie contemporaine, irrésistible de modernité, Ludivine Sagnier dans les 60’s), sa fille (Chiara de plus en plus Mastroianni), son amant et ex-mari (Milos Forman!) et son mari actuel un rien «boring» et «straight» (Michel Delpech, re-!).

Vont graviter autour d’eux l’éternel amoureux déçu du personnage de Chiara Mastroianni ainsi que son amant homosexuel. Ces deux hommes de sa vie, interprétés par Louis Garel (toujours espiègle mais beaucoup plus grave) et l’américain Paul Schneider (séduisant) sont ceux qui vont entraîner, malgré eux, sa chute, sa perte, son abandon.

L’histoire (les histoires) est grave mais le ton jamais lourd, et c’est là toute la réussite du film de Christophe Honoré. Cette légèreté qui fait que l’on se prend à fredonner des textes qui, sous des aspects de ritournelles évidentes, sont emprunts d’une gravité légère.

Les Biens Aimés brasse de nombreux thèmes relativement universels autour de l’amour, de la famille (que l’on a, que l’on choisit, que l’on fantasme) avec une réelle liberté, celle d’un réalisateur, d’un compositeur, de deux conteurs qui parviennent toujours à nous entrainer dans leur petit monde, à nous immerger dans une histoire qui n’est pas la nôtre, dès la première scène, si bien qu’à la fin, on se dit que ces refrains nous semblent bien familiers.

PALMARÈS 2011, CHRONIQUE D’UNE PALME ANNONCÉE
La cérémonie de clôture est toujours un moment particulier, dernière montée des marches, pronostics au vu des équipes rappelées, journalistes assis-e-s partout devant les écrans dans le palais. Ça y est, tout le monde est prêt.

Le jury de la Caméra d’or, qui récompense un premier film, toutes sections confondues, revient à Las Acacias, petit roadmovie de la Semaine de la Critique, alors que cette sélection comptait des films dont tout le monde va parler comme Snowtown ou Take Shelter, première petite déception.

Mais la grande déception du jour, c’est de voir Terrence Malick recevoir la Palme d’Or pour son plus mauvais film. On l’a dit, Tree of Life – surnommé par ses détracteurs «le tryptique National Geographic/ film arty à la caméra jokari/ Viva la vie de Lelouch» – est un film mal conçu, longuet, ennuyeux, et, surtout, militant. Le film prend clairement le parti de dire que Dieu est partout, mais surtout dans la famille. Plus normatif, tu meurs.

On se réjouit quand même pour le prix de la mise en scène remis au très «réalisé» Drive et surtout au prix du jury magnifiquement reçu par Maïwenn pour son très beau Polisse.

On est très triste pour Almodóvar qui avait su se renouveler avec un très beau film, on est déçu pour Tilda Swinton, absolument extraordinaire dans We Need To Talk About Kevin.

Un peu la chronique d’une palme annoncée depuis deux ans, la seule surprise étant que le film pré-palmé est un ratage monumental.

Franck Finance-Madureira

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