Demain, dimanche 22 mai, une Equality March (Marche pour l’Égalité) se tiendra à Moscou, contre les discriminations fondées sur le sexe, l’orientation sexuelle ou l’identité de genre. Organisée par un collectif de militant-e-s LGBT (notamment de la Rainbow Association), féministes ou anarchistes, cette marche se tient 6 jours avant la désormais célèbre Pride de Moscou.

On peut voir le verre à moitié vide – deux marches à quelques jours d’intervalle, une dispersion des forces militantes, on se croirait à Marseille en 2010 – ou à moitié plein, à l’instar de Peter Tatchell, infatigable activiste britannique, habitué de la gay pride moscovite, qui a envoyé ses vœux de succès aux organisateurs de l’Equality March: «Je suis plein d’admiration pour vos efforts, et votre courage. Lire ce qui s’est passé lors des différentes manifestations ces derniers mois à Moscou et à Saint Petersbourg est une vraie source d’inspiration. Nous savons que vous travaillez dans des conditions bien plus difficiles que les militants de l’ouest. Vous tous – les divers groupes LGBT russes – contribuez collectivement à la montée en puissance des personnes LGBT et contre l’homophobie et la transphobie, et faites ainsi évoluer, dans le bon sens, l’attitude du public. Bravo!».

«La mairie a également interdit notre marche [comme la Pride du 28 mai, ndlr], nous allons donc défiler sans l’accord des autorités moscovites, a expliqué l’un des organisateurs, Igor Iasine, à Yagg. Pour cette raison, nous ne pouvons pas annoncer le trajet, ni attendre un grand nombre de participants. Mais je pense que nous serons au moins une cinquantaine.»

«TOUTES LES INITIATIVES POUR FAIRE AVANCER LA CAUSE LGBT SONT LES BIENVENUES»
Sur le fait que l’Equality March ait lieu à une date si proche de la gay pride: «Notre manifestation se tient quelques jours après la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie. (…) Notre Marche est très différente de la Pride Moscou – c’est une manifestation plus large, qui en appelle aux activistes LGBT, féministes, aux autres minorités opprimées à se battre ensemble contre la discrimination et pour l’égalité des droits. (…) Cela ne veut cependant pas dire que nous sommes contre la Pride de Moscou. Une grande partie de nos militant-e-s y participeront probablement aussi.»

«Toutes les initiatives pour faire avancer la cause LGBT sont les bienvenues même si je ne suis pas naïf et ce n’est pas par hasard qu’ils organisent cet événement une semaine avant la Pride. Ça me rappelle Marseille qui a connu deux Prides à une semaine d’intervalle l’année passée, commente Nikolai Baev, co-organisateur de la Pride. Les divisions – ou disons les diversités d’opinions – au sein des communautés LGBT un peu partout sont connues. Je me souviens que lorsque nous avons commencé, beaucoup disaient «il ne faut surtout pas aller manifester dans la rue». Cette année, tout le monde s’y presse. Que pouvait-on espérer de mieux? Dans 5 ans, ce sera la même chose pour le mariage. Ils nous rejoindront sur cette campagne. Nous sommes des précurseurs.»

«NOUS VOULONS JUSTE ÊTRE NOUS-MÊMES»
«Notre Pride est une action qui se déroule de manière continue toute l’année notamment car nous utilisons simplement cette plateforme pour faire avancer nos différentes campagnes dans la société, par les tribunaux et par les médias, poursuit-il. La semaine de la Pride, c’est beaucoup de travail et tout le reste de l’année tout autant. C’est d’ailleurs de cette manière que nous avons obtenu la fin de l’interdiction du don du sang pour les homos.»

«Chaque groupe est confronté à la discrimination à sa façon, mais les conséquences sociales de cette discrimination sont les mêmes pour tous», indiquent les organisateurs de l’Equality March dans leur profession de foi. Soulignant que le revenu moyen des femmes est 40% inférieur à celui des hommes et que la société attend aussi d’elles qu’elles s’occupent du foyer, ils exigent des salaires équitables, une campagne contre les violences liées au genre, la fin de la «propagande sexiste dans les médias».

Ils rappellent aussi qu’il y a des gays, des lesbiennes, des bi et des trans’ dans tous les milieux sociaux. «Tout le monde devrait avoir le droit de manifester, mais nous en sommes privé-e-s, insistent-ils. (…) Nous participons à cette Marche pour soulever les problèmes et appeler à la solidarité. Nous n’avons pas besoin de «droits spéciaux» ni de privilèges, nous luttons simplement contre la discrimination et pour l’égalité. (…) Nous voulons juste être nous-mêmes».

Pour en savoir plus sur l’opinion des Russes sur l’homosexualité, lire ce post de la yaggeuse Pas d’accord.

Vous pouvez aider Yagg à financer son reportage au cœur de la gay pride de Moscou en faisant un don via le site J’aime l’info.