Sixième épisode de notre chronique en direct de la 64e édition du Festival de Cannes, avec notre envoyé spécial Franck Finance-Madureira, également organisateur de la Queer Palm.

Après une nuit de fête au Château du Cercle avec un hôte DJ et charmant, John Cameron Mitchell (par ailleurs enchanté que Hedwig soit en tête du choix des yaggeurs et des yaggeuses pour la séance à la carte de juin), nous voilà de retour avec Skoonheid, un magnifique premier film sud-africain présenté à Un Certain Regard.

« SKOONHEID », L’HOMME QUI AURAIT AIMÉ VIVRE SA VIE
Le premier film d’Oliver Hermanus, jeune réalisateur sud-africain, est une claque. À tous les niveaux. En s’intéressant à un homme qui ne vit pas la vie qu’il aurait voulu vivre, il nous emporte dans les tréfonds d’une âme en pleine crise. François vient de marier l’une de ses filles, il vit aisément à Bloemfontein grâce à une scierie en pleine bourre et pourrait être heureux dans une existence banale de petit bourgeois raciste et conventionnel. Mais il est en fait terriblement malheureux et son homosexualité dissimulée ne trouve son salut que dans des partouzes pas très bandantes organisées par mailing list et dont sont exclus les folles et les métis.

En revoyant son neveu, Christian, 25 ans et bimbo boy en puissance, il va consacrer sa frustration sur une obsession dangereuse. Il n’aura de cesse de suivre l’objet de son affection, ce symbole de la beauté (« skoonheid » en afrikaans) qui lui fait défaut, qu’il désire et qu’il veut posséder.

Cette descente aux enfers est portée par deux acteurs fantastiques et par un récit simple, poignant et efficace. Voir cet homme d’entre deux âges (40-50) s’inventer des rendez-vous d’affaires au Cap pour aller traîner son mal-être dans des bars gays où il ne parvient qu’à se saouler jusqu’à en être malade, est d’une force terrible. On comprend tellement bien qu’il ait gâché sa vie par trop d’homophobie intériorisée et qu’il est presque trop tard pour lui pour la vivre vraiment. Il va donc définitivement la gâcher entraînant dans sa chute celui qu’il désire tant.

La scène finale où François observe un jeune couple de garçons s’embrassant tendrement à deux tables de son regard hagard résume intelligemment l’ampleur de ce ratage. Et milite de façon indirecte pour que chacun s’assume pour vivre heureux, tel qu’il est. Une leçon. De vie et de cinéma.

Sortie en salles prévue à l’automne.

Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Skoonheid – Extrait.

GOSSIPS EN TOUS GENRES
Rien de bien croustillant ces derniers jours où le festival de « Kahn » est sur toutes les lèvres en lieu et place du dernier film vu. Climat étrange avec le film sur Sarko et les événements hôteliers new-yorkais, personne ne sait vraiment sur quel pied danser. Et Lars Von Trier qui tombe dans des pièges qu’il se tend à lui-même…

On va essayer d’oublier tout cela en s’offrant une montée des marches almodovarienne ce soir, avec tous les membres du jury de la Queer Palm, officiellement annoncée par le protocole du Palais. Comme dirait notre présidente Élisabeth Quin: « On est en voie d’institutionnalisation, grave! ». On ne sait toujours rien sur la soirée du film d’Almodóvar que déjà une inauguration de bar gay cannois s’annonce pour demain soir. On y sera. Forcément.

Franck Finance-Madureira

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