Ce soir, à l’occasion de la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie, France 5 diffuse à 20h35 Mes questions sur… les trans’, un documentaire inédit signé Serge Moati et Charlotte Lessana.

DIVERSITÉ DES HISTOIRES
Comme à son habitude, Serge Moati propose un reportage à la première personne dans lequel il mélange souvenirs, réflexions personnelles et témoignages recueillis. Les moments où Moati s’efface devant ses interlocuteurs/trices sont certes rares (ses digressions sur la Grèce antique, le mythe du paradis perdu et tout le bazar sont assez ridicules), mais au final, on est plutôt satisfait par la place faite à la diversité des parcours, des histoires. Petit à petit, le documentaire passe du registre du témoignage individuel brut à des questions plus politiques et englobantes, liées à la revendication de la transidentité, au combat pour les droits, à la critique des équipes médicales et psychiatriques dites officielles, etc. Comme le dit Hélène Hazera, productrice à France Culture et militante à Act Up-Paris, lorsqu’elle évoque les discriminations dont sont victimes les trans’, il est nécessaire de passer de « la plainte » à « l’activisme ». C’est le lot de toutes les minorités: transformer la violence subie en action, l’opprobre en fierté.

« LE CONTRÔLE PERMANENT DES CORPS »
Les témoignages, tous très forts, dont certains émanant de figures connues de la communauté trans’, abordent une multitude de thèmes. Camille Barré du PCF rappelle l’importance de la différence entre genre et orientation sexuelle. Le poids de la norme sociale, le rejet familial (« le plus grave » selon Hélène Hazera) sont également évoqués. Sur la situation française où le changement d’état civil est toujours conditionné à une opération de conversion sexuelle ou à une stérilisation, David Latour, de l’association Chrysalide parle d’une « violence inouïe » dans « le contrôle permanent des corps ». Avec à la fois force et humour, il souligne que « le genre n’est pas entre les jambes mais entre les oreilles ».

Serge Moati, en début de documentaire, se focalise beaucoup sur la question de la « transition », « glisser de l’autre côté », pour reprendre ses propres termes un peu maladroits. Hélène Hazera le tacle alors gentiment: « C’est le grand truc la transition, les gens adorent ce mot […]. Dans le fantasme des gens, c’est Rocco Siffredi qui devient Marilyn Monroe ». Idem en ce qui concerne celle de l’opération où le choix de chacun-e a son importance. « Je suis un homme avec un vagin, c’est tout ce qui m’importe », lance David à son intervieweur. Celui-ci semble le comprendre au fur et à mesure de son enquête: quitter le terrain du spectaculaire et des codes sociaux pour aborder des enjeux plus profonds, plus déroutants aussi. En 52 minutes, c’est court. Mais en prime time, à la télévision, c’est déjà ça.

Dans une tribune intitulée Basta avec vos fantasmes sur les trans’ et publiée sur Minorités.org, Hélène Hazera se dit « furieuse » du résultat et se sent « flouée ». Elle fustige les « envolées métaphysiques » de Serge Moati qui « occultent la réalité: la condition discriminée des personnes trans’ en Europe, telle qu’un Thomas Hammarberg, président du Parlement européen des droits de l’homme, l’a dénoncée. Le document européen le plus important pour les trans’ qui ait jamais été publié n’est pas cité une seule fois dans ce documentaire! ». Elle dénonce également le trop peu de place accordée à la question du sida chez les trans’ et le fait que ses propos sur sa séropositivité aient été coupés au montage.

Le documentaire (visible sur le site de France 5 jusqu’au 24 mai) est suivi d’un débat animé par Carole Gaessler sur le thème « Transsexuels: un parcours du combattant », avec notamment parmi les invité-e-s Delphine Philbert, auteure de Devenir celle que je suis (Max Milo).

Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Mes questions sur… les trans’: bande-annonce.

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