Dans Homopoliticus (Florent Massot), son nouveau livre (en librairie le 17 mai), Jean-Luc Romero, conseiller régional d’Ile-de-France et président d’Élus locaux contre le sida, montre le chemin parcouru par les politiques sur la question homosexuelle depuis les années 60… et tout ce qu’il reste à faire.

Jean-Luc Romero répond aux questions de Yagg.

Comment avez-vous travaillé pour écrire Homopoliticus qui est un livre très détaillé sur la question de l’homosexualité et de la politique depuis 50 ans? Je suis un acteur de ces deux mondes, qui interagissent bien plus souvent qu’on ne le pense, depuis de très longues années. Depuis ma naissance pour la vie gay; depuis près de 35 ans pour la vie politique. Aussi, j’ai eu l’occasion d’accumuler beaucoup de notes au fil de mes rencontres. Ces deux mondes, je les aime. J’y travaille. Je sais m’en protéger, aussi, parfois.

Si ce livre pouvait devenir une référence sur la question, j’en serais ravi. Non pas pour ma gloriole personnelle, mais pour donner un éclairage différent et, somme toute, objectif de ces relations parfois troubles, parfois transparentes, quelquefois chuchotées, toujours humaines.

Ce livre a été un long travail, par la somme des documents sur lesquels j’ai dû analyser, mais un travail enthousiasmant. J’ai dû aussi faire preuve de patience, notamment pour recevoir les réponses aux questionnaires de certains partis. Mais je dois reconnaître qu’il m’a manqué du temps pour finir ce livre.

Vous évoquez des épisodes particulièrement édifiants de votre propre carrière politique, lorsque votre homosexualité, alors inconnue du grand public, n’était pas un secret dans la classe politique. Certains, à droite, mais aussi à gauche, vous ont insulté. Comment traverse-t-on ce genre de moments? Même si ce sont des moments particulièrement difficiles, ce sont aussi des tranches de vie exceptionnelles. Vous avez la conscience de votre existence. Les insultes des uns s’accompagnent toujours du soutien de quelques autres. Ces derniers – un petit nombre – forment une compagnie irremplaçable. Je relis souvent les mots qu’ils m’ont écrits alors. Parmi ces amis, j’ai pu compter sur Alain Juppé. J’ai découvert, derrière le masque du technocrate, une flamme humaine, une chaleur communicative. Et puisque le livre aborde ce sujet, un grand charme, également [sourire]. Et bien sûr Bertrand Delanoë, Jean-Paul Huchon et Anne Hidalgo qui m’ont, et alors que j’étais dans leur opposition, montré une écoute et une amitié exemplaires.

Et l’autre groupe, qui sont-ils? Dans l’autre groupe, je classe les andouilles, les méchants, ceux aussi que je croyais mes amis. Je ne vous étonnerai pas en vous disant que le groupe des andouilles est le plus nombreux mais que le groupe des amis est le plus intéressant. La traversée est parfois difficile, mais à l’arrivée, vous êtes content d’avoir triomphé de l’obstacle que constitue la bêtise. Mais, je dois le reconnaître, je ne m’habitue toujours pas aux insultes que je reçois toujours – on est en 2011! – à cause de ce que je suis, surtout aussi pour ma séropositivité, et bien sûr de mes combats dont celui pour l’euthanasie qui me vaut bien des messages haineux.

Peu de femmes et d’hommes politiques ont fait leur coming-out. Comment appréciez-vous ceux qui l’ont fait, je pense à Bertrand Delanoë, Roger Karoutchi ou plus récemment Ian Brossat sur Yagg? J’ai une affection considérable pour Bertrand Delanoë et un grand respect pour son parcours. Lorsqu’il a dit sa vérité, il l’a fait à un moment où cela restait très difficile. Sans faiblir. Sans exubérance. Sans faux-semblants. Il a libéré son cœur d’un poids. Peut-être a-t-il trouvé dans cette libération la force qui lui a permis de remporter brillamment la bataille de Paris?

Roger Karoutchi, qui est de la même génération que Bertrand, a choisi un moment que je qualifie d’opportun. Pour faire la différence avec Valérie Pécresse, pour draguer l’électeur bobo de droite de la région Île-de-France, Roger a fait une demi-annonce. Ce n’était évidemment un scoop pour personne. Cela l’aurait été davantage si nous avions appris des choses plus originales. Cette révélation n’a pas marché comme il le souhaitait. Roger a été battu lors des primaires. Vous lirez dans mon livre comment j’ai connu Roger, dans notre jeunesse. Combien nous avons été proches jusqu’au jour où… Mais je ne veux pas en dire plus car je ne veux pas donner le sentiment de régler des comptes. Roger reste pour moi une amitié déçue, une blessure.

Ian est un jeune homme qui, comme les garçons et les filles de son âge, vit naturellement sa personnalité. S’il n’avait jamais eu d’expression publique sur ce sujet personnel, il ne nous a jamais fait croire à une prétendue liaison féminine. Puis est arrivé le moment où Ian a souhaité en parler publiquement. Je remarque qu’il ne s’est pas inscrit dans un calendrier électoral. Tant mieux. Et les mots qu’il a tenus sur Yagg étaient si bien choisis que j’ai voulu les mettre en exergue dans mon livre. Enfin, j’ai une mention spéciale pour Jean-Jacques Aillagon qui a montré aussi un courage exemplaire. Sans oublier l’avocate de toutes les causes gays, mon amie Caroline Mécary.

Et comment expliquez-vous que beaucoup de politiques restent dans le placard? Je crois que notre classe politique est vieillissante. Issue souvent d’une bonne bourgeoisie française. Nos élus portent sur leurs épaules le poids de traditions qui n’intègrent l’homosexualité que dans la couture. Dès lors qu’ils commencent à mentir ou à se cacher, il est très difficile ensuite de se révéler, sous peine d’être traités de honteux. Tout en étant pourtant militant de longue date – responsable de la radio Fréquence gaie dans les années 80, participation aux Marches des Fiertés LGBT officiellement depuis plus de 15 ans, etc. – moi-même, j’ai été longtemps dans cette ambiguïté.

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