Il en faut du courage et de l’obstination pour braver les obstacles et prendre la décision de porter plainte dans sa propre famille, pour motif d’homophobie et de sérophobie. C’est pourtant ce qu’a fait Renaud P., journaliste, qui a été insulté et menacé de mort par son beau-père et a porté l’affaire devant la justice, dans ce qui semble être une des toutes premières plaintes pour faits d’homophobie dans le cadre familial.

RELATIONS TRÈS TENDUES AVEC SON BEAU-PÈRE
Les faits: en août dernier, à la demande pressante de sa mère, Renaud qui vit à Paris, rend visite à cette dernière à Labatut dans les Landes. Cela fait huit mois qu’il ne l’a pas vue: les relations sont toujours très tendues avec son beau-père et en 2008, Renaud et son ami avaient été mis à la porte en raison de leur homosexualité.

Le 16 août, Renaud se rend seul chez sa mère et son beau-père, mais évite au maximum les rencontres avec ce dernier. Trois jours plus tard, Renaud surprend une conversation entre sa mère et son beau-père, une dispute au cours de laquelle celui-ci reproche à Renaud d’être sorti en short dans la rue, faisant craindre que les voisins ne comprennent qu’il est « pédé ». Puis il se plaint que Renaud n’ait pas suffisamment bien nettoyé la salle de bain après sa douche.

« JE VAIS LE TUER CE SALE PÉDÉ QUI A LE SIDA »
Soudain face à face dans le jardin, les deux hommes se disputent. Le beau-père accuse Renaud « d’avoir ramené le sida à la maison ». Alors que la mère tente de calmer les choses, le beau-père dit qu’il va sortir son flingue et lance: « Je vais le tuer ce sale pédé qui a le sida ». Il répète ses menaces à plusieurs reprises et part chercher une arme. Renaud se réfugie dans une des chambres et appelle la police. Mais sa mère, qui a vu son mari brandir une arme, insiste pour partir avec son fils chez sa grand-mère.

Son beau-père lui laisse un message sur son portable: « Pour le message, menace de mort sur un pédé qui a le sida ça va pas chercher loin. Je leur ai dit aux flics ils ont rigolé… Ils ont bu un coup et ils sont partis en disant qu’il aille se faire enculer ce sale pédé. Pauvre con, va. » L’homme appelle également les grands-parents paternels pour les informer que Renaud a le sida et qu’il va mourir très vite.

Le 20 août, Renaud dépose plainte contre son beau-père. L’affaire a été jugée hier, lundi 9 mai, au tribunal correctionnel de Dax. Le mis en cause était accusé d’injures et de menaces de mort en raison de l’orientation sexuelle et de la séropositivité de la victime défendue par Maître Geoffroy, président du Ravad. Le prévenu a reconnu qu’il avait proféré des menaces et sorti son arme, un pistolet d’alarme selon lui. Son avocate a invoqué un « choc de génération et de culture »…

Le verdict a été rendu dans la soirée et l’homme écope d’une peine de 5 mois de prison avec sursis. Le prévenu devra verser 2000 euros de dommages et intérêts à la victime et 500 euros au Collectif contre l’homophobie qui s’était portée partie civile. Aides n’ayant pas dans son objet la lutte contre l’homophobie, sa constitution de partie civile a été rejetée.

« DÉMARCHE DIGNE ET COURAGEUSE »
Dans un communiqué, le Collectif « tient à saluer la démarche militante, digne et courageuse de Renaud P. Celle-ci et le jugement obtenu sont des encouragements à agir pour toutes les victimes d’homophobie et de sérophobie. » Aides de son côté rappelle que « la stigmatisation des gays et des séropos ne fait qu’accroître leur vulnérabilité sociale et nourrir l’épidémie. Cette affaire montre enfin à quel point, 30 ans après, le sida n’est toujours pas une maladie comme les autres. Et réaffirme la nécessité de voir la sérophobie  pleinement intégrée dans le champ pénal. »

Renaud regrette que la sérophobie, manifestée à plusieurs reprises par l’accusé, n’ait pas été retenue, mais reste satisfait du verdict et de l’attitude exemplaire du procureur qui a été très sensible à la cause de l’homophobie. Il tient à évoquer le soutien sans faille de sa grand-mère maternelle, qui l’a accompagné durant toute cette période et qui se tenait auprès de lui au procès. Mais un épisode douloureux, évoqué à l’audience, reste cependant gravé dans sa mémoire. L’évocation de la lettre reçue de sa mère, dans laquelle cette dernière prend la défense de son mari et minimise les faits. « Ma mère m’a abandonné », explique Renaud.

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