Société, Sport, Terrains de Jeux | 07.05.2011 - 11 h 32 | 0 COMMENTAIRES
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Dans « Sexe Football Club », un joueur de ligue 1 témoigne anonymement de son homosexualité

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Cette semaine, les révélations de Mediapart sur un projet de quotas dans le foot et le témoignage anonyme d’un joueur homosexuel de ligue 1 rappellent que l'ignorance a encore de beaux jours devant elle.

Témoignage. Yoann Lemaire n’est plus tout seul. Un joueur de Ligue 1 parle de son homosexualité sous couvert d’anonymat dans un ouvrage paru jeudi, Sexe Football Club, de Bruno Godard et Jérôme Jessel (éditions Fetjaine). "Visiblement ému, l’homme que nous avons en face de nous peine à trouver ses mots", racontent les auteurs. "Je suis là pour expliquer comment on vit dans le monde du foot quand on est, comme moi, un peu différent", déclare le joueur dans un entretien rare, c’est le moins que l’on puisse écrire. "Dans le foot, on ne peut pas dire que l’on est homo. L’homophobie est partout. Dix fois par jour, j’entends des «on est pas des pédés», depuis que j’ai douze ans. Et ben si, moi je suis pédé."

"JE NE SUIS PAS UN HÉROS"
L’homme, poursuivent les auteurs, a d’emblée expliqué qu’il ne voulait pas faire son coming-out: "Je sais que si je sors du placard, je vais aider des gens. Mais moi, vous y pensez? Ma famille, vous y pensez? Je ne suis pas un héros. Je dois être égoiste. Je n’ai pas le choix. Tant que je joue au haut-niveau, je ne peux pas dire qui je suis vraiment, c’est comme ça". Les auteurs précisent que son nom n’apparaît pas dans le catalogue des rumeurs qui ourlent le football.

Le joueur raconte aussi qu’il a arrêté de jouer la comédie en se montrant avec des femmes. "Mes conseillers m’ont contraint de le faire dans le passé mais maintenant je ne veux plus. Je vis ma vie paisiblement, discrètement, en faisant attention à moi. J’ai la chance d’avoir  dans ma vie quelqu’un qui m’aime. Alors, c’est plus facile. Il m’aide, on s’aide, comme n’importe quel couple."

L’avenir paraît sombre pour un homo dans le football. Ainsi l’expliquait Lilian Thuram dans un entretien paru récemment dans le gratuit SportFriendly: "L’homophobie est avant tout culturelle, elle est inscrite dans notre imaginaire et plus encore dans nos lois. La meilleure façon de combattre l’homophobie dans le sport est que notre société change car il est inadmissible qu’en 2011, une partie de la population n’ait pas les mêmes droits. Aujourd’hui, qui pourrait accepter en France que les personnes de couleur noire n’aient pas les mêmes droits comme ce fut le cas pendant l’esclavage ou l’apartheid? Pourtant, c’est bien le cas aujourd’hui avec l’homosexualité".

"L'AFFAIRE DES QUOTAS"
Le témoignage de ce joueur anonyme apparaît au moment où le football français est secoué par ce qui s’appelle désormais "l’affaire des quotas", révélée par Mediapart, jeudi 28 avril.
Une affaire sur laquelle Lilian Thuram a beaucoup réagi, contribuant à un vif débat entre les anciens champions du monde 1998. Dans un entretien à L’Équipe d’hier, vendredi 6 mai, l’ancien champion du monde, qui se consacre aujourd’hui à la fondation Éducation contre le racisme, insiste: "Je ne suis pas un redresseur de torts! (…) J’espère que j’aurai toujours la force de dénoncer toutes les formes de discriminations".

En ce moment, la question est posée de façon encore plus cruciale: le sport est-il discriminant? Oui, car il est un reflet de notre société qui exclut. Le sport est-il discriminant? Non, car il est un reflet de notre société qui sait aussi intégrer. Et comme l’ont justement souligné de nombreux observateurs, il s’agit ici d’une vaste histoire de culture, de mémoire. Et comme souvent d’éducation, pas seulement physique.

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