Le chat VIH/Actualités bénéficie du soutien des laboratoires MSD Chibret

Mylène Pradelle et Nicolas Derche du Kiosque Infos Sida sont venus chatter en direct avec les internautes de Yagg le 4 mai.Voici le compte-rendu des échanges.

anonyme: Le dépistage se fait-il de manière anonyme, comme dans un CIDAG ?

Nicolas Derche: Pour le moment c’est dans le cadre d’une recherche bio médicale qu’est proposé le dépistage au Chekpoint. Dans ce cadre, l’anonymat ne peut être envisagé puisqu’il faut qu’on recueille le consentement des consultants. En revanche, c’est le médecin qui ouvre le dossier médical et il est le seul à pouvoir accéder aux informations. Au niveau de l’accueil et de la prise de rendez-vous on ne fonctionne qu’avec un prénom.

Mylène Pradelle: Le dispositif est soumis au secret médical et à la confidentialité et cela ne pose pas de problème aux consultants, comme lorsqu’ils vont voir leur médecin.

Louis: Bonjour, j’aimerais savoir comment fonctionne exactement le système du Checkpoint et quel est le degré de fiabilité des dépistages réalisés.

Nicolas Derche: Le Checkpoint fonctionne avec des consultations sur rendez-vous et sans rendez-vous. Chaque consultant est reçu par un médecin avant d’être prélevée par un infirmier.

Mylène Pradelle: Puis c’est le médecin qui annonce à nouveau le résultat au bout d’une demie-heure. Une consultation en moyenne dure environ une heure.

Nicolas Derche: Il s’agit d’un test rapide qui est fiable à distance de trois mois d’une prise de risque et les consultations pré et post test avec le médecin sont l’occasion de poser les questions sur le VIH, les IST, les risques liés aux pratiques, peut-être de façon plus facile et plus ouverte qu’avec d’autres médecins car les médecins du Chekpoint sont particulièrement sensibles aux problématiques des publics Hommes ayant des relations Sexuelles avec des Hommes (HSH). Le test utilisé est fiable à 99,5% si on respecte cette règle des trois mois. Un test avec un résultat négatif fait avant ce délai nécessite une confirmation à trois mois.

Alexis: Et est-ce que vous avez du succès ? Ce Checkpoint répond-il à une attente, voire à un besoin précis ? Quels retours avez-vous des utilisateurs?

Nicolas Derche: Depuis l’ouverture du Checkpoint, nous avons été surpris par le succès du dispositif et le nombre de personnes qui sont venues. Depuis l’ouverture le 28 janvier 2010, plus de 3000 personnes se sont rendues au Checkpoint et plus de 3500 tests ont été réalisés.

Mylène Pradelle: C’est intéressant d’avoir un lieu exclusivement dédié aux HSH. Certains ne se rendaient pas forcément chez leur médecin pour obtenir une ordonnance de sérologie ou n’avaient pas la patience d’attendre huit jours le résultat d’un test au CDAG.

Nicolas Derche: On a réalisé une enquête de satisfaction de juin à décembre 2010 auprès de tous les consultants et les taux de satisfaction se sont révélés particulièrement élevées, de l’ordre de 80-85%.Ce qui nous a particulièrement surpris et confortés, c’est le fait que plus de 60% des consultants n’avaient jamais eu l’occasion de parler de sexualité avec leur médecin.

Adrien: En cas de résultat positif, que se passe-t-il pour la personne dépistée?

Nicolas Derche: En cas de résultat positif, l’infirmier réalise un deuxième prélèvement au bout du doigt qu’il récolte sur un papier buvard et qu’on transmet à un laboratoire partenaire qui réalise un test de confirmation Elisa classique.

Dans les 48 à 72 heures, le consultant est reçu une deuxième fois par le médecin du Checkpoint pour lui remettre les résultats et en discuter avec lui, puis l’orienter vers un spécialiste du VIH. Dans l’attente de ce résultat de confirmation, les consultants ont la possibilité d’être reçus par l’un des psychologues de l’association.

Alexis: Cette importance du délai de trois mois, n’est-elle pas aussi valable pour les dépistages classiques?

Mylène Pradelle: Les dépistages classiques Elisa sont désormais de quatrième génération donc fiables à cinq semaines de la prise de risque ce qui les différencie des tests rapides qui sont l’équivalent des tests de troisième génération.

Nicolas Derche: A l’avenir, on peut espérer avoir des tests rapide à détection plus précoce, à quatre semaines du risque, mais ces tests sont encore en développement.

Ethan J: Bonjour, le Kiosque est, je crois, présent à (ou partenaire prévention) de nombreux évènements (soirées entre autre). Partagez vous le constat selon lequel depuis quelques années on assiste à une recrudescence des prises de risques liées aux IST et au VIH? Si oui, comment l’analysez vous?

Mylène Pradelle: Effectivement au vu des résultats que nous avons au Checkpoint on constate qu’il y a beaucoup plus de prises de risque sur un plus grand nombre de personnes et dans le public jeune notamment qui n’a pas forcément connu les années noires du VIH. Et chez qui cela apparait plutôt abstrait de vivre avec.

Nicolas Derche: On peut néanmoins nuancer car on constate que les consultants se protègent régulièrement mais prennent occasionnellement des risques. On n’est pas dans des pratiques à risque permanentes.  Dans une soirée, les prises de risque sont liées à des prises d’alcool ou de drogues. Dans les relations amoureuses, on fait très vite confiance à l’autre sans s’assurer du statut respectif des partenaires.

Mylène Pradelle: Au niveau prévention, les campagnes sont moins visibles et n’associent pas le plaisir de la sexualité et la prévention.

Nicolas Derche: Se protéger ne s’oppose pas forcément au plaisir et nous essayons de développer cela au Kiosque.

gwenael: Pensez-vous que les centres de dépistages « traditionnels » où il faut attendre plusieurs jours sont amenés à disparaître?

Nicolas Derche: A priori non, ce sont des dispositifs qui sont complémentaires.

Mylène Pradelle: Dans le cadre de dépistage systématique, les gens peuvent attendre huit jours sans problème.

Nicolas Derche: Les CDAG réalisent des dépistages des IST qui ne peuvent pas pour le moment être réalisés au Checkpoint, même si les médecins du Checkpoint peuvent prescrire des tests à réaliser en laboratoire privé.

Nicolas Derche: L’objectif des dispositifs comme le Checkpoint est d’améliorer l’offre qui existe déjà et qui n’est pas suffisante puisqu’on estime à 50 000 le nombre de personnes qui vivent avec le VIH et qui ignorent leur statut.