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Marches des Fiertés 2014
Chats | 02.05.2011 - 07 h 09 | 0 COMMENTAIRES
Chat avec Christine Le Doaré: « L’égalité des droits n’est pas l’alpha et l’omega de nos luttes, il faudra continuer à se battre »
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Nous avons accueilli la présidente du Centre LGBT Paris Ile de France en chat le 27 avril dernier. Voici la retranscription des échanges.

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Nous avons accueilli Christine Le Doaré, présidente du Centre LGBT Paris Ile de France, pour un chat, le 27 avril dernier. Voici la retranscription des échanges.

William: Comment devenir bénévole au Centre LGBT?

Christine Le Doaré: Nous organisons deux ou trois réunions d’information et de recrutement publiques par an. On explique comment fonctionne le Centre, ses missions, ses équipes, ses financements et comment chacun-e peut nous y rejoindre. Il y a une période d’intégration et une formation qui est offerte.

Zorglub: Ne craignez vous pas que certaines querelles de « territoires » (identité des associations…) et d’égos plombent parfois le milieu associatif, pourtant assez fragile (pas assez de bénévoles, pas assez de moyens)?

Christine Le Doaré: Les difficultés des associations sont réelles. Je pense à des difficultés d’ordre financier, et il n’y a pas assez de bénévoles. On est dans une société très individualiste mais il y a tout de même des gens qui ont à cœur de s’investir. Certains de nos bénévoles sont là depuis 12 ans. Les questions de territoire et d’égo existent partout et je ne vois pas pourquoi il n’y en aurait pas là comme ailleurs.

Yaggoo: Avant le Centre LGBT, vous avez dirigé SOS Homophobie. Quelles différences de fond entre les deux? Et comment jugez-vous l’évolution de l’homophobie en France?

Christine Le Doaré: La différence principale entre les deux associations, c’est que SOS Homophobie a un objet très ciblé et qu’elle est concentrée sur la lutte contre les LGBT-phobies alors que le Centre a des objectifs multiples: c’est la maison des associations LGBT – il y en a 80 aujourd’hui, c’est aussi un lieu d’accueil, d’informations et de soutien des personnes LGBT. À ce titre, il y a des permanences, juridiques, sociales, un programme culturel et festif. Sur l’évolution de l’homophobie, il y a plus de visibilité et le revers de la médaille c’est que tous ceux qui sont hostiles ont des proies plus visibles. On ne peut pas dire qu’il y a plus d’homophobie, mais il y a surtout plus de gens qui n’acceptent pas cette homophobie. Il y a aussi plus de textes et ce qui reste à faire contre l’homophobie est un gros travail de prévention et d’éducation pour faire changer les mentalités. Dans les derniers sondages, 70% des gens étaient en faveur du mariage pour les couples de même sexe. Il y a une évolution positive mais il reste beaucoup à faire.

Babar: Dans ta lettre ouverte Christine, tu as écrit ceci: « Si Didier Dubois-Laumé revient vers nous, c’est qu’aucune autre structure n’a voulu lui prêter un hébergement. » Pourquoi aucune association n’est-elle capable d’accueillir le Café Lunettes Rouges [CLR]?

Christine Le Doaré: Il faut dire que la lettre ouverte émane du conseil d’administration du Centre. Si en effet aucune association ne peut ou ne veut héberger le Café Lunettes Rouges, il y a certainement plusieurs raisons. Il y en a probablement qui tiennent à la façon dont le responsable du CLR a géré les différents problèmes. Peut être que les associations de lutte contre le sida n’ont plus dans leurs missions d’assurer l’accueil, la convivialité pour les personnes séropositives? Je ne peux que formuler des hypothèses, posez-leur la question directement.

traitdunion: Pourquoi le CLR n’as jamais fait parti du Conseil d’administration du Centre? En tout cas c’est d’après ce que Didier m’avait dit, ou est-ce qu’il a voulu dire pourquoi LUI n’as jamais pu faire partie du Conseil d’administration du Centre?

Christine Le Doaré: Il y a 80 associations membres du Centre et 16 postes au CA. Le CLR a toujours exigé de ne pas être membre du Centre et de ne pas payer de cotisation, simplement d’être gratuitement hébergé le dimanche et les jours fériés. À fortiori il ne pouvait pas faire partie du CA, et le CLR n’a ni membre, ni Assemblée générale annuelle.

Cafard: Vous êtes favorable à la pénalisation des clients de prostitués. Comment pouvez-vous porter la parole des LGBT en soutenant des positions qui prônent que le législateur, l’État, puisse s’immiscer dans le consentement entre deux adultes à avoir du sexe ensemble? J’y vois personnellement quelque chose de complétement incohérent et surtout dangereux pour notre communauté!

Christine Le Doaré: La question de la prostitution n’est pas une question spécifiquement LGBT, elle concerne toute la société. Tout le monde a le droit d’avoir des idées en France. Je suis et -je suis loin d’être la seule – favorable à la pénalisation du client. Des pays comme la Suède l’ont adoptée. Il y a en France, y compris dans les mouvements LGBT, des gens qui sont pour cette pénalisation, dont des féministes. Pour moi, tant qu’il y aura des prostituées, les enfants ne pourront jamais comprendre ce qu’est l’égalité des sexes puisqu’ils seront élevés dans une société qui leur apprend que lorsqu’ils ont besoin d’assouvir leurs pulsions sexuelles, ils peuvent acheter le consentement d’une femme. Quand je suis pour la pénalisation des clients, je pense à la traite, à l’exploitation, je pense aux femmes de l’Est et de l’Afrique, aux petits Roumains de la gare de l’Est. Quatre vingt dix pour cent des prostitué-e-s sont des femmes. Mon problème c’est l’exploitation, ce sont les agressions, c’est de devoir consentir à un métier qui n’est pas comme les autres. Si je suis pour la pénalisation du client, je suis opposée à la législation actuelle qui harcèle les prostitué-e-s et qui les met en danger. Tant qu’il y aura de la prostitution, il ne pourra pas y avoir d’égalité des sexes. C’est un idéal de société. Ce n’est pas une position morale.

Zorglub: Question bête ou naïve: une « fusion » ou une « fédération » avec l’Inter-LGBT vous paraît-elle possible (ou même souhaitable) un jour, à terme?

Christine Le Doaré: Pourquoi pas. Aujourd’hui, il y a deux fédérations bien distinctes, un lieu d’un côté et une association née pour organiser la Marche des fiertés. Progressivement, il y a eu comme une répartition des rôles, les uns prenant en charge l’accueil, le social et la santé et les autres élaborant les revendications politiques. En réalité, le Centre participe au travail politique au sein de l’Inter, même s’il n’a pas forcément le temps de toujours le faire. À terme, il pourrait être opportun de rapprocher les deux associations, qui s’entendent fort bien et travaillent très bien ensemble.

Juw: Bonjour Christine, quelles sont les actions du centre concernant les archives et la « mémoire gaie »?

Christine Le Doaré: Le Centre n’a pas d’action spécifique dans ce domaine. Il attend comme tout le monde l’ouverture du centre des archives parisiennes. En attendant, le Centre ne reste pas les bras croisés. La bibliothèque a un fonds très important et peut être consulté sur internet. Nous avons inauguré la semaine dernière, au sein de la bibliothèque Jean Le Bitoux, une vitrine dédiée à la déportation des homosexuels, en partenariat avec Les Oublié-e-s de la mémoire. La bibliothèque est ouverte plusieurs jours par semaine et je salue le travail phénoménal de son équipe.

Chris: Bonsoir Christine. Comment envisagez-vous cette année pré-électorale et le Centre va-t-il prendre position pour un-e candidat-e? Merci.

Christine Le Doaré: Comme l’ensemble de l’Inter-LGBT, en 2011 nous allons marcher et en 2012 nous allons voter. Bien entendu, comme à chaque fois qu’il y a des échéances électorales, nous allons organiser des rencontres avec les partis républicains et les interroger sur tout ce qui nous intéresse: les questions de discriminations, d’homophobie, mais aussi l’éducation, etc., de façon à ce que chacune fasse son choix en connaissance de cause. En revanche, nous n’avons jamais appelé à voter pour un candidat en particulier: il y a dans nos statuts le fait que nous sommes une association apolitique. Même si nous pouvons avoir des convictions.

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Co-fondateur de Yagg. Rédacteur en chef adjoint / Responsable développement. Chef de projet Tetu.com
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